Moody’s éclaircit l’horizon des dettes bancaires seniors non préférées
La mise à jour méthodologique des notations des banques de Moody’s pourrait induire des relèvements de note sur plusieurs dettes seniors non préférées. Parallèlement à l’annonce de sa nouvelle grille d’analyse, qui remplace la version datant du 7 janvier 2016, l’agence de notation a en effet relevé d’un cran les notations de ces titres destinés à remplir les futures exigences du TLAC et du MREL pour BNP Paribas, Lloyds Banking Group et Santander. A l’inverse, l’agence a abaissé les notations de HSBC et maintenu celles d’ING de Barclays et de RBS.
Dans le cadre du TLAC, les banques systémiques devront présenter à partir de 2019 un matelas de fonds propres et d’instruments assimilés totalisant 16% de leurs actifs pondérés du risque (RWA) afin d’être capables d’absorber des pertes massives. Développé par le Financial Stability Board, le TLAC portera ces exigences à 18% des RWA à partir de 2022 et s’articulera en outre au niveau européen avec le MREL, un dispositif non encore finalisé qui comportera des exigences supplémentaires.
Pour respecter ces obligations, les législateurs ont pris des mesures pour créer de nouveaux instruments de dette senior qui compléteraient les fonds propres CET1, les titres AT1 et les dettes Tier 2. Selon Natixis, le marché de ces dettes seniors non préférées atteint pour l’heure 23 milliards d’euros en excluant l’Allemagne, qui a pris une voie originale en «juniorisant» tous les titres seniors émis et non échus par les banques. Le Royaume-Uni, la Suisse et les Pays-Bas ont choisi la voie d’une distinction entre les dettes seniors émises par les filiales opérationnelles et celles de la holding (HoldCo), éligibles au TLAC, tandis que la France et l’Espagne ont créé une nouvelle classe senior non préférée.
Hormis HSBC, dont la dégradation traduit une «détérioration de l’environnement sur des marchés clés» de la banque, la décision de Moody’s traduit donc un sentiment favorable sur les titres éligibles au TLAC. «D’autres notations de banques pourraient être affectées dans le temps en fonction de notre analyse prospective des bilans, notamment concernant des clarifications sur leur capacité d’absorption des pertes», explique l’agence. Natixis estime ainsi qu’UBS, Credit Suisse et la belge KBC pourraient bénéficier à court terme d’un relèvement de note. Dans une étude précédant les annonces de Moody’s, ING et UniCredit étaient également pressenties.
Dans le cas de BNP Paribas, l’agence relève que les 10 milliards d’euros d’émissions annuelles de titres seniors non préférés «vont réduire la sévérité des pertes pour les créanciers seniors unsecured et juniors-seniors ainsi que pour les déposants juniors». Moody’s a donc relevé la note de ses obligations seniors non préférées, inaugurées en janvier dernier, de Baa2 à Baa1. A l’instar de Lloyds Banking, qui bénéficie malgré les litiges d’une rentabilité en amélioration et de la mise en œuvre en 2019 de la sanctuarisation des activités de banque de détail, Moody’s a par ailleurs relevé la note à long terme de la dette senior et des dépôts de la banque française d’un cran, de A1 à Aa3.
Le geste de Moody’s intervient alors que les banques européennes devront fournir un effort conséquent dans les prochaines années pour constituer leurs coussins de sécurité. «Ce qui a été émis pour l’instant ne représente que la partie émergée de l’iceberg, résume Natixis. D’ici 2022, le marché des obligations seniors non préférées atteindra environ 300 milliards d’euros sur notre univers (France, Espagne, Italie et Scandinavie, ndlr)». A cela s’ajoutera notamment l’équivalent de 70 milliards d’euros d’obligations HoldCo britanniques.
Plus d'articles du même thème
-
Malgré un bond de ses profits, HSBC déçoit sur sa croissance
La flambée du résultat net de la banque britannique au troisième trimestre ne suffit pas à convaincre des investisseurs déçus par la performance dans la gestion de fortune. -
L’IA générative s’interpose de plus en plus entre la banque et ses clients
L’IA générative devient partie intégrante des prises de décisions des clients bancaires et les usages évoluent vite, bousculant les modèles d’affaires des banques de réseaux généralistes. Si elles n’intègrent pas rapidement des agents IA dans leurs parcours, ces derniers pourraient devenir de nouveaux concurrents. -
A son tour, Barclays annonce des suppressions d’emplois sous couvert d’IA
La banque britannique, pénalisée par le trading obligataire, publie des résultats trimestriels en demi-teinte. Elle annonce un nouveau programme de rachat d’actions à hauteur de 500 millions de livres sterling.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Les lobbies sont à la manœuvre alors que s'ouvre la dernière ligne droite de la révision de SFDR
- Emmanuel Macron était à Doha pour le sommet du Club des fonds souverains pour la planète
- Le rapport Marsh CFA Institute pointe la fragilité du système de retraite français
- Le Royaume-Uni recycle ses recettes pétrolières dans un fonds « souverain » bas carbone
- L'Allemagne s'apprête à lancer une épargne retraite par capitalisation dès l'enfance
Contenu de nos partenaires
-
Quatre élèves sur dix victimes de violences sexuelles en CE2 : le rapport alarmant de l'Education nationale
Publiée par le service stastistique de l'Education nationale, cette étude inédite donne une idée de l'ampleur des violences subies par les enfants au sein même des établissements scolaires français -
La Fabrique de l'OpinionPour mieux gouverner, il faut placer l’économie au centre de l’action publique
« Le décalage entre efforts et résultats, c’est bien ceci que pointent les Français quand ils se plaignent simultanément d’un excès de prélèvements et d’un manque de services publics : un double déficit d’efficacité et d’efficience » -
Outre-Manche, une autre idée du luxe
Le maroquinier DeMellier qui affole les adeptes du quiet luxury ouvre sa première boutique à Londres. Une étape cruciale pour cette Maison britannique qui a fait de ses sacs, de leur fabrication européenne et d’un engagement solidaire durable, les piliers d’une réussite internationale.