La Banque d’Angleterre met son système financier à l’épreuve du climat
Les banques et les assureurs britanniques n’ont pas encore à s’en inquiéter. La Banque d’Angleterre (BoE) a lancé hier les premiers stress tests en Grande-Bretagne permettant de déterminer les conséquences du changement climatique sur le secteur financier à horizon 2050. Ces tests, appelés Climate Biennial Exploratory Scenario (CBES), s’apparentent pour l’heure à un galop d’essai. Les résultats ne serviront pas à déterminer d’éventuelles exigences en capital pour les participants à l’exercice, dont les conclusions seront publiées en mai 2022.
«L’expérience et l’expertise dans la modélisation des risques liés au climat étant encore relativement immatures, cet exercice développera les capacités à la fois de la Banque d’Angleterre et des participants», précise la BoE. Cette initiative rappelle celle de la Banque de France qui, au mois de mai dernier, a publié les résultats des premiers stress tests climatiques effectués sur les secteurs bancaires et assuranciels.
En conduisant ces stress tests auprès d’une vingtaine de structures britanniques, dont les sept plus grandes banques, la Banque d’Angleterre vise plusieurs objectifs. En premier lieu, cela lui permettra de déterminer l’exposition individuelle des entités et du secteur financier dans sa globalité, à partir des bilans de la fin de l’année 2020. «Cela permettra de mettre en lumière des risques qui sont actuellement opaques», explique la Banque d’Angleterre. Ensuite, cette étude explicitera les défis de l’industrie face aux risques climatiques ainsi que les moyens dont disposent les banques et assureurs pour y répondre. Les sociétés financières pourront aussi jouer un rôle de prescripteurs en encourageant leurs contreparties à prendre en compte le climat.
Trois scénarios
Afin de mener cette étude, la BoE a déterminé trois scénarios possibles concernant le réchauffement climatique. Le premier est celui d’une prise en compte précoce du problème, dès 2021. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone seraient réduites à zéro en 2050 et le réchauffement climatique serait limité à 1,8 degré à cette échéance. Certains secteurs seraient plus touchés par la transition que d’autres, mais l’impact global sur la croissance du PIB serait atténué grâce aux gains de productivité procurés par les investissements dans les technologies vertes.
Le second scénario est celui d’une mise en place plus tardive, en 2031, des mesures climatiques. Dans ce cas, l’objectif d’augmentation de la température mondiale de 1,8 degré en 2050 serait aussi respecté, mais ce délai plus court pour l’atteindre provoquerait «des perturbations macroéconomiques importantes», précise la BoE. Les secteurs à forte intensité carbone seraient naturellement les plus touchés et cet ajustement sectoriel provoquerait une baisse importante du PIB et de l’emploi pendant la période de transition.
Examen de la BCE
Enfin, le dernier scénario est celui où aucune action ne serait entreprise. Les niveaux de température mondiale continueraient d’augmenter, atteignant 3,3 degrés de plus par rapport aux niveaux préindustriels. Ce scénario engendrerait une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes, avec des impacts permanents sur les conditions de vie et de travail, les bâtiments et les infrastructures. «La croissance du PIB britannique et mondial serait durablement plus faible et l’incertitude macroéconomique augmenterait», explique la BoE.
A partir de ces trois scénarios, les institutions financières mesureront l’impact que chacun d’entre eux pourrait avoir sur leur bilan. Pour les banques, les tests porteront en priorité sur le risque de crédit, en mettant l’accent sur celui supporté par les grandes entreprises. Pour les assureurs, les CBES se concentreront sur les changements que l’évolution du climat pourrait avoir sur leurs actifs investis, mais aussi sur les passifs d’assurance. Ce qui est certain, c’est que le risque climat des sociétés financières occupera l’espace médiatique pendant plusieurs années. Les résultats des stress tests climatiques de la BoE arriveront, l’année prochaine, au moment où la Banque centrale européenne effectuera un examen complet des pratiques des banques sur le sujet.
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