La Grèce joue l’avenir de l’Europe sur un coup de dé
Une réunion de crise aura lieu aujourd’hui à Cannes avec les représentants européens et le FMI
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Patrick Aussannaire
Georges Papandréou, Premier ministre grec. Photo Bloomberg
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La Grèce ne compte pas se laisser dicter son avenir par ses partenaires européens, quitte à replonger la zone euro en plein doute. Poussé par la rue en pleine effervescence contre les mesures d’austérité, le premier ministre grec a annoncé lundi soir que l’accord conclu avec les européens et les représentants des banques jeudi dernier serait soumis à référendum début 2012. En outre, Georges Papandréou va demander vendredi un vote de confiance au Parlement, alors que la majorité du parti au pouvoir ne tient qu’à 2 voix.
Une décision surprise qui remet en cause le plan de restructuration de la dette grecque et la recapitalisation des banques européennes. L’annonce du premier ministre a également soulevé la fronde au sein de son propre parti entrainant la démission de la députée socialiste Milena Apostolaki qui réduit à 152 le nombre de sièges du Pasok au parlement qui en compte 300. «Après tout, qu’a vraiment à perdre la Grèce en faisant scission ? Le pays est déjà en pleine récession et n’a plus accès aux marchés de capitaux» note la société de gestion GaveKal.
Même si Georges Papandréou a tenu à rassurer ce matin en estimant que «le référendum sera un mandat clair et un message fort en Grèce et à l’extérieur sur notre évolution européenne et notre participation à l’euro», l’issue reste hautement incertaine. Selon un sondage, les Grecs, premiers détenteurs de leur dette publique à environ 45%, ne sont d’ailleurs que 12,6% à juger positivement l’accord européen. «Le dilemme n’est pas “ce gouvernement ou un autre”», mais «oui ou non à l’Europe», «oui ou non à l’euro» a alerté Georges Papandréou.
Un refus du plan entrainerait un défaut sur les prochaines lignes obligataires de la Grèce avec un gel de son économie et les banques européennes devraient provisionner un défaut total de la Grèce. A partir de là, tous les scénarios sont ouverts. «Si la population n’accepte pas le plan, il est difficile de ne pas envisager une sortie de la Grèce de la zone euro» et un retour à la drachme afin d’utiliser le levier d’une dévaluation pour relancer l’économie, estime CM-CIC. Une mise sous tutelle du pays contre de nouvelles aides et un éclatement de la zone euro ne sont pas à exclure non plus.
Le référendum n’étant pas prévu avant janvier prochain, la résolution définitive de la crise est repoussée aux calendes grecques. Si vendredi les députés votent non, le pays sera confronté à des élections anticipées à haut risque.
Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré hier soir que « le plan adopté jeudi dernier à l’unanimité des 17 membres de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque». Le Premier ministre grec est convoqué aujourd’hui à une réunion de crise à Cannes avec les représentants européens et le FMI «pour examiner les conditions dans lesquelles les engagements pris seront tenus». Et Jean-Claude Juncker de remettre en cause le déblocage de la sixième tranche de 8 milliards d’euros.
Le rendement du bund allemand a baissé de 25 bp à 1,77%, et son écart avec le 10 ans grec dépasse les 1.000 bp, celui avec le 10 ans espagnol est à 375 bp, et le spread OAT-bund a dépassé en séance les 110 bp. Le cours de l’euro a chuté de 1,3% contre dollar à 1,3679, et l’indice S&P 500 a perdu 2,78% à 1.218,45 points.
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