L’Europe centrale fait face au retrait des prêteurs étrangers
En annonçant hier des règles de liquidité strictes pour les filiales de ses banques, l’Autriche va accentuer la restriction du crédit dans la région
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Alexandre Garabedian
Comme en 2008 après la faillite de Lehman, les économies d’Europe centrale subissent de plein fouet le retrait des banques étrangères. Dans une région où, en moyenne, les trois quarts des actifs bancaires sont aux mains d’établissements d’Europe de l’Ouest, la réduction accélérée des bilans menace ces pays de credit crunch. Et les régulateurs, à l’image de l’Autriche hier, accentuent le phénomène.
L’autorité des marchés financiers et la banque centrale autrichienne ont publié hier de nouvelles règles prudentielles. L’application pleine et entière de Bâle 3 a été avancée au 1er janvier 2013, sans transition de six ans. Et les banques devront dès le 1er janvier 2016 afficher un surcroît de 3 points de ratio core equity tier one, soit 10%.
Les mesures sur la liquidité promettent d’être plus douloureuses encore. Les banques autrichiennes devront ajuster la croissance des crédits de leurs filiales d’Europe centrale à celle du financement local. «Dans le futur, ces filiales devront s’assurer que le ratio des nouveaux prêts rapportés au refinancement local n’excède pas 110%», indiquent les deux autorités.
Plus question donc, pour Erste ou Raiffeisen, de financer leur croissance en Hongrie ou en Roumanie grâce aux ressources de la maison mère. Bank Austria, la filiale d’UniCredit, est aussi concernée.
Ces nouvelles règles, qui s’ajoutent aux difficultés de refinancement des banques, devraient donner un coup d’arrêt à la production. Car à fin septembre, Erste affichait un ratio de prêt sur dépôts d’environ 190% en Hongrie et 145% en Croatie. Chez Raiffeisen, le record était détenu fin juin par la Slovénie (280%) suivie de l’Ukraine (153%).
Vienne, dont le AAA est attaqué, veut limiter les frais. L’exposition des banques autrichiennes à l’Europe centrale, hors Bank Austria, atteignait 266 milliards d’euros fin juin, soit 70% du PIB autrichien. Le groupe coopératif Obag, qui a raté les stress tests européens, vient de céder à Sberbank ses activités en Europe de l’Est (VBI) et espère éviter une nationalisation. Erste, elle, a plongé dans le rouge au troisième trimestre en raison de lourdes pertes de change en Hongrie.
En 2009, les banques étrangères s’étaient engagées, sous l’égide de la Berd, à ne pas couper les vivres à leurs filiales d’Europe centrale. L’initiative de Vienne, comme on l’appelait alors, n’a jamais si mal porté son nom.
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