Le livre de Thomas Piketty a largement contribué au débat économique autour des inégalités et de la répartition du capital. Mais aujourd’hui, un économiste du FMI invalide en partie sa thèse.
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Benjamin Poyet
Les craintes suscitées par le coronavirus sur la croissance mondiale ont entraîné une fuite des investisseurs vers les valeurs refuges. Les taux longs core (Allemagne, France, Pays-Bas) ont rechuté nettement en territoire négatif.
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Dans un document de recherche publié par le FMI, l’économiste Carlos Goes réfute le modèle de croissance développé par Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle. L’argumentation de Goes s’appuie sur une vision de l’épargne et du revenu dit « permanent » élaborée par le prix Nobel Milton Friedman : l’épargne est une variable d’ajustement pour les individus qui souhaitent lisser leur revenu disponible dans le temps. Face à un choc exogène, le taux d’épargne « contrebalance les fortes augmentations prévues de la part du capital », le rendant cyclique. Cette vision invaliderait les conclusions de Piketty quant à la relation entre le taux de rendement du capital « r » et le taux de croissance « g ».
Dans son livre «Le capital au XXI° siècle», Thomas Piketty définit son modèle de croissance en se référant aux « lois fondamentales du capitalisme », dont il tire les conclusions suivantes : les rendements du capital évoluent plus vite que la croissance économique lorsque la part du capital dans le revenu national augmente. Les inégalités de revenus sont incontournables, dès lors que le capital est réparti de manière inégale dans la population : si « r – g » augmente, les inégalités augmentent. Piketty utilise dans une deuxième loi fondamentale, la variable « s », représentant le taux d’épargne - stable selon lui : à long terme, il considère que le ratio du stock de capital sur le revenu tend vers le ratio du taux d’épargne sur le taux de croissance. « Pour au moins 75% des pays examinés, les inégalités réagissent de manière négative au choc « r - g » ».
Carlos Goes élabore un modèle qu’il applique à 19 pays développés, sur la période 1980-2012. « Je n’ai trouvé aucune preuve empirique que la dynamique va dans le sens suggéré par Piketty » explique Carlos Goes, qui explique que l’ouvrage de Piketty « ne fournit aucun contrôle empirique de la chaine causale théorique ». Il estime toutefois qu’à long terme, il est possible que la théorie de Piketty se vérifie.
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