Les «closet indexers» sont sur le déclin. Ces fonds, qui se revendiquent être gérés activement mais qui reproduisent largement l’indice tout en facturant des frais de gestion active, et qui sont ces derniers temps dans le collimateur des régulateurs, sont de moins en moins présents dans le paysage même si Morningstar indique dans une étude sur l’active share qu’un fonds d’actions européennes sur cinq est géré très proche de son indice.Rédigé par Mathieu Caquineau, Matias Möttölä et Jeffrey Schumacher, trois analystes seniors de l’équipe européenne de recherche sur la gestion d’actifs, ce rapport examine comment la part de gestion active a évolué ces dix dernières années, de 2005 à 2015, pour les catégories Morningstar Actions Europe Grandes Capitalisations Value, Actions Europe Grandes Capitalisations Mixte et Actions Europe Grandes Capitalisations Croissance, constituées de fonds de grandes capitalisations européennes et regroupant 456 fonds. Il s’agit d’un rapport détaillé qui examine la part de gestion active en Europe sous de nombreux angles, notamment son évolution historique, les relations entre la part de gestion active et la performance d’une part et le risque d’autre part et enfin le rôle que peut jouer cet outil dans la sélection de fonds. L'étude utilise les inventaires de portefeuille des fonds européens collectés par Morningstar depuis le début des années 2000.« Bien que nous ayons identifié qu’un fonds d’actions européennes sur cinq pouvait être qualifié de « closet indexer », nos recherches montrent que la proportion de ces fonds s’est réduite », remarque Mathieu Caquineau. « L’active share moyen des fonds a considérablement baissé pendant la crise financière de 2008 et 2009, mais a augmenté à un rythme régulier depuis. En Europe, nous observons une surveillance accrue des régulateurs dans de nombreux pays, ce qui pourrait conduire à un changement structurel et notamment à diminuer la proportion de fonds gérés proches de leur indice sur le marché. » Mathieu Caquineau ajoute que « les investisseurs qui utilisent l’active share comme outil de sélection de fonds doivent être prudents. Plus la part de gestion active augmente, plus la dispersion de performance et le risque augmentent fortement. On retrouve les meilleurs fonds comme les moins performants parmi les fonds les plus actifs. C’est bien l’expertise des gérants dans la prise de paris actifs par rapport à l’indice qui génère la surperformance. Parmi les fonds les moins actifs, nous avons constaté que presque tous les fonds gérés très proches de l’indice sous-performent. Si les frais sont élevés, un tel fonds est rarement un bon choix. Les investisseurs doivent comparer attentivement les coûts car pour un même niveau d’active share, les fonds peuvent avoir des frais très différents. Nous pensons qu’il est préférable de combiner l’utilisation de l’active share à d’autres outils quantitatifs et qualitatifs. »Bien que les fonds dans le quartile d’active share le plus élevé affichent des frais moyens supérieurs de 33 points de base à ceux du quartile le moins actif, les investisseurs européens surpayent les fonds peu actifs lorsque les frais sont calculés par unité d’active share, constate l'étude. Les fonds avec la part de gestion active la plus élevée ont des biais de style plus forts que la moyenne de l'échantillon. Par exemple, l’exposition des portefeuilles aux petites et moyennes capitalisations passe d’une moyenne de 8% pour les fonds les moins actifs à 30% pour les plus actifs. Cela complique l’utilisation de l’active share dans la sélection des fonds, car ces biais de style peuvent ne pas être souhaitables du point de vue de l’investisseur. Historiquement, les fonds appartenant au quartile le plus actif ont dégagé de meilleures performances, en moyenne, que ceux du quartile le moins actif. Sur quatre des cinq périodes de cinq ans étudiées, les fonds les plus actifs ont en moyenne surperformé les fonds des autres quartiles. Cependant, la dispersion de performance est la plus élevée pour les fonds les plus actifs : ce serait donc une erreur de se baser uniquement sur l’active share pour sélectionner des fonds. L'écart de performance entre les fonds les moins actifs et les plus actifs a diminué, revenant à 40 points de base pour la période courant de juin 2010 à juin 2015.