Klarna se joue des interrogations des régulateurs sur son modèle d’activité
Voilà qui consacre un peu plus le marché du paiement différé. Klarna, spécialisée dans les solutions de paiement différé («buy now, pay later», achetez maintenant, payez plus tard) a confirmé avoir réalisé un tour de table d’un milliard de dollars (830 millions d’euros), qui la valorise quelque 31 milliards de dollars (25,7 milliards d’euros). La fintech suédoise confirme ainsi des informations de presse qui annonçaient depuis plusieurs semaines une levée d’au moins 500 millions de dollars.
Klarna a séduit les investisseurs bien au-delà de ses ambitions : ce nouveau tour de table a été sursouscrit plus de quatre fois, réunissant de nouveaux investisseurs et des actionnaires déjà présents. Parmi ces derniers figure Sequoia Capital depuis 2010, ensuite rejoint par une floppée d’autres, tels Dragoneer, Bestseller Group, Permira, Visa, Atomico, Ant Group, Commonwealth Bank of Australia, Silver Lake, HMI Capital, TCV, Northzone, le fonds souverain singapourien GIC, ainsi que des fonds gérés par BlackRock.
De quoi nourrir son projet d’introduction en Bourse qu’elle prépare actuellement, avec son tout nouveau directeur financier Niclas Neglen.
Cette nouvelle injection de cash intervient six mois après que Klarna a levé 650 millions de dollars, ce qui lui avait donné alors une valorisation de 10,65 milliards de dollars. Avec cette nouvelle levée de fonds XXL, Klarna se trouve au firmament, confirmant sa place de fintech la mieux valorisée en Europe, et la deuxième au niveau mondial derrière l’américaine Stripe (36 milliards de dollars).
Valorisation multipliée par trois en six mois
Surtout, Klarna a vu sa valorisation tripler en six mois. Ce qui consacre le segment en vogue sur le «buy now, pay later», porté par les sociétés spécialisées dans les prêts sans garantie, et par le contexte de la crise sanitaire.
Présente dans 17 pays, la fintech revendique à ce jour 90 millions d’utilisateurs dans le monde. Elle a vu son chiffre d’affaires croître de 40% en un an, à un milliard de dollars en 2020, pour un résultat d’exploitation record de 1,2 milliard de dollars. Cependant, elle n’est toujours pas rentable : ses pertes ont accéléré de 50% en raison des coûts dus à son expansion à l’international, avec 109,2 millions de dollars de pertes nettes.
Retour de bâton réglementaire ?
Le bond de sa valorisation a de quoi surprendre, alors que les contours du secteur des paiements différés sont encore flous, et où un risque de retour de bâton des régulateurs reste présent. Tel le régulateur britannique, la Financial Conduct Authority (FCA), qui vient d’y consacrer un rapport, et prévoit déjà de réguler davantage.
Le secteur des crédits sans garantie a quadruplé au Royaume-Uni l’an dernier et pèse désormais l’équivalent de 3 milliards d’euros. En 2020, 5 millions de Britanniques se sont laissé tenter par la possibilité d’«acheter maintenant et de payer plus tard». Or, selon le rapport que vient de publier Christopher Woolard, l’ex-directeur par intérim de la FCA, un client sur dix n’est pas en mesure d’honorer ses remboursements.
Concrètement, si Klarna, Clearpay, Laybuy et les autres fintechs spécialisées dans le «buy now, pay later» passent sous l’autorité de la FCA, elles devront s’assurer que leurs clients sont solvables. Ce qui risque de contraindre leur activité.
Des groupes de défense des consommateurs comme Which? avertissent eux aussi que Klarna et consorts poussent souvent les consommateurs – surtout les jeunes – à dépenser au-delà de leurs moyens. Klarna s’était déjà fait épingler en ce sens par le régulateur publicitaire britannique en décembre dernier, qui avait interdit une campagne de publicité «irresponsable» menée sur Instagram.
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