Durabilité: le grand mouvement de déclassification n’épargne pas les ETF
Le mouvement de reclassification des fonds de la catégorie SFDR « article 9 » vers celle, moins exigeante, de l’« article 8 » a largement touché les ETF. Sur les quelque 307 déclassements répertoriés par Morningstar entre septembre 2022 et janvier 2023, 41 % concernaient des fonds passifs. La quasi-totalité des ETF répliquant les indices « Paris-aligned benchmark » (PAB) et « climate-transition benchmark » (CTB) définis par le régulateur européen en 2020 ont ainsi été rétrogradés. «Ces indices poussent à la décarbonation de l’économie : ils ont donc un objectif d’investissement durable tel que le demandait initialement le règlement SFDR pour entrer dans la catégorie ‘article 9', précise Timothée Jaulin, responsable développement ESG d’Amundi. Mais les régulateurs ont depuis fait évoluer leur approche en précisant que, pour être «article 9", un fonds devait être entièrement composé d’investissements durables, définis selon une méthodologie commune à toute l’offre d’un gérant. C’est impossible en gestion passive car cela impliquerait un alignement complet entre la méthodologie du gérant et les critères de construction du fournisseur d’indice.» En outre, ces indices couvrent l’ensemble des secteurs économiques, y compris des industries polluantes. L’effort de décarbonation se mesure au niveau du portefeuille, les titres les plus vertueux compensant ceux qui sont encore en transition. Or, pour SFDR, le raisonnement ne porte pas sur le portefeuille agrégé mais sur chacune de ses lignes prises indépendamment.
Les ETF actifs mieux positionnés
Au-delà des ETF PAB et CTB, ce sont aussi certains produits sur des thématiques durables qui ont été déclassés, à l’image des ETF sur l’économie circulaire ou l’hydrogène de BNP Paribas Asset Management. «Ces ETF sont composés de grandes capitalisations qui ne sont pas des pure players de la thématique, pointe Lorraine Sereyjol-Garros, responsable du développement des ETF pour BNPP AM. Or, la contribution positive de ses grandes entreprises à un objectif environnemental ou sociétal n’est pas nécessairement suffisante pour qu’on puise les considérer comme durables.» Certains approches thématiques ont toutefois été maintenues en « article 9 » par les gérants. C’est le cas des ETF ayant les obligations vertes comme sous-jacent. De même, les fonds cotés gérant leur portefeuille de manière active tendent aussi à rester éligibles. «Pour notre ETF Food for Biodiversity, nous sélectionnons, ligne à ligne, des acteurs de l’agroalimentaire qui ont un moindre impact que d’autres sur la biodiversité, justifie Frédéric Bach, responsable ESG d’Ossiam. Ce même principe est appliqué à notre ETF Governance for Climate, en se concentrant sur les meilleures pratiques de gouvernance.»
A lire aussi : Le classement de durabilité des fonds continue d’être passé au crible
Au final, très peu d’ETF sont aujourd’hui « article 9 », ce que déplorent les asset managers. « Même si elle n’en est pas un, la catégorie «article 9" est perçue par le marché comme un label, signale Etienne Vincent, responsable des stratégies quantitatives et du marketing d’Ossiam. L’approche adoptée par le régulateur pourrait conduire le marché à se focaliser sur quelques titres alors qu’il faudrait au contraire investir dans des entreprises moins vertueuses et les faire progresser. » Le texte réglementaire étant encore très mouvant, l’industrie des ETF ne désespère pas de faire entendre sa voix. L’enjeu est de taille : en 2022, selon Morningstar, 65 % des flux vers les ETF européens se sont dirigés vers des produits ESG.
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