Alexis Marinof (WisdomTree) : « Ne pas avoir d’actifs digitaux est une vraie décision de gestion active »

Le gérant d’ETF américain WisdomTree a fêté ses 10 ans en Europe l’an dernier et franchi le seuil des 50 milliards de dollars sous gestion en octobre, pour une collecte de 4,8 milliards cette année, essentiellement grâce à son ETF sur la défense européenne. Fin novembre, son directeur général, le Belge Alexis Marinof, était de passage à Paris où une succursale vient d’être créée et confiée à une ancienne de BlackRock, Ivana Davau.
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L’Agefi : 2025 est une très bonne année pour WisdomTree sur le plan commercial. Quelles stratégies ont soutenu les flux ?

Alexis Marinof : Nous avons beaucoup investi dans l’innovation ces dernières années, notamment au niveau de nos produits. Notre objectif est d’avoir une offre différenciée : nous n’avons ainsi pas vocation à proposer des ETF sur de grands indices pondérés par la capitalisation. Nous nous concentrons sur quatre segments de marché : les ETP de matières premières – issus de notre acquisition d’ETF Securities en 2017 – (31 milliards de dollars d’encours), des ETF smart beta – savoir-faire historique de WisdomTree qui s’inspire des travaux de l’économiste américain Jeremy Siegel – (3,7 milliards), des ETF thématiques (5,9 milliards) et des ETP cryptos (1,9 milliard). C’est ce travail en profondeur qui paie cette année en termes de collecte. La concentration du MSCI World sur les actions américaines ont poussé les investisseurs à se diversifier et cela nous a profité. Notre ETF sur la défense européenne, lancé en mars, a atteint 4 milliards de dollars. Mais nous avons également eu une très bonne collecte sur nos ETP cryptos.

Vous avez lancé cet ETF sur la défense européenne juste après la réunion très tendue entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche. Plusieurs autres fournisseurs d’ETF vous ont ensuite emboîté le pas. Est-ce essentiel d’être le premier arrivé sur une thématique ?

C’est un élément important. Nous avons une équipe de recherche de 12 personnes en Europe qui propose des idées que nous confrontons à la demande de nos clients. Nous disposons aussi d’une équipe de développement de produits de cinq personnes pour structurer les indices et faire ressortir l’essence de la thématique. Mais ce n’est pas le seul facteur de succès. Il faut avant tout que la stratégie d’investissement soit de qualité, claire, transparente et différenciée. Sur la thématique de l’informatique quantique – où nous n’avons pas été les premiers – nous avons respecté notre approche de l’investissement thématique, à savoir une exposition très pure au thème à travers un portefeuille concentré.

Grâce aux ETF actifs, nous arrivons plus facilement à faire comprendre qu’un ETF n’est pas nécessairement un tracker

Votre ETF sur la défense est « article 6 » au sens du règlement SFDR. N’est-ce pas un frein à sa commercialisation ?

Il applique un filtre ESG modéré – comme le reste de notre offre –, avec une exclusion des armes controversées. Mais cette thématique n’a pas vocation à entrer dans un fonds « article 8 » : il faut avoir le courage de son investissement. Cela ne nous freine pas commercialement.

La collecte positive de 2025 arrive après plusieurs années de rachats nets. A quoi étaient-ils dus ?

Notre collecte était très positive si l’on excluait nos ETP indexés à l’or et au pétrole. Ces produits avaient connu moins d’intérêt de la part des investisseurs ces dernières années, alors même que leur performance restait solide, et le segment était très compétitif. Nous en avons profité pour faire évoluer en profondeur notre gamme : lancement d’un nouvel ETP or répondant aux derniers standards éthiques conformément au guide Responsible Gold Guidance de la LBMA, avec des frais réduits à 12 points de base; baisse des frais (15 bp) sur notre ETP adossé à de l’or physique conservé à Zurich, ainsi que sur ceux intégrant une couverture du risque de change. Aujourd’hui, nos quatre ETP or sont à la fois techniquement de pointe et très compétitifs. Les flux reviennent nettement.

Sur quoi se concentre votre offre d’ETF smart beta ?

Nous avons rencontré un succès commercial sur notre gamme « quality dividend growth » qui offre une exposition plus défensive que des indices de marché. Nous avons lancé en septembre une version sur un périmètre mondial hors Etats-Unis, pour donner la possibilité aux investisseurs de réduire le poids des actions américaines. Nous avons aussi dans notre gamme l’équivalent sur le périmètre américain : nous pensons que cet ETF pourrait rencontrer de l’intérêt de la part d’investisseurs souhaitant rester exposés aux Etats-Unis mais à travers une stratégie plus défensive.

Nous souhaitons renforcer nos efforts en matière de distribution digitale en France

Vous avez également lancé des ETP à effet de levier dédiés aux « 7 magnifiques ». Y a-t-il de la demande pour ce type d’exposition très concentrée ?

Elle est modeste. Ces produits de trading s’adressent à des investisseurs qui souhaitent faire des choix d’allocation très prononcés en mobilisant un montant réduit de capital. Ces deux produits offrent en effet un levier de trois, l’un en version « long » et l’autre « short ». La seconde peut servir à contrebalancer le poids des « 7 magnifiques » dans un portefeuille exposé au MSCI World par exemple. Ces produits viennent renforcer une gamme « short & leverage » qui représente désormais 3 milliards de dollars.

Comment percevez-vous l’essor des ETF actifs ? Ils répondent à la même logique de distanciation des indices pondérés par la capitalisation que votre offre smart beta…

Leur développement contribue à une meilleure différenciation entre les gestions beta (indicielles), alpha (actives) et smart beta (factorielles). Grâce aux ETF actifs, nous arrivons plus facilement à faire comprendre aux investisseurs qu’ETF n’est pas nécessairement synonyme de « tracker ».

WisdomTree est également fournisseur d’indices et environ un cinquième de vos produits répliquent des indices maison. Qu’est-ce que cela change ?

Cela nous donne de la flexibilité et la capacité de réagir rapidement. Nous pouvons concevoir nos indices sur la base de notre recherche, rédiger leur méthodologie, prévoir leurs rebalancements, mais nous ne les calculons pas nous-mêmes. Nous confions cette tâche à un agent indépendant et spécialisé, ce qui est un gage de robustesse pour nos clients.

Vous vous êtes positionnés dès 2019 sur le marché des ETP crypto. Six ans plus tard, il ne représente toujours qu’une quinzaine de milliards de dollars en Europe, contre dix fois plus aux Etats-Unis. Comment expliquez-vous ce développement limité ?

Outre l’écart de taille de marché entre l’Europe et les Etats-Unis, ce sont deux cultures d’investissement bien différentes. L’offre doit s’adapter. Nous avons pris le temps de construire nos produits pour qu’ils soient très robustes, notamment en matière de stockage hors ligne (cold storage) des crypto-actifs. Nous sommes prudents dans notre manière d’aborder la classe d’actifs : nous ne sommes pas des évangélistes de la crypto. Mais aujourd’hui, ne pas avoir d’actifs digitaux dans un portefeuille diversifié alors qu’ils pèsent 2 % du total des actifs liquides dans le monde, est une vraie décision de gestion active. Il faut en avoir conscience.

Vous venez d’ouvrir une succursale en France et d’embaucher Ivana Davau pour développer la zone francophone. Quelles sont vos priorités pour ce marché ?

Nous souhaitons renforcer nos efforts en matière de distribution digitale en France, comme nous l’avons fait au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Italie à travers des partenariats avec une cinquantaine de plateformes. Nous voulons notamment développer le marketing digital et les dispositifs d’éducation des investisseurs, via des podcasts et des webinaires en français. Ce type de partenariat est la spécialité d’Ivana Davau.

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