L’EBA fait un geste pour permettre l’augmentation des bonus des preneurs de risque

La part variable de la rémunération pourrait atteindre pour les banquiers patients 250% du fixe et non plus 200%
Benoît Menou

Les preneurs de risque très patients verront leurs efforts récompensés. Tel est le message qu’a tenté d’envoyer hier l’Autorité bancaire européenne (EBA) en lançant une consultation publique, ouverte à commentaires jusqu’au 18 janvier prochain (et passant par une audition publique le 29 novembre). Une consultation concernant spécifiquement le mode de calcul du plafonnement de la rémunération variable attribuée à cette population au sein des banques dont les missions auraient un impact réel sur le profil de risque de leurs employeurs.

L’Union européenne travaille d’arrache-pied pour encadrer strictement les bonus. La règle envisagée limite la part variable à 100% du fixe, ou 200% si les actionnaires de la banque donnent leur accord. L’EBA a lancé l’idée d’un taux additionnel autorisé, ou «discount rate», qui serait susceptible d’accroître la part variable de 25%, et donc de la porter à 250% du salaire fixe, à condition que ce bonus ne soit totalement rendu disponible sur une période d’au moins cinq ans.

Le calcul pourtant de ce cadeau promet d’être complexe. L’EBA met sur la table des critères d’évaluation, avec exemples pratiques à l’appui, comme le taux d’inflation nationale dans chaque pays membre, le taux de rendement moyen des obligations gouvernementales ou le temps écoulé entre l’attribution de la rémunération variable et le moment où celle-ci est disponible.

Sur la base des commentaires analysés, l’EBA entend toujours finaliser ses recommandations sur les bonus d’ici au 31 mars prochain. Le geste de l’autorité bancaire pourrait toutefois apparaître insuffisant pour nombre d’observateurs, particulièrement à Londres. L’Association des banquiers britanniques (BBA) évalue à 35.000 le nombre de salariés concernés par le plafonnement.

L’EBA «tourne autour du pot», selon Andrew Stanger, associé du cabinet d’avocat Mayer Brown cité par Reuters et Bloomberg. Il assure que cela ne sera pas suffisant pour empêcher les banques de fortement augmenter les rémunérations fixes afin de respecter la limitation du bonus. L’EBA veut croire que la limitation des bonus tenant compte de l’aménagement proposé hier permettra la mise en œuvre de cadres de rémunération davantage orientés vers le long terme et favorisant des décisions de prise de risques plus prudentes.

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