Netflix va accélérer la mutation du secteur audiovisuel français
Rarement l’arrivée d’un nouveau service aura suscité une telle levée de boucliers. Alors que Netflix lance son offre de vidéos à la demande (VOD) le 15 septembre en France, les critiques se sont abattues ces derniers mois pour dénoncer les avantages dont bénéficie le groupe américain.
«Un des atouts de Netflix est de s’installer dans un autre pays européen, ce qui lui fait une situation artificiellement privilégiée. Il faut créer un cadre de régulation qui puisse harmoniser la situation» au niveau européen, a encore insisté dimanche Olivier Schrameck, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, sur France 5.
Totalisant 50 millions d’abonnés dans 40 pays, dont 36 millions rien qu’aux Etats-Unis, Netflix vise 10% des foyers français d’ici à 5 ans, ce qui lui permettrait d’atteindre l’équilibre, avant d’aller chercher 30% du marché. Canal + est le premier visé. Le groupe de télévision payante s’est barricadé avec son service de VOD Canalplay qui compte déjà 450.000 abonnés. Les exemples étrangers sont rassurants sur ce point. Le britannique BSkyB, confronté à Netflix depuis 2012, n’a connu aucune hémorragie du nombre de ses abonnés. Aux Etats-Unis, HBO vit très bien avec Netflix. Cette nouvelle concurrence nourrit en revanche l’inflation des coûts des programmes.
L’arrivée de Netflix risque surtout d’avoir un effet négatif en accélérant les mouvements parallèles de délinéarisation de la télévision (consommer les programmes à la demande) et de fragmentation des audiences. Ce qui aggraverait encore l’érosion des recettes publicitaires, les moindres audiences se valorisant moins bien auprès des annonceurs. Dans une étude du 1er septembre sur la «sensibilité des obligations de production de la télévision à la VOD», l’institut ParisTech rappelle qu’entre 2007 et 2012 les recettes des chaînes historiques ont baissé en moyenne de 4,4% par an (en retirant l’année noire de 2009).
Malgré leurs efforts de diversification sur la TNT, «les nouvelles recettes publicitaires issues des faibles audiences ne compensent pas la perte de recettes des chaînes historiques», indique l’étude. D’où les appels répétés des dirigeants de TF1, de M6 ou de Canal + pour une révision d’un cadre législatif aujourd’hui inadapté à la nouvelle façon de consommer la télévision, passant notamment par la suppression des seuils de concentration ou du nombre limité de chaînes pour un seul groupe.
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