Les Spac, si loin de l’âge de raison
La fin de l’année approche, et avec elle l’heure des traditionnels bilans. Phénomène de 2020 et du premier trimestre 2021, les Spac sont-ils déjà démodés ou traversent-ils une nécessaire crise de croissance ? Leur étoile a pâli dès le printemps, quand les volumes d’émission de ces coquilles vides cotées en Bourse pour réaliser une acquisition se sont brusquement tassés après l’orgie des mois précédents. Les dernières semaines ont cependant vu une reprise des cotations de special purpose acquisition companies, Donald Trump y allant même de sa transaction.
La structure de ces véhicules financiers les rend toujours aussi séduisants pour beaucoup d’insiders. Leurs sponsors ont la quasi-certitude de réaliser des plus-values mirifiques, au point que les dirigeants de Goldman Sachs aimeraient en faire l’un des éléments de leur rémunération. Les hedge funds qui souscrivent à l’introduction en Bourse achètent une option gratuite sur l’acquisition à venir. Les fonds de capital-investissement qui ont multiplié les tours de table dans les start-up, à des niveaux de prix stratosphériques, y trouvent un nouveau canal pour revendre leurs participations. Les intérêts de ces acteurs sont alignés, comme ceux des banques et multiples conseils qui encaissent leurs commissions au passage. Seule contrainte : trouver une cible, bonne ou mauvaise, dans les délais impartis. Pas étonnant que WeWork et ses actionnaires, après l’échec cuisant de l’introduction en Bourse du groupe de coworking il y a deux ans, aient choisi en octobre cet itinéraire bis vers les liquidités.
Bien sûr, il faut quelques perdants à l’affaire. Il s’agit des investisseurs, souvent particuliers, qui achètent les actions sur le marché secondaire. Du spécialiste de la livraison Grab au groupe de medias BuzzFeed, on ne compte plus les sociétés cotées grâce à un Spac dont le cours a aussitôt plongé. Avec un gros retard à l’allumage, le gendarme boursier américain s’en préoccupe enfin. Prévisions financières irréalistes, comptabilité contestable : à la différence des introductions en Bourse classiques, ces coquilles vides autorisent des pratiques que la Securities and Exchange Commission (SEC) réprouve, et entend bien juguler.
Loin de signer la fin du phénomène, ce tour de vis l’aiderait à atteindre un âge de raison encore bien lointain. D’autres compartiments de la finance ont connu leur Far West. A la fin des années 80, les junk bonds donnèrent lieu à de retentissants scandales. Trente ans plus tard, devenu un rouage essentiel du financement des entreprises, le marché des obligations à haut rendement ne s’est jamais aussi bien porté. La technique du Spac, qui intéresse toutes les places financières, y compris les plus sérieuses, pourrait connaître le même destin. Mais il lui faudra en passer par un écrémage drastique.
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