Deutsche Bank sème la zizanie sur le marché de la dette bancaire
La banque a brisé un tabou en refusant de racheter par anticipation des titres subordonnés. L’ensemble du compartiment est menacé
Publié le
Alexandre Garabedian
Choc sur les marchés de crédit. En décidant de ne pas racheter par anticipation, le 16 janvier prochain, une ligne obligataire subordonnée d’un milliard d’euros, Deutsche Bank a provoqué une déflagration sur un compartiment de la dette bancaire, celui du lower tier two (LT2). La banque allemande a en effet brisé une règle tacite sur le marché, et pris de ce fait à revers nombre d’investisseurs obligataires.
Les LT2 sont des titres subordonnés, en général d’une durée de dix ou douze ans, qui peuvent être rachetés par anticipation (callable) cinq ans avant l’échéance. Leurs émetteurs sont doublement incités à le faire, car le traitement de ces titres par le régulateur devient ensuite moins favorable, et les intérêts versés sont revus à la hausse. Les investisseurs achètent donc cette dette dans une optique de rachat anticipé par l’émetteur.
Mais Deutsche Bank estime qu’exercer son call et refinancer sa dette aux conditions de marché actuelles lui coûterait 150 millions d’euros. Elle préfère donc payer un coupon relevé à Euribor +88 pb sur sa dette au lieu de 3,875%, ce qui, vu la baisse des taux Euribor, représente un renchérissement de 21 pb seulement. Un rachat est toujours possible, mais de trois mois en trois mois.
Deutsche Bank est surtout la première grande banque à faire ce choix, qui n’avait concerné jusqu’ici que de petits établissements, comme le Credito Valtellinese en avril. D’autres la suivront-elles? Au premier trimestre 2009, quelque 2,5 milliards d’euros de dette LT2 de BNP Paribas, Sabadell ou encore Nordea pourront – ou non – être rachetés par anticipation.
«Deutsche Bank a probablement transformé le marché de la dette subordonnée», estimaient hier les analystes de CreditSights. Sur le marché primaire, déjà au point mort, les instruments de type callable seront très durs à placer. Et sur le secondaire, les spreads se sont largement écartés.
La pilule risque d’être dure à avaler pour les fonds monétaires qui avaient acheté récemment les titres Deutsche Bank dans une optique de court terme, en vue de l’échéance du 16 janvier. Ils se retrouvent désormais en moins-value – de 20%, selon des sources de marché – sur des obligations d’échéance plus longue. La décision de la banque allemande a provoqué hier des réunions de crise dans certaines gestions monétaires à Paris. Et même à l’AFG, l’Association française du secteur.
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