L’automobile attend toujours son Grenelle
La «journée de la filière automobile» organisée lundi au ministère de l’Economie et des Finances sera l’occasion de mettre à plat les préoccupations des protagonistes français face aux grandes mutations du secteur… et de prendre conscience des contradictions existant entre la réglementation européenne, son efficacité pour atteindre ses objectifs, les contraintes financières des constructeurs et les contraintes politiques et budgétaires de l’Etat français. Cette journée est l’aboutissement de longues discussions avec l’Etat et doit permettre à l’ensemble du secteur, PME comprises, d’être à égalité d’information – plus de 600 entreprises se sont inscrites. Des annonces pourraient être faites ; sollicité par L’Agefi, Bercy n’a fait aucun commentaire.
Face à la conjugaison des transformations technologiques en cours (nouvelles motorisations, véhicule connecté, conduite autonome) et de la dégradation des plusieurs grands marchés automobiles (Chine, Amérique du Sud, Russie, Inde, Europe) après neuf années de croissance, la Plateforme automobile (PFA), créée en février 2018, a identifié trois domaines qui pèsent sur la compétitivité du secteur automobile français.
L’Etat doit faire davantage
La filière réclame depuis longtemps la fin des impôts de production, entre autres la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), ainsi que la cotisation sur la VA des entreprises (CVAE) et la cotisation foncière des entreprises (CFE) – ces deux derniers ont remplacé la taxe professionnelle en 2010. Ils affectent l’ensemble des secteurs et représentent 3,6% de la valeur ajoutée des sociétés françaises (contre 0,5% en Allemagne par exemple), selon le Conseil d’analyse économique. «La France n’est plus compétitive mais ce n’est pas irréversible, comme l’a montré l’Espagne, qui est devenue [depuis 2013, ndlr] le deuxième pays producteur d’automobiles en Europe», insiste Luc Chatel, président de la PFA, qui organisait hier un point presse en amont de la journée de lundi.
Deuxième point, renforcer la liquidité des entreprises en facilitant l’accès au crédit, en particulier les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les PME. «La situation financière des sociétés se tend. Les assureurs-crédit commencent à être plus regardants», prévient l’ancien ministre, qui estime que des mesures pourraient être prises très rapidement : «Il ne s’agit que de réactiver les outils mis en place après la crise financière [de 2007-2008], comme un fonds de garantie, un dispositif d’aide en BFR et la médiation de crédit».
Troisième point, l’accompagnement collectif et individuel dans la mutation en cours. Il s’agit notamment d’aider les entreprises à se reconvertir vers des marchés plus porteurs, comme l’aéronautique pour les sociétés qui travaillent dans la technologie diesel. Le gouvernement avait annoncé un «plan d’action» pour la filière diesel en mars dernier et voulu relancer l’appel à projet «Innovation et diversification d’entreprises spécialisées dans le diesel», doté de 18 millions d’euros mais jugé sous-utilisé. «Nous avons identifié une centaine d’entreprises et lancé des contrats de filière. Mais les besoins sont beaucoup plus importants, notamment en terme de crédit», explique plus généralement Luc Chatel.
Rabot sur le bonus
En outre, la PFA estime que l’Etat n’a pas totalement rempli sa part du contrat d’objectifs pour 2022, signé en mai 2018, en particulier sur la facilitation de l’installation des bornes de recharge pour véhicules électriques et la stabilité des bonus/malus à l’achat. Le coup de rabot sur le bonus, pour des raisons budgétaires, prend par exemple à contre-pied les consommateurs et les constructeurs, qui seront condamnés à payer de lourdes amendes s’ils dépassent les limites d’émissions de CO2 que la Commission européenne leur a fixées à partir de 2020.
«J’ai dit au gouvernement que les mesures actuelles ne suffiront pas compte tenu de ce qui attend le secteur. Il est très important d’anticiper : avec la conjugaison des changements stratégiques et d’un retournement du marché automobile mondial, la dégradation peut aller très vite», résume Luc Chatel avec appréhension.
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