Dans un environnement économique en amélioration dans les pays développés sous l’influence notamment de politiques monétaires très accommodantes, l’Autorité des marchés financiers (AMF) fait le constat, dans sa cartographie des risques et tendances 2015 présentée le 9 juillet à la presse, que le faible niveau des taux d’intérêt a contribué à relâcher la pression sur la solvabilité des entreprises et des Etats. La bonne orientation des marchés boursiers, sur fond de fusions acquisitions à leur plus haut niveau depuis 2007, a constitué un facteur de soutien aux émissions d’actions. Toutefois, la période actuelle, exceptionnelle en raison du niveau des taux, présente des risques pour la stabilité financière. S’il devait perdurer, cet environnement pourrait éroder le modèle économique des banques et des assureurs. Les gestionnaires de fonds et plus généralement les investisseurs, à la recherche de rendements, pourraient être tentés de procéder à des réallocations de portefeuille ou à des prises de risque excessives. A l’inverse, une normalisation trop rapide ou non anticipée de cet environnement de taux en zone euro pourrait entraîner une «re-tarification» brutale des actifs. La volatilité, quant à elle, pourrait s’amplifier si la liquidité sur les marchés était insuffisante, en particulier sur le marché obligataire. «Il peut y avoir une insuffisance de liquidité sur certaines poches», a commenté Christian de Boissieu, membre du Collège de l’Autorité des marchés financiers. Il existe bien, de son point de vue, «une bulle sur une partie du marché obligataire et donc un choc de taux» que les gestionnaires vont bien devoir gérer dans les deux ou trois ans. La crise grecque, en constante évolution, présente des risques directs dont les effets sur les marchés semblent limités pour le moment, notamment grâce aux dispositifs de confinement mis en place au niveau européen. D’ailleurs, l’exposition directe à la Grèce des fonds d’investissement français est inférieure à 1 milliard d’euros, contre 8 milliards d’euros en 2009, relève l’AMF. «Ce sont plutôt les effets indirects sur les autres pays fragiles de la zone euro qui appellent à la vigilance, si jamais les marchés y tarifaient un risque de sortie de la zone euro accompagnée de dévaluation, d’où des hausses de taux d’intérêt», indique l’AMF dans un communiqué.