L’assurance prend la vague des cryptomonnaies
Mulhouse devient-il le bitcoin cityà la française ? Deux courtiers en assurance dont le siège social se situe dans la capitale du Haut-Rhin, East Assur et l’Assurance du Lion, ont récemment annoncé accepter le paiement des primes en cryptomonnaies pour l’ensemble de leurs produits. Les clients pourront régler en bitcoin, ethereum, et tether chez East Assur tout comme l’Assurance du Lion où sera aussi donnée la possibilité de régler en polkadot et en cardano...
Majoritairement tournés vers l’assurance auto, les deux courtiers, qui réalisent respectivement 500.000 euros et un million d’euros de chiffre d’affaires annuel, y voient un argument commercial face à l’explosion des utilisateurs des cryptomonnaies. «Si l’an dernier la demande se faisait déjà sentir, nous observons une accélération cette année. Entre quatre et cinq interlocuteurs par mois évoquaient l’idée de régler leurs primes en cryptomonnaies», explique à L’Agefi un dirigeant d’East Assur. Comme l’Assurance du Lion, East Assur a formé ses équipes pour répondre aux interrogations de ses clients.
Opportunités
Pas de quoi chambouler le secteur, mais assez pour attirer la curiosité et l’intérêt des concurrents alors que les cryptomonnaies sont une source d’opportunités. «La cryptomonnaie permet de faire des choses que l’on ne peut pas faire avec la monnaie traditionnelle. Dans l’assurance paramétrique par exemple, les bases de données disponibles peuvent permettre d’avoir une indemnisation automatisée et programmée fournissant une meilleure garantie technique pour l’assuré », décrit Claire Balva, directrice blockchain et cryptos chez KPMG France, qui enchaîne les missions chez les assureurs sur le sujet.
Ce type de paiement devrait rester concentré sur les produits à montants faibles et à grand volumes pour le moment, ceci afin de s’assurer d’une validation humaine sur les grands montants. Les grands acteurs sont aussi plus longs à proposer de telles possibilités, le nombre de dirigeants à convaincre étant plus nombreux et ceux-ci demeurant parfois plus conservateurs. Mais ces annonces participent à légitimer les cryptomonnaies et donc à nourrir un cercle vertueux pour leur adoption malgré les risques inhérents à ces actifs. Or, les assureurs ne sont pas insensibles aux nouveaux risques : «Il s’agit d’un nouveau marché à couvrir», rapporte Claire Balva.
Défis
Pour limiter les risques, les deux courtiers alsaciens ont d’ailleurs porté leur choix sur des cryptomonnaies réputées moins volatiles que d’autres. Mais dans un pays où les moyens de paiement sont opérationnels et divers avec l’arrivée de nouveaux acteurs, l’utilité des cryptomonnaies n’est pas aussi vraie que dans d’autres pays. Les deux courtiers reconnaissent ainsi que les clients intéressés sont surtout des jeunes qui voient ici une possibilité d’écouler leurs cryptomonnaies et de ne pas faire peser l’assurance sur leur pouvoir d’achat à travers un paiement alternatif. Un autre défi réside dans le transfert du portefeuille numérique en euros. «Pour cette tâche, nous nous appuyons sur Coinhouse. Au-delà des capacités techniques, un grand nom permet de rassurer le client mais aussi de nous rassurer nous-mêmes», explique un porte-parole d’East Assure.
«Le défi consistera surtout dans la gestion de ces cryptomonnaies. Pour les grands groupes par exemple, cette gestion comporte de nombreux défis technologiques, comptables et fiscaux», juge Claire Balva. L’assurance n’échappera pas non plus aux problèmes de lutte contre le blanchiment d’argentauquel sont confrontées les cryptomonnaies. Contacté, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution n’a pas souhaité communiquer sur le sujet.
Facilité culturelle
Si la France n’échappe pas à la vague, celle-ci a déjà touché d’autres pays. Axa a ouvert fin avril la possibilité pour ses clients particuliers suisses de payer en bitcoin leurs primes d’assurance, exception faite de leur contrat d’assurance vie. «Ce projet pilote a pour but de nous aider à mieux comprendre l’évolution des besoins des clients et de nous confronter aux nouvelles possibilités offertes par la technologie», explique le groupe. Il reste prudent : «Axa Suisse n’investit pas elle-même dans le bitcoin, ni le bitcoin ni les autres cryptomonnaies ne sont inscrits à son bilan». La Suisse a pris de l’avance dans le domaine : l’assureur santé Atupri accepte aussi le bitcoin et l’ethereum. «Il s’agit d’un pays plus décentralisé que la France, ceci entraînant une plus grande facilité culturelle à l’adoption des cryptomonnaies», estime Claire Balva.
De l’autre côté de l’Atlantique, les assurtechs ont lancé le mouvement cette année. L’assureur de biens et de risques divers aux propriétaires de petites entreprises Universal Fire & Casualty Insurance Company (UFCIC) accepte bitcoin, ethereum, bitcoin cash et litecoin pour certains produits, alors que l’assureur auto Metromile a rendu possible le règlement des primes mais aussi l’indemnisation en bitcoin. Le spécialiste des couvertures «Pay as you drive» vient d’ailleurs d’être racheté par Lemonade, la start-up qui entend«incarner la compagnie d’assurance du XXIe siècle» .
Plus d'articles du même thème
-
La tentative de régulation mondiale de l'IA souffre de grands absents
Les dirigeants de 22 pays ont signé une déclaration commune en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, dans laquelle ils préconisent l'adoption de mesures de sécurité contraignantes face à la course effrénée de l'IA. Les Etats-Unis, la Chine et la France font figure de grands absents. Plusieurs incidents ont pourtant révélé les failles de sécurité d’un secteur où la montée en puissance des modèles s’accélère. -
Les banques gèrent tranquillement leurs anciennes dettes subordonnées
L’Autorité bancaire européenne (EBA) a considéré fin février qu’elle avait mené à bien sa mission d’accompagnement et de suivi de l’extinction des dettes subordonnées historiques («legacy»), émises avant 2013 et Bâle 3. De quoi permettre aux établissements de crédit de conserver quelque peu les rares titres aux coupons encore avantageux pour eux. -
L’Argentine paye la facture cachée de la lutte contre l’hyperinflation
La thérapie de choc menée par Javier Milei face aux déséquilibres qui s’étaient accumulés dans l’économie est saluée pour ses résultats. Mais cet ajustement peine à se transmettre à l’économie réelle à cause d’un endettement élevé des ménages. La méthode plus mesurée engagée par la Turquie a été moins défavorable.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
- La Fed sort de l'ambiguïté en remontant ses taux
Contenu de nos partenaires
-
Sous-titresDonald Trump et l'ONU : la stratégie de l'amour-haine
Malgré sa rhétorique anti-multilatéraliste et ses coupes budgétaires, le président n'a pas encore tiré un trait sur les Nations unies -
Gestion de criseCarburants : le goutte-à-goutte de Lecornu
Le Premier ministre s'en tient à la stratégie éprouvée depuis mars malgré la pression. Mais l'argument de la dette qui empêche un geste plus large tiendra-t-il longtemps ? La décision de l'Allemagne de baisser ses taxes isole la France -
La Fabrique de l'OpinionLéon XIV en France : « Le plus important n’est pas que le pape soit admiré, mais qu’il soit écouté »
Le voyage du pape en France, qui s'annonce hors normes en termes d'affluence, intervient en pleine campagne présidentielle, et peu après la légalisation de l'aide à mourir, à laquelle l'Eglise est profondément opposée. Mgr Matthieu Rougé décrypte les enjeux et les attentes qui entourent cette visite.