La transition verte s’annonce violente
Incendies ravageurs en Grèce et aux Etats-Unis, inondations monstres en Allemagne, températures sahariennes en Sicile et en Andalousie : chacun a pu apprécier ces dernières semaines les effets toujours plus spectaculaires du changement climatique. Pour les estivants espagnols, cette triste actualité se mesurait chaque jour à l’aide d’un autre thermomètre, celui du prix de gros de l’électricité. Les records successifs du coût du mégawattheure, reflets du mix énergétique du pays et des cours des quotas d’émissions carbone, ont fait les gros titres des médias locaux durant tout le mois d’août. Gêné aux entournures, le gouvernement de Madrid a engagé une polémique stérile avec la Commission européenne, réclamant une réforme du marché de gros de l’électricité pour protéger in fine le porte-monnaie du petit consommateur. Un dispositif pourtant approuvé par l’Espagne, et qui assume le renchérissement programmé du prix du CO2 suivant un principe simple : plus l’énergie carbonée coûtera cher, plus vite les comportements changeront.
Comme les autres, le gouvernement espagnol se refuse à reconnaître que la transition verte s’annonce violente et douloureuse, en particulier pour les ménages modestes. De l’Agence internationale de l’énergie (AIE) au Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), on ne compte pourtant plus les rapports alarmistes appelant les puissances économiques à agir sans tarder pour limiter le réchauffement de la planète. Les formules chocs et les engagements à changer la marche du monde devraient encore rythmer la COP 26 de Glasgow, en novembre, et la moins visible mais tout aussi vitale COP 15 de Kunming, en Chine, sur la biodiversité, dès octobre. Mais les plans d’action qui en résultent, comme celui que la Commission européenne a présenté au mois de juillet, adoptent un ton lénifiant peu en rapport avec leurs ambitions supposées. A les croire, ce bouleversement sans précédent des modes de production et de consommation n’aurait à long terme qu’un impact négligeable sur l’activité et l’emploi. Seule la destination compterait, peu importe le voyage.
Dans une récente note, Jean Pisani-Ferry appelle au contraire les Etats à mesurer tous les enjeux macroéconomiques de ce virage brutal vers la neutralité carbone. L’économiste y voit un choc d’offre négatif, comparable au premier choc pétrolier, puisque la révolution verte entraînera l’obsolescence accélérée des technologies brunes. Il faudra investir davantage pour maintenir le même niveau de production. Il faudra aussi aider les ménages à supporter le coût de cette transition et reconvertir des milliers de salariés. Tout cela laisse attendre une hausse de l’investissement public et privé, une baisse momentanée de la consommation et un regain de pression sur les finances publiques. Mieux vaut s’y préparer dès maintenant.
Plus d'articles du même thème
-
Adrien Bilal (Stanford) : « Une politique climatique ambitieuse se justifie même en l’absence de scénario catastrophe »
Doit-on choisir entre climat et croissance ? Pas forcément, répond Adrien Bilal, mais la facture pourrait être plus salée qu'on ne le pense. Rencontre avec le lauréat 2026 du prix du «meilleur jeune économiste de France», professeur assistant d'économie à Stanford, qui recalcule le vrai prix du carbone. -
La nouvelle génération de philanthropes fait de l’impact une priorité
Plus structurée, la philanthropie séduit une nouvelle génération en quête d’impact mesurable, révèle une étude de Lombard Odier. -
Le spécialiste des données climatiques Greenly fusionne avec son homologue suédois Normative
Le groupe enrichera la plateforme de nouveaux produits logiciels reliant directement les données climatiques à la performance opérationnelle et financière des entreprises, avec pour ambition de gérer un milliard de tonnes de CO2 d'ici à 2030.
ETF à la Une
Les ETF européens approchent des 4.000 milliards de dollars d’encours
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- Avec le Livret A, Trade Republic et Axa Banque se partagent les données et les responsabilités
- Apple dévoile l'iPhone Duo, son premier smartphone pliable
- La BCE attise la flambée des taux
Contenu de nos partenaires
-
OffshoreRoyaume-Uni : le gouvernement Burnham dans le piège des dons aux partis politiques
Les parlementaires britanniques débattent d’un projet de loi visant à mieux contrôler l’argent versé aux partis politiques depuis l'étranger -
Retour sur investissement ?Petites manœuvres et grand suspense à la veille du procès Dati
L’ex-PDG de Renault, Carlos Ghosn, s’appuie sur une erreur procédurale pour ne pas comparaître. L’audience pourrait être reportée -
Pot de fleurPourquoi l'armée égyptienne ne réagit pas à la menace houthie sur le canal de Suez
Les Houthis, après leurs récentes avancées, ont plus que jamais la possibilité de perturber le trafic du canal de Suez, qui est une source majeure de revenus pour l'Egypte