Le renoncement de Monsanto laisse Syngenta face à ses actionnaires
Le plus embarrassé n’est pas toujours celui que l’on croit. En refusant la nouvelle offre de Monsanto tout en laissant la porte ouverte, Syngenta pensait pousser le numéro un mondial des semences à faire de nouvelles concessions. Mal lui en a pris: le groupe américain a préféré jeter l’éponge, laissant l’entreprise suisse, géant des pesticides, devoir se justifier devant ses propres actionnaires.
Plusieurs d’entre eux estiment en effet que la proposition de Monsanto méritait davantage de considération, alors que Syngenta a refusé d’ouvrir ses livres de comptes à son prétendant. L’offre mixte, soumise le 18 août, valorisait le suisse à 470 francs par action (21 francs de plus qu’à l’occasion de l’offre précédente), pour un total de 44,8 milliards de francs (40,8 milliards d’euros). La part payable en numéraire avait été relevée à 245 francs par action – assortie d’une partie en titres de 2,229 actions Monsanto par action Syngenta. Les actionnaires du groupe suisse se seraient retrouvés en possession de 30% du nouvel ensemble. En outre, l’indemnité de rupture avait été portée à trois milliards de dollars, soit un milliard de plus que dans la proposition précédente, au cas où les autorités bloqueraient le rapprochement.
Las, Syngenta a jugé ces termes encore insuffisants. Pour se justifier, le groupe (qui souligne qu’au cours du 25 août, l’offre ne le valorisait plus que 433 francs par action) explique que Monsanto n’a pas apporté de réponses satisfaisantes sur quatre points: l’estimation des synergies totales, les prévisions relatives à la vente des semences et des produits transgéniques, les clauses réglementaires que Monsanto était prêt à consentir et l’évaluation des risques et des bénéfices du déplacement du siège social au Royaume-Uni via une tax inversion.
Les Américains n’ont visiblement pas apprécié. «En l’absence d'éléments permettant de compter sur un engagement constructif de Syngenta, Monsanto va se concentrer sur ses opportunités de croissance dans son activité de base», déclare le groupe dans son communiqué. A cette annonce, le cours de Syngenta a entamé sa chute libre, perdant jusqu’à 19,4% pour clore en baisse de 18,2% à 309,9 francs – sous le cours de 314,4 francs du 30 avril, avant les premières rumeurs de négociations.
A l’inverse, les investisseurs ont salué la rigueur affichée par le PDG de Monsanto, Hugh Grant: le titre s’est adjugé jusqu’à 9,2%. Les actionnaires de Syngenta attendent désormais le «plan B».
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