Les Européens s’accordent sur le principe d’un fonds de relance commun
Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont entériné l’idée d’un fonds de relance européen pour faire face aux conséquences économiques de l’épidémie de coronavirus, lors d’un Conseil européen virtuel organisé hier.
A l’issue de la réunion, le président du Conseil, Charles Michel, s’est félicité de la volonté commune d’aller vers un «outil de solidarité européen» tout en concédant qu’il fallait «poursuivre l’effort pour dégager une approche commune sur ses modalités».
Malgré plusieurs heures de discussions, les Vingt-Sept ont en effet échoué à dessiner les contours de cet instrument, laissant à la Commission européenne (CE) le soin de trouver un compromis entre eux. La présidente de l’institution, Ursula von der Leyen a promis de leur transmettre une proposition pour «la deuxième ou la troisième semaine de mai».
Deux batailles à mener de front
Pour l’Allemande, le fonds de relance doit être «clairement connecté» au budget 2021-2027 de l’UE, sur lequel s’écharpent les Etats membres depuis deux ans. La CE, qui souhaite voir relevé à 2% le plafond des ressources propres de l’Union, aura donc la difficile mission de mener de front ces deux batailles qui divisent les pays européens.
Ce mélange fait craindre un retour au marchandage stérile qui pourrait profiter au «club des frugaux» (Pays-Bas, Danemark, Autriche, Suède), les Etats membres les moins prompts à faire preuve de solidarité.
Les Pays-Bas ont d’ailleurs jeté de l’huile sur le feu en publiant en amont du Conseil une proposition de fonds de relance «vert», fondé notamment sur des objectifs de réduction des gaz à effet de serre réhaussés, propre à réactiver le clivage Est-Ouest autour de la question environnementale.
Les Etats du Sud de l’Europe et la France, qui militent pour un fonds ad hoc, se tourneront sans doute vers l’Eurogroupe où ne siègent ni le Danemark, ni la Suède, pour trouver une solution. Le président de l’Eurogroupe Mario Centeno, qui plaide pour une utilisation du futur budget de la zone euro (BICC) pour relancer l’économie, a promis que les ministres des finances de l’eurozone se pencheraient sur le sujet dans les deux semaines.
Subventions versus prêts
Les discussions ont aussi achoppé sur l’utilisation qui devrait être faite de ces fonds. Pour Emmanuel Macron, «si l’idée est que l’Europe s’endette pour faire des prêts vers d’autres pays, ce n’est pas à la hauteur de la réponse parce que ces prêts viendront s’ajouter aux dettes que ces pays ont déjà». La France et les pays du Sud espèrent plutôt que le fonds, alimenté par de la dette à long terme voire perpétuelle, servira à distribuer des subventions aux Etats en ayant le plus besoin.
Le chancelier autrichien Sebastian Kurz estime au contraire que le fonds doit prêter. «Une mutualisation de la dette ou des eurobonds ne sont pas acceptables. Nous continuerons de coordonner notre position avec les Etats pensant comme nous» a-t-il promis.
La CE tentera essaiera de trouver un compromis composé à la fois de subventions et de prêts.
Pas des milliards, mais des trillions
Les Vingt-Sept n’ont pas non plus réussi à trouver un terrain d’entente sur le montant qui serait alloué pour la relance. «Cela ne se comptera pas en milliards, mais en trillions», a promis Ursula von der Leyen, qui estime que le fonds pourrait être opérationnel début 2021. Les propositions des Etats membres tablent sur des sommes comprises entre 500 et 1.500 milliards d’euros.
Ce fonds viendra s’ajouter aux trois premières mesures sur lesquelles s’est accordé l’Eurogroupe. Le refinancement des mesures nationales de chômage partiel (SURE, 100 milliards d’euros), le soutien aux entreprises via la Banque européenne d’investissement (BEI, 200 milliards) et le soutien budgétaire assuré par le Mécanisme européen de stabilité (MES, jusqu’à 240 milliards d’euros) devront être opérationnels au plus tard le 1er juin, ont décidé les Vingt-Sept hier.
Le Conseil a enfin confié à la CE la tâche d’analyser les dégâts économiques pays par pays et secteur par secteur.
Plus d'articles du même thème
-
«La correction sur les taux nous paraît excessive»
Mikaël Pacot, responsable Investissements Souverains et SSA chez BNP Paribas AM. -
«Nous demeurons constructifs sur les marchés actions»
Valentin Bissat, chef économiste et stratégiste senior chez Mirabaud AM -
L’interdiction d’exporter du diesel est une fausse bonne idée pour les Etats-Unis
Dans une démarche électorale, Donald Trump cherche à réduire la pression sur les prix du carburant, principalement du diesel. Mais si limiter les exportations diminuera les prix dans un premier temps, cela ne durera pas.
ETF à la Une
Les secrets de la performance record d'un ETF sur le fret maritime
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
Drone de guerre« Ce n’est pas Pearl Harbor » : derrière Le Pen et Bardella, les voix discordantes du RN sur la menace russe
La direction du Rassemblement national veut installer une nouvelle grammaire, plus ferme, sur la menace russe. Mais une partie de ses élus continue de relativiser les attaques de Vladimir Poutine -
VertigeQu'est-ce qui peut encore faire monter les taux d'intérêt ?
Les taux japonais sont à un niveau inédit depuis 30 ans. Pour les Etats-Unis et l'Europe, c'est du jamais vu depuis une vingtaine d'années. -
BullyPourquoi Donald Trump a rejeté la proposition de trêve de l'Iran
Le président américain veut poursuivre sa stratégie de pression économique pour affaiblir davantage l'Iran, sans donner l'impression de céder à l'approche des élections de mi-mandat