La BCE voit ses pouvoirs de supervision bancaire contestés
Quand l’attaque ne vient pas de Londres, elle émane d’Allemagne. Une nouvelle fois, la Banque centrale européenne (BCE) voit ses pouvoirs contestés en justice. La Landeskreditbank Baden-Württemberg (L-Bank) a engagé le 12 mars une action devant la Cour de l’Union européenne, comme l’a révélé hier le Wall Street Journal. Elle refuse d’être soumise à la supervision de la BCE, que cette dernière exerce sur les grandes banques européennes depuis le 4 novembre. La BCE confirme avoir reçu la plainte.
C’est la première fois que l’institution est attaquée dans ses nouvelles fonctions de superviseur. Au terme d’âpres tractations, le règlement instituant le Mécanisme de supervision unique (MSU), publié début 2014, a défini une liste de critères permettant de dire quels établissements de crédit seront surveillés à l’échelon de la BCE. Ils sont classés par ordre d’importance décroissante : taille de bilan supérieure à 30 milliards d’euros, importance pour l’économie de l’UE ou d’un Etat membre (avec un bilan dépassant 20% du PIB), activités internationales (5 milliards d’euros d’actifs ou 20% du bilan au moins), banque ayant demandé ou reçu l’aide des fonds de secours européen, et enfin, prêteur figurant dans le top 3 du pays.
Avec 70,7 milliards d’euros d’actifs à fin 2013, L-Bank a été logiquement retenue parmi les 120 banques soumises l’an dernier à la revue de la qualité des actifs, et à la supervision directe de la BCE. Mais dans un communiqué envoyé hier, le groupe met en avant son caractère de «banque régionale de développement, avec une mission, fixée par la loi, de conduire des activités de développement à faible risque, et avec une garantie de l’Etat de Baden-Württemberg qui s’applique à tous les créanciers». Un profil qui contredit, selon L-Bank, la raison d’être du MSU, consistant à surveiller les banques internationales et complexes. La banque régionale allemande assure aussi que le coût de cette supervision ampute son activité de financement.
Reste aux juges à apprécier la validité de ces arguments. Le critère de la taille de bilan est incontestable. Avec un ratio de fonds propres durs de 13,5% et 101 millions de profits en 2013 (les résultats 2014 seront publiés le 21 mai), L-Bank semble en mesure d’absorber le coût du MSU. Enfin, d’IKB en 2007 à DüsselHyp, que la résolution de l’autrichien Heta vient d’envoyer au tapis, les exemples abondent de banques régionales allemandes ayant embarqué de trop gros risques à leur bilan.
Plus d'articles du même thème
-
L’inquiétante correction des marchés de taux
Les facteurs de risque s’enchaînent pour faire monter les taux longs un peu partout dans le monde. Et s’il est davantage question de désorientation du marché que de véritable krach obligataire, il reste difficile d’anticiper une inversion du mouvement. -
Malgré les tensions, les discussions autour de la restructuration de Casino se poursuivent
Le distributeur ne paiera pas les intérêts dus fin septembre à certains de ses créanciers qui lui ont intenté une action contentieuse en août et s’opposent au projet de restructuration qu’il a choisi. Un accord entre les différentes parties semble malgré tout encore possible. -
Les pays émergents ont gonflé la dette mondiale
L’endettement mondial a atteint au 30 juin 2026 un nouveau record de 365.000 milliards de dollars, sous l’impulsion des entreprises et des Etats, selon l’IIF. La hausse des taux accroît les dépenses d’intérêt et mécaniquement la dette. Elle devrait continuer de progresser en raison des besoins d’investissement dans les secteurs stratégiques.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
Pourquoi Emmanuel Macron annonce l'envoi de soldats français en Arabie saoudite
Le président de la République a annoncé jeudi soir l'envoi de « moyens militaires » en Arabie saoudite, espérant contribuer à la stabilisation des marchés pétroliers affolés par la guerre au Moyen-Orient -
AlerteEmmanuel Macron renouvelle ses mises en garde contre la Russie
Le chef de l'Etat a tenté de faire la pédagogie de son action pour faire baisser les prix des carburants et assurer la sécurité du pays face au bellicisme russe -
EditorialMacron aux 20 heures : expliquer, c'est aussi inquiéter
Il y a près de seize mois qu’Emmanuel Macron n’était pas intervenu à la télévision, en ouverture des 20 heures de TF1 et France 2. Et ce n’est pas un hasard si le chef de l’Etat a choisi ce format XXL pour s’exprimer : les Français sont entrés très tôt, très vite, très fort dans la campagne électorale, joute dont Emmanuel Macron, pourtant constitutionnellement inéligible, ne veut pas être exclu. Le risque pour lui serait en effet que, déjà proche des pires scores de popularité décrochés par François Hollande à la fin de son unique mandat, il devienne le punching ball de tous les candidats, à la fois pour son bilan et pour sa responsabilité dans l’état de dénuement budgétaire et financier dans lequel se retrouve le pays en pleine crise de l’énergie.