L’ambition des fonds de dette décotée ne faiblit pas
Oaktree Capital, leader mondial sur le marché de la dette décotée, cherche à réunir 10 milliards de dollars, ont confié trois sources concordantes à l’agence Bloomberg: 3 milliards à investir à court terme et 7 milliards à mesure que les occasions se présenteront. Si l’objectif était atteint, il s’agirait, selon les statistiques compilées par Preqin, du deuxième montant jamais levé dans cette classe d’actifs, derrière… un autre véhicule d’Oaktree collecté en 2008 (de 10,9 milliards).
En 2007 et 2008, les gérants de fonds distressed ont multiplié les levées de fonds. Celles-ci ont respectivement cumulé 38,1 et 45,9 milliards de dollars selon Preqin. Hormis un trou d’air en 2009, les collectes annuelles se sont maintenues entre 20 et 30 milliards. Mais l’offre n’a pas été au rendez-vous, malgré quelques opérations emblématiques, comme les 6,5 milliards d’euros de prêts hypothécaires de Catalunya Banc acquis par Blackstone en juillet. En effet, les cessions de créances par les banques européennes –suite à la crise financière et aux évolutions réglementaires– n’ont pas atteint le niveau espéré. En outre, la faiblesse persistante des taux d’intérêts et la quantité de liquidités disponibles pour refinancer la dette des entreprises contribuent à contenir les défauts de paiement. Ce contexte complique la tâche des gérants.
Oaktree estime que la situation ne durera pas. Les dettes de catégorie non-investment grade (plus risquée) ont été émises en quantité considérable et les conditions dans lesquelles les financements de LBO sont accordés sont de moins en moins strictes. Les contrats de prêts dits «cove-lite» (bénéficiant de clauses allégées) représentent depuis le début de l’année la majorité de la production de prêts à effet de levier aux Etats-Unis et environ un tiers en Europe (comme l’illustrent en France les opérations de Ceva Santé Animale, Iglo et Vedici). Une tendance qui encourage les entreprises à s’endetter fortement.
Oaktree anticipe la fin prochaine du QE américain (politique accommodante de la Fed) et estime que le niveau des taux ne pourra se maintenir dans ces conditions. Dans ce contexte, les entreprises au bilan fragile ne pourront supporter une forte augmentation de la charge de la dette. Comme en 2007-2008, les grands gestionnaires de fonds de dette décotée –quasiment tous américains– se tiennent prêts. Sans compter le projet d’Oaktree, ils ont réuni 103 milliards de dollars depuis 2010.
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