Pourquoi accepter des commissions de 130 ou 140 dollars pour 10.000 dollars investis dans des mutual funds alors que certains ETF sont chargés à seulement 3 ou 4 dollars pour le même montant investi et que les performances sont au rendez-vous ? Les épargnants américains ont tranché depuis longtemps et l’engouement pour la gestion passive n’a jamais été aussi marqué dans un contexte où les gérants actifs sont toujours très peu nombreux à battre leur indice de référence. L'étude 2016 Spiva (1) réalisée par le fournisseur d’indices S&P Dow Jones Indices en apporte une nouvelle illustration. « Les résultats sont dans la lignée de ceux des années précédentes. A quelques exceptions près, les trois quarts des gérants de fonds actions gérés activement, voire plus, n’arrivent pas à battre leur indice de référence. L’année 2016 a pourtant été atypique, marquée par deux événements majeurs. Le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et son issue inattendue et l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Deux événements dont les gérants d’actifs n’ont apparemment pas tiré parti. Et les résultats sont très semblables dans toutes les régions du monde », estime Daniel Ung, directeur, responsable de la recherche chez S&P Dow Jones Indices. Sur le marché européen par exemple, les fonds actions Europe actifs ont perdu en moyenne 0,88% en 2016, contre une progression de 3,44% pour le S&P Europe 350. Plus de 80% des fonds gérés activement investis dans les actions européennes ont ainsi fait moins bien sur un an que leur indice de référence, le S&P Europe 350. Les statistiques pour les actions françaises ne sont pas non plus exceptionnelles : près de 67% des fonds spécialisés dans cette catégorie ont sous-performé le S&P France BMI sur un an. L’étude montre bien que l’horizon d’investissement ne change pas beaucoup la donne. Si l’on reprend les deux catégories évoquées plus haut, on observe que sur dix ans, 88,25% des fonds actifs investis dans les actions européennes ont fait moins bien que leur indice. Le pourcentage est d’un peu plus de 84% pour les actions françaises. Les fonds actifs investis dans les actions émergentes font même mieux puisque 100% d’entre eux sous-performent l’indice de référence, le S&P/IFCI. « Le cas des marchés émergents est intéressant. On pourrait penser en effet que l’inefficience de ces marchés devrait être a priori une source d’opportunités de sélection de titres pour les gérants. Il n’en est rien dans les faits, car leurs performances restent inférieures au benchmark S&P Dow Jones Indices, et cela quel que soit l’horizon observé », observe Daniel Ung.L’étude montre aussi que la situation est grave mais peut-être pas complètement désespérée. Certains fonds actifs arrivent à tirer leur épingle du jeu. Par exemple les fonds investis dans les petites capitalisations britanniques. Ils sont un peu moins de 37% sur un an à faire moins bien que leur indice de référence (S&P United Kingdom SmallCap). Il est vrai aussi que ce pourcentage monte à 70,42% sur cinq ans et à 76% sur 10 ans. Les fonds investis dans les actions suédoises, intégrées en 2015 dans l’étude Spiva, se distinguent par des performances assez homogènes quel que soit l’horizon d’investissement : 54,55% font moins bien que l’indice de référence sur un an, à comparer à 44,74% sur cinq ans et 53,57% sur dix ans. « La bonne performance des gérants suédois est en partie liée à l’étroitesse du marché local. En effet, si une ou deux entreprises affichent de bonnes performances, les fonds peuvent aussi en profiter à proportion de leur exposition », commente Daniel Ung.(1) L’étude SPIVA mesure la performance des fonds gérés activement par rapport à celle d’indices représentatifs de la catégorie de ces fonds. L’étude SPIVA suit la même méthodologie depuis le départ, 2002 pour les Etats-Unis et 2014 pour les actions européennes. Le champ de l’étude SPIVA Europe pourrait être élargi aux fonds obligataires, comme pour l’étude SPIVA US