Intesa et UBI lancent la consolidation des banques italiennes
Les affaires sont les affaires. Mi-janvier, Carlo Messina, le directeur général d’Intesa Sanpaolo, le numéro un de la banque de détail italienne – et deuxième en termes de taille de bilan fin 2019, juste derrière UniCredit –, ne voyait pas d’opportunité de fusions et acquisitions dans la banque en Europe en 2020. Il affirmait que «la consolidation du secteur bancaire européen prendra beaucoup plus de temps». De toute évidence, il ne parlait pas de rapprochements locaux : hier matin, Intesa a lancé une offre de rachat non sollicitée sur UBI Banca (Unione di Banche Italiane) pour 4,86 milliards d’euros.
Avec 126 milliards d’euros d’actifs au bilan, UBI Banca est la cinquième banque italienne. Ce rapprochement conduirait à créer une structure avec un bilan d’environ 950 milliards d’euros et des revenus de 21,6 milliards d’euros, selon les comptes publiés par les sociétés. En 2019, les résultats d’Intesa et d’UBI ont atteint respectivement 4,2 milliards d’euros et 344 millions d’euros, soit un peu plus de 4,5 milliards d’euros au total. Optimiste, Intesa estime que les deux structures atteindront un bénéfice cumulé de 6 milliards d’euros en 2022.
Intesa propose que l’opération ait lieu sous la forme d’un échange de 17 actions Intesa pour 10 titres UBI. Si elle aboutit, l’offre d’Intesa se soldera par un retrait de la cote d’UBI. Les marchés ont immédiatement salué la nouvelle, le cours d’UBI ayant clôturé hier en hausse de 23,55% et celui d’Intesa de 2,36%.
Vente de 400 à 500 agences
Lors de la conférence analystes qui a suivi l’annonce, Carlo Messina a confirmé être en discussion avec les autorités européennes. Intesa a par ailleurs annoncé que cette opération serait suivie par la vente de 400 à 500 agences du nouveau groupe à BPER Banca. Le dirigeant a aussi précisé qu’il n’avait pas l’intention de relever le prix de l’offre, celle-ci constituant déjà «un très bon prix».
Hormis BPER Banca – qui est censée récupérer les agences dont le nouveau groupe voudrait se séparer –, qui perdait 10% en cours de séance, et UniCredit – plutôt vu en prédateur qu’en cible – en recul de 0,64%, la plupart des banques de taille comparable à celle d’UBI, comme Banco BPM, ou même Monte dei Paschi di Siena, encore en phase de restructuration, ont immédiatement grimpé en bourse de près de 5%.
Cela fait plusieurs années qu’une consolidation du secteur des banques en Italie est attendue. D’ailleurs, UBI Banca, il y a plus d’un an et demi, ne cachait pas réfléchir à des opérations de rapprochements.
Cette opération intervient alors que certains analystes, comme ceux de Moody’s, considèrent que le secteur des banques italiennes se porte mieux qu’il y a quelques mois. Leur ratio de prêts non performants (NPL, pour non performing loans) est d’ailleurs passé de plus de 17% en 2014 à 8% en 2019. Un chiffre encore attendu en baisse cette année, même s’il représente plus de deux fois la moyenne européenne, aux environs de 3%.
Mais le secteur n’est pas exempt d’accidents. Au mois de juillet 2019, la banque Carige avait été sauvée par une recapitalisation de 900 millions d’euros notamment par l’intermédiaire du fonds interbancaire de garantie des dépôts en Italie (FITD). Plus récemment, au mois de décembre dernier, les autorités italiennes ont aussi injecté 1,4 milliard d’euros dans la banque coopérative Banca Popolare di Bari, et ce, estiment certains, à l’encontre des règles mises en place après la crise de la zone euro concernant le sauvetage des banques.
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