Les investisseurs prudents sur les actifs américains à long terme

Si les flux de capitaux ont atteint un record en octobre, les montants à destination des actifs longs ont pour leur part lourdement chuté
Olivier Decarre

Difficile de trouver meilleure illustration des craintes actuelles qu’au travers des flux de capitaux aux Etats-Unis en octobre. Premier constat, seuls les titres à court terme ont trouvé grâce aux yeux des investisseurs étrangers. Les acquisitions nettes de bons du Trésor ont ainsi dépassé les 147 milliards de dollars sur le seul mois d’octobre. Un chiffre à comparer à une moyenne d’à peine plus de 20 milliards sur les douze mois précédents. Grâce à cet engouement, les flux de capitaux à destination du pays se sont élevés à 286,3 milliards de dollars. Un record.

Reste que si on exclut l’ensemble des produits à court terme, les chiffres sont moins flatteurs et montrent clairement les réticences des investisseurs à prendre des positions longues. Les flux à destination des actifs à long terme ont en effet à peine dépassé 1,5 milliard de dollars, contre 65,4 milliards un mois plus tôt. Hormis le trou d’air d’août 2007 (-72 milliards), il faut remonter à septembre 1998 pour trouver un chiffre aussi faible (1,7 milliard).

Pire encore, les investisseurs étrangers ont été vendeurs d’actifs américains à long terme à hauteur de 34,8 milliards de dollars. Depuis trente ans, de tels dégagements n’avaient été observés qu’une seule fois (en août 2007). Dans le détail, les Treasuries ont continué à attirer des capitaux (34,7 milliards). A cet égard, la Chine a renforcé sa place de premier détenteur avec 652,9 milliards de dollars, loin devant le Japon et ses 585,5 milliards. En revanche, la défiance a été marquée vis-à-vis des titres des agences hypothécaires (-50,2 milliards), des obligations corporate (-13,1 milliards) et de Wall Street (-6,1 milliards).

Si les flux à long terme ont pu se maintenir de justesse dans le vert, c’est donc uniquement grâce aux rapatriements opérés par les résidents américains. Déjà en septembre, ils avaient cédé pour 35,4 milliards de dollars d’actifs étrangers. Face aux craintes pesant sur les émergents et au besoin pour certains acteurs de réduire leur levier, le mouvement s’est poursuivi en octobre, inscrivant même un nouveau record à 36,3 milliards de dollars. Sur quatre mois, ce sont ainsi plus de 128 milliards de dollars qui ont été rapatriés aux Etats-Unis.

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