BBVA et Santander jouent les équilibristes face aux risques inflationnistes et politiques
La diversification des principales banques espagnoles dans les économies émergentes se retournerait-elle contre elles ? Les valorisations des numéros un et deux espagnols, respectivement Santander et BBVA, restent à la traîne cette année par rapport à leurs concurrentes domestiques. La faute, selon UBS, dans une étude publiée début août, à une conjonction de facteurs : la prudence des investisseurs face aux risques des marchés émergents dans un contexte de dollar fort, de faibles réserves de capitaux mais aussi des risques particuliers liés à l’exposition de ces géants à des marchés complexes comme la Turquie – pour BBVA - ou le Brésil, pour Santander.
BBVA en Turquie
La situation de BBVA en Turquie est singulière. Le pays affichait encore récemment une croissance certes résiliente, mais contrebalancée par une inflation galopante (79,6% en juillet) et une dépréciation de sa monnaie. Et si les fondamentaux à long terme restent sains - l’âge médian en Turquie est de 32 ans - la situation économique actuelle du pays et la politique du président Erdogan suscitent l’inquiétude.
Fitch a d’ailleurs tranché : fin juillet, l’agence de notation financière a réduit la note de 25 banques turques, y compris BBVA Garanti, la filiale de la banque espagnole. Cette décision est intervenue à la suite à la dégradation de la note souveraine de la Turquie le 8 juillet. Parmi les motifs invoqués figurent un accroissement des risques macroéconomiques et externes ainsi que «la possibilité d’une intervention du gouvernement dans le système bancaire».
Pas de quoi rassurer les investisseurs qui continuent à tenir rigueur à la direction de BBVA d’avoir porté au printemps sa participation dans sa filiale Garanti à 86%. «Ils auraient préféré que l’argent soit rendu aux actionnaires afin que ces derniers puissent prendre la décision eux-mêmes d’investir ou non dans une banque turque», détaille à l’Agefi, Benjamin Toms, analyste chez RBC Capital. «Il faudra de nombreuses années avant que cette méfiance se dissipe».
Risque politique limité au Brésil pour Santander
Très exposé aux marchés émergents, le numéro un bancaire espagnol Santander n’échappe pas aux doutes. Au premier semestre, il a subi de plein fouet les conséquences d’une forte inflation au Brésil, son principal marché en Amérique du sud. La banque, qui y a généré un bénéfice sous-jacent de 1,365 milliard d’euros de janvier à juin, a vu ses coûts augmenter de 11% localement. Le coût du risque dans le pays a également progressé de 74 points de base, soit 4,26%, comparé à juin 2021 tandis que les provisions ont bondi. L’élection présidentielle en octobre devrait aussi entraîner une volatilité de marché. Mais cette vigilance n’entraîne pas encore d’alerte chez les analystes qui ne s’attendent pas à un changement drastique des orientations générales en matière de politique macroéconomique de la prochaine administration. D’autant que la banque espagnole a su prouver sa capacité à agir dans un pays habitué aux soubresauts. «Santander opère au Brésil depuis de nombreuses années dans un contexte politique et économique compliqués», confirme Pablo Manzano, responsable de l’équipe FIG chez DBRS Morningstar, «et bien que nous surveillions la prochaine élection, nous ne pensons pas qu’elle soit matérielle pour les activités de Santander dans le pays».
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