L’échec koweitien de Dow Chemical met le rachat de Rohm & Haas en péril
S&P et Moody’s ont dégradé la note du groupe chimique américain, dont les tourments ont pesé sur Wall Street
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Benoît Menou
Les groupes chimiques américains Dow Chemical et Rohm & Haas ont perdu jusqu'à plus de 20% en Bourse hier après l’annulation par le Koweit d’un projet de coentreprise avec Dow Chemical, qui pourrait compromettre l’accord pour racheter Rohm & Haas.
Et même s’il parvient à mener à bien ce rachat, le numéro un de la chimie aux Etats-Unis risque d'être pénalisé car cette opération d’un montant de 15,3 milliards de dollars creuserait fortement son endettement. Or le groupe prévoyait de rembourser une part importante de ces dettes grâce au produit de sa coentreprise avec le groupe public koweitien Petrochemical Industries, estimé à neuf milliards de dollars. Des analystes estiment que Dow pourrait donc désormais se voir pressé de renégocier le rachat de Rohm & Haas, voire d’y renoncer.
Cette acquisition, annoncée en juillet, vise à renforcer Dow dans la chimie de spécialités, considérée comme moins cyclique et plus rentable que la chimie de base. Son annulation obligerait Dow à verser à sa cible une indemnité de 750 millions de dollars.
Pour Hassan Ahmed, analyste de HSBC, Dow pourrait tenter de se retirer de l’opération avec Rohm & Haas car l’annulation du projet au Koweit l’obligerait à financer cette acquisition sur les marchés du crédit, particulièrement difficiles en ce moment. Le projet koweïtien et le rapprochement avec Rohm & Haas constituaient les deux piliers du plan de transformation de Dow, ajoute-t-il.
De quoi inspirer la prudence à Wall Street. L’indice Dow Jones a cédé 0,37% (8.483,93 points), le S&P 500 abandonnant 0,39% (1.510,32 points). Les actions Dow Chemical et Rohm & Haas ont finalement cédé respectivement 19% et 16,1% (à 15,32 et 53,34 dollars).
Qui plus est, les agences de notation Standard & Poor’s et Moodys ont toutes deux annoncé hier une dégradation de la note allouée à Dow Chemical. Elles ont maintenu leur notation sous revue en perspective d’une possible nouvelle action. L’échec du projet koweitien « renforce significativement », selon Moodys, « la probabilité que le profil de crédit de Dow Chemical va sa détériorer, quel que soit le scénario envisageable ».
Dans le passé, Dow a déclaré qu’il renoncerait à racheter Rohm & Haas s’il ne recevait pas les capitaux générés par la coentreprise koweïtienne. Il s’est refusé à tout commentaire sur le sujet lundi.
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