La Banque nationale suisse (BNS) a réussi à affaiblir le franc, après avoir annoncé le 10 septembre ne plus tolérer un change inférieur à 1,20 pour un euro. Certes, elle n’a pas lésiné sur les moyens. La base monétaire a explosé, passant de 13 à 45% de PIB. Mais on peut se demander si le jeu en valait la chandelle. Même si l’appréciation du franc réduit la croissance, les exportations vers la zone euro ne représentent jamais que 17% du PIB suisse.
La défense des exportations n’est en fait pas la principale préoccupation de la BNS. Le vrai souci est que son capital n’était plus que de 16 milliards en juillet dernier, à peine plus d’un quart de sa valeur de 2010. Il fond comme neige au soleil, parce que la BNS fait des pertes gigantesques (10 milliards au premier semestre 2011), avec la forte appréciation du franc qui diminue la valeur des réserves de change (-45 miliards entre janvier 2010 et juillet 2011), et par contrecoup les intérêts qu’elles portent dans un contexte où le rendement des actifs étrangers est déjà très faible. Luttant par ailleurs pour garantir la stabilité financière, la BNS continue de prêter à taux zéro et à emprunter à intérêt positif (de 4 à 40 pb sur un Bill).
En juillet, les engagements de la BNS représentaient 15,5 fois son capital, de quoi faire pâlir un hedge fund. Si une banque centrale n’est pas exposée à un risque de liquidité, une faible base en capital réduit l’éventail de ses instruments de politique monétaire. Sa crédibilité est donc en jeu. Affaiblir le franc permet à la BNS d’augmenter ses revenus de seigneuriage, de reconstituer par là son equity et de préserver sa crédibilité.
Fin août, le capital de la BNS était déjà remonté à 30 milliards de francs. Vu l’évolution des changes, il pourrait être proche de sa moyenne historique dès le mois d’octobre. Une hausse du taux de change plancher ne serait alors plus nécessaire, à moins de chercher à distribuer des profits. La BNS est en passe de gagner son pari. Sa crédibilité en sortira grandie.
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