La Saur améliore son standing financier
Dans l’ombre médiatique de l’épique rapprochement entre ses deux grands concurrents Veolia et Suez, la Saur poursuit son travail de relance. Trois ans après sa prise de contrôle par le fonds d’infrastructures suédois EQT, qui ponctuait plusieurs années compliquées à la suite de la restructuration de dette de 2013, le numéro trois français de la gestion des réseaux d’eau a procédé à un profond lifting financier.
Le groupe a émis en fin de semaine deux tranches d’obligations senior non sécurisées cotées à la Bourse de Dublin : une première de 450 millions d’euros avec une maturité de 4 ans, avec un coupon annuel de 0,125% ; une seconde de 500 millions, à 7 ans, pour un coupon de 0,625%. Ces deux tranches sont toutes les deux assorties de deux objectifs ESG, l’un sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre, l’autre sur une baisse de la consommation d’eau des clients. S’ils ne sont pas respectés, cela augmentera de 12,5 points de base les coupons annuels de la dette.
Un nouveau crédit senior revolving sera également mis en place pour un montant de 250 millions d’euros et une maturité finale de 4,5 ans.
Sécurité des donneurs d’ordres
Cette opération, dirigée par Morgan Stanley, HSBC, BNP Paribas et Natixis, BofA, CaixaBank, Crédit Agricole CIB et Société Générale en teneurs de livre associés, a nécessité plusieurs mois de travail pour les équipes d’Albin Jacquemont, le nouveau directeur financier du groupe arrivé en décembre 2020. La Saur n’avait jusqu’à présent jamais émis de dette cotée. Le groupe devra ainsi désormais publier ses résultats. L’opérateur de réseaux d’eau n’était pas non plus noté. Il l’est désormais par deux agences, S&P et Fitch, qui ont toutes les deux donné un rating dans la catégorie investment grade (BBB-).
« Le groupe Saur d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui de 2013. La notation investment grade le démontre », souligne Albin Jacquemont, qui rappelle que depuis cette date le chiffre d’affaires du groupe est passé de 1,3 à 1,8 milliard d’euros, avec un excédent brut d’exploitation (Ebitda) plus que doublé à 255 millions d’euros.
Pour un groupe d’infrastructures, cette notation investment grade est cruciale. En plus de permettre un coût de financement plus attractif, elle apporte une sécurité aux donneurs d’ordres, pour la plupart des collectivités locales. « Cela va donner plus de visibilité et de considération à la société, notamment auprès de ses grands clients, au même titre que ses deux grands concurrents français », reconnaît Albin Jacquemont.
EQT remet au pot
Cette respiration financière ne servira pas à remonter un dividende vers l’actionnaire. EQT s’est engagé auprès des investisseurs à ne pas percevoir de dividende. Le fonds suédois a d’ailleurs injecté plus de 200 millions d’euros depuis fin 2020 pour aider la Saur à financer deux acquisitions, Aquapor et Nijhuis. « Ce financement, plus compétitif et plus long, va nous permettre d’accélérer la mise en œuvre du plan stratégique qui vise à amplifier la croissance, que ce soit en interne ou grâce à des acquisitions, tout en préservant notre nouveau standing financier », explique Albin Jacquemont. Les charges financières annuelles du groupe vont être divisées par sept, à environ 5 millions d’euros par an.
Le plan de croissance doit permettre à la Saur de progressivement réduire son endettement, sous la barre de 4 fois l’Ebitda en 2023 selon S&P, contre 5,9 fois à fin 2020. La souplesse financière doit aussi contribuer à l’amélioration des marges de la Saur en lui donnant plus de confort pour mieux sélectionner ses contrats et ne garder que les plus rentables, alors que le groupe est historiquement focalisé sur les plus petits contrats qui ne sont pas nécessairement les mieux margés. L’internationalisation doit aussi contribuer à améliorer les marges.
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