La déconstruction financière de la zone euro a démarré
Les banques européennes achèteront-elles des titres de dettes publiques après que la BCE les a noyées sous 489 milliards d’euros de liquidités à 1% sur trois ans ? La réponse est au mieux mitigée. Il est possible qu’elles se laissent séduire par ces carry trades d’un genre nouveau; c’est le pari que fait la BCE pour justifier son refus de prêter directement aux Etats. Il est surtout possible qu’elles remboursent les dettes qui arrivent à maturité : l’opération serait des plus rentables vu l’explosion des coûts de refinancement pour les dettes seniors bancaires depuis un an (de 100 à 500 pb selon les pays), voire nécessaire pour assainir les bilans.
Mais la vraie question est de savoir si les banques allemandes vont à nouveau acheter de la dette italienne ou espagnole avec ces liquidités. Et malheureusement, la réponse est non. Sur les marchés, les banques européennes sont aujourd’hui sanctionnées selon la qualité des titres publics qu’elles détiennent. Le graphique l’illustre bien: les fonds monétaires américains ont retiré 140 milliards de financements en dollars aux banques françaises depuis cet été, sur les doutes relatifs au triple A français. Parallèlement, ils prêtent plus aux banques allemandes et surtout hollandaises. Une banque allemande n’a aujourd’hui aucun intérêt à acheter autre chose que des titres allemands. La liquidité BCE n’y change rien. La détention des titres publics par les non-résidents est en recul partout depuis la crise (de 71 à 66% sur la dette française en un an, de 70 à 65% sur la dette allemande en trois ans). Quand cette part ne baisse pas (Espagne, Italie), c’est parce que la BCE se substitue aux investisseurs étrangers.
Un tel renforcement du biais domestique des investisseurs signifie que la déconstruction financière de la zone euro a démarré. La circulation de l’épargne est moins fluide. Ceci empêche toute re-convergence des taux d’intérêt à long terme entre pays membres de la zone euro. Un des fondements de Maastricht est en train de céder. Le danger d’éclatement de la zone euro s’est accru.
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