La Russie s’avère incapable d’enrayer la chute du rouble
Moscou a élargi la marge de fluctuation du rouble par rapport au panier euro-dollar, dévaluant sa monnaie pour la dixième fois en un mois et demi
Publié le
Alexandre Boksenbaum
Le rouble n’est pas une monnaie; le rouble est un bout de papier». Cette remarque datant de l’époque soviétique prend aujourd’hui un sens nouveau au regard des nombreuses et récentes dévaluations opérées par la Banque de Russie (BoR). De fait, la semaine dernière, la banque centrale moscovite a dévalué le rouble pour la dixième fois depuis le 11 novembre et trois fois en moins d’une semaine. Confirmant son souhait d’éviter une chute drastique de sa monnaie par des dévaluations graduelles et régulières, la BoR a ainsi de nouveau élargi la marge de fluctuation de sa monnaie par rapport au panier euro-dollar.
A cause de l’effondrement de plus de 70% des cours du pétrole, principale ressource financière de Russie, depuis leur plus haut en juillet, la devise russe a déjà reculé de 18% en cinq mois face au dollar, même si dernièrement, c’est principalement face à l’euro qu’elle a baissé. Outre la chute des prix du pétrole, ces dévaluations successives s’expliquent également par le recul des exportations et par les sorties de capitaux. BNP Paribas a d’ailleurs calculé que 211 milliards de dollars avaient été retirés de Russie depuis le mois d’août. Une situation qui a contraint Moscou a dépensé 27% de ses réserves en quatre mois pour défendre sa monnaie, soit près de 163 milliards de dollars.
Cette tendance devrait d’ailleurs se poursuivre, la banque centrale n’ayant pas d’autres choix tant que les prix de l’or noir resteront aussi bas. Un analyste de Renaissance Capital explique ainsi que «toutes les devises liées aux matières premières ont été dévaluées», or «le rouble est [en l’espèce] en retard». Selon ce spécialiste, la devise russe pourrait encore reculer de près de 7%. Et de prédire avec d’autres spécialistes que le panier euro-dollar s’échangera contre un peu plus de 36 roubles d’ici la fin 2009.
La situation financière de la Russie n’est pas près de s’améliorer. Moscou va ainsi certainement enregistrer son premier déficit budgétaire en dix ans l’an prochain, à près de 5% du PIB, le gouvernement ayant établi son budget pour 2009 sur la base d’un cours du pétrole à 70 dollars le baril. Cela devrait obliger le pays à puiser un peu plus dans son fonds de réserves, alors que des économistes estiment que si les cours de l’or noir demeurent compris entre 30 et 40 dollars, la Russie plongera en récession dès le premier semestre 2009.
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