Total gère à bon prix son portefeuille d’actifs
La patience de Total a fini par payer. Repoussé en 2005 par les autorités du pays, le groupe pétrolier français va devenir l’un des trois actionnaires de référence du groupe de gaz russe Novatek. Dans trois ans, une fois toutes les options exercées, Total détiendra 19,4% du capital du russe, aux côtés des millionnaires Leonid Mikhelson, PDG de Novatek, et Guennadi Timchenko.
En six ans, le prix de Novatek s’est envolé. En 2005, Total prévoyait d’acheter 25% du capital pour 900 millions de dollars. Il devra débourser environ 4,7 milliards de dollars pour moins de 20%, aux cours actuels de l’action Novatek. L’opération qui intervient quelques semaines après l’accord conclu entre BP et le russe Rosneft, est néanmoins bien perçue par les marchés. Financièrement, elle est quasiment neutre. Total a en effet vendu il y a deux semaines sa participation au capital du raffineur espagnol Cepsa pour 3,7 milliards d’euros (5 milliards de dollars). C’est une «très bonne utilisation du produit de la cession de Cepsa annoncée il y a quelques semaines», commentent les analystes de CM-CIC Securities.
Stratégiquement, elle répond selon les spécialistes de Cheuvreux à la politique de «gestion active du portefeuille de Total» et à sa volonté de remonter en amont de la chaîne, en l’occurrence les gisements de gaz de Yamal. «Le major français aura accès au total à 1,8 milliard de barils équivalent pétrole de réserves prouvées et prouvables, soit 7 à 8% de ses propres réserves totales, à un coût unitaire très attractif de l’ordre de 4 dollars le baril», ajoute CM-CIC. Le prix est également jugé «raisonnable» par Oddo.
Reste un risque, politique, plus difficile à gérer. Néanmoins, contrairement à 2005, l’opération se fait sous le patronage du Kremlin. «La Russie offre des conditions d’investissements plus sûres aujourd’hui», a reconnu Christophe de Margerie, le PDG de Total. Ensuite, si les groupes russes disposent des plus grosses réserves mondiales, ils ont besoin de partenaires pour les exploiter dans les meilleures conditions techniques et financières. D’où les récents accords entre Rosnef et BP mais aussi entre l’indien Reliance et BP, qui procédait de la même logique, dans l’exploration en eaux profondes cette fois. Avec Total, le projet Yamal a plus de chance d’aboutir, estime un analyste russe. La production devrait débuter en 2016.
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