La deuxième année de décollecte en France masque des performances diverses selon les sociétés
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Alexandre Garabedian
155 milliards d’euros envolés. C’est le triste bilan de l’année 2008 pour les OPCVM de droits français. Une chute reflétant celle des marchés mais aussi les rachats massifs effectués par la clientèle: l’industrie a subi une décollecte de 38,5 milliards l’an dernier, alors que les souscriptions étaient restées positives à la fin de la bulle internet. Depuis le début de la crise en août 2007, «la gestion collective française aura vu disparaître près de 260 milliards d’euros d’encours», constate EuroPerformance.
Le constat n’est cependant pas uniforme. En termes de produits, tout d’abord. Les fonds monétaires, après la saignée de 2007, sont le seul compartiment à enregistrer une croissance des encours, de 33 milliards d’euros. Mais seuls les produits de trésorerie régulière en ont profité, dans un environnement où les investisseurs recherchaient les placements le plus liquides et sécurisés possible. Les fonds monétaires dynamiques, dont la réforme est toujours en cours, ont à nouveau connu un mouvement de défiance, que les effets de la faillite de Lehman Brothers sur ce compartiment ont aggravé.
Dans les autres segments, les fonds actions ont logiquement le plus souffert. «Les sociétés de gestion devraient poursuivre la stratégie adoptée en 2008, se traduisant par la création de fonds monétaires très liquides, de produits obligataires segmentés, et une meilleure qualité de reporting», estiment donc les analystes d’EuroPerformance (lire notre dossier spécial dans L’Agefi Hebdo du 29 janvier).
Les gérants ont eux-mêmes connu des fortunes très diverses. Lors d’une année marquée par les adossements de Richelieu Finance à KBL et d’ADI à Ofi AM, certains ont très bien tiré leur épingle du jeu, y compris sur des actifs risqués. Chez les spécialistes, Lyxor AM a ainsi profité de son expertise dans les ETF pour collecter 12,5 milliards d’euros.
Autres sociétés à afficher à la fois une collecte positive et des encours en hausse: Carmignac, Robeco, la Banque de Financement et de Trésorerie ou encore Credit Suisse France. A l’autre bout du spectre, la Financière de l’Echiquier ou Tocqueville Finance voient leurs encours reculer de 60% sous l’effet de rachats élevés.
Même constat chez les grands réseaux bancaires et les assureurs. BNP Paribas, la Banque Postale et CM-CIC AM ont enregistré des collectes nettes respectives de 7 milliards, 4,9 et 2,6 milliards. Natixis AM, Crédit Agricole Asset Management, la Société Générale et HSBC ont davantage souffert. Chez les poids lourds de l’assurance, Groupama et Aviva France ont limité les sorties (2% et 1% de l’encours), contre 12% pour Axa et 18% pour AGF.
C’est dans ce contexte turbulent qu’un groupe de réflexion de professionnels de la gestion, présidé par Jean-Baptiste de Franssu, le directeur général d’Invesco Europe, a livré hier neuf propositions pour redonner confiance dans l’épargne longue en Europe. Pour ce «think tank» auquel participent aussi Axa IM et BNP Paribas AM, les fonds Ucits (OPCVM) sont l’instrument idéal. Parmi les pistes évoquées: faire de ces fonds le socle de l’épargne retraite en Europe, établir un cadre paneuropéen en la matière, et promouvoir l’autorégulation plutôt qu’une nouvelle réglementation. Des préconisations dont on voit bien qu’elles pourraient mettre plusieurs années à se concrétiser.
Les banques européennes n’ont pas forcément beaucoup resserré leurs conditions de crédit, les prêts au secteur privé ayant continué à progresser à un bon rythme en avril. En revanche, les agrégats monétaires comme M3 ont vu leur rythme de croissance fortement ralenti pour des raisons techniques comme les transferts des dépôts vers de l’épargne longue.
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