Wall Street se soigne aux pilules empoisonnées contre l’activisme
Les groupes américains tentent de se protéger face à la montée de la fièvre activiste. Devant l’énergie déployée par Carl Icahn et ses acolytes ces derniers mois pour influencer sur la stratégie ou la gouvernance des entreprises, 54 sociétés cotées aux Etats-Unis ont adopté une pilule empoisonnée (poison pill) en 2014, selon les statistiques du cabinet d’études sur la gouvernance SharkRepellent et de FactSet.
Par prudence, certains groupes se sont même dotés de plusieurs moyens de défense puisque, au total, 57 poison pills ont été recensés par SharkRepellent en 2014. American Apparel, Hertz ou bien encore Sotheby’s ont adopté une poison pill récemment. La plus courante consiste à émettre de nouvelles actions pour diluer un actionnaire jugé hostile.
Comparé au précédent rapport qui portait sur 2012, le nombre de pilules empoisonnées a très légèrement diminué. 59 outils de défense avaient été comptabilisés cette année-là. En revanche, c’est la menace à l’origine de la poison pill qui a évolué. En 2012, 36% des boucliers étaient qualifiés de «routiniers» c’est-à-dire adoptés sans qu’une agression particulière d’un actionnaire ait été identifiée. En 2012, ce taux est tombé à 26%.
Dans l’intervalle, le taux de poison pills mises en place pour contrer un activiste déclaré ou pour protéger les actifs de l’entreprise est passé en cumulé de 47% en 2012 à 58%. 5% des pilules visaient aussi à protéger une fusion amicale, contre 3% en 2012. Enfin, 11% des outils de défense devaient contrer le lancement d’une offre hostile. Ce taux s’élevait à 14% en 2012, signe d’une diminution des OPA hostiles à Wall Street ces derniers trimestres.
Objet de nombreux débats sur son efficacité voire sur sa légalité constitutionnelle, l’usage des poison pills est fréquent aux Etats-Unis depuis leur création au début des années 80. Mais le rôle des pilules empoisonnées a eu tendance à s'étendre. Les groupes de Wall Street les utilisent de plus en couramment pour protéger un actif précieux: les reports fiscaux accumulés grâce aux pertes antérieures (net operating loss, NOL). «18 poison pills dites NOL ont été adoptées en 2014, niveau le plus élevé de ces trois dernières années», explique SharkRepellent.
La règle 382 du Code des impôts prévoit en effet la limitation, voire la suppression pure et simple du crédit d’impôts, si un actionnaire de référence détenant déjà plus de 5% du capital augmente sa part de 50% sur une période de trois ans.
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