L’immobilier résidentiel attire de nouveau les investisseurs institutionnels
Les fonds de pension néerlandais, nordiques ou britanniques montrent un véritable appétit pour le logement résidentiel. Les investisseurs français, beaucoup moins. Ils ont longtemps surpondéré l’immobilier tertiaire. Mais le ton change à en croire les invités du Forum Immobilier et Finance organisé par L’Agefi, mercredi 8 octobre.
Les reproches habituellement attribués au logement concernant sa performance moindre, la législation contraignante et les rapports déséquilibrés entre bailleurs et locataires sont aujourd’hui relativisés. «Nous avons réalisé une simulation pour le compte d’un investisseur en remplaçant dans son portefeuille sur les vingt années passées son allocation de 30% de bureaux par du résidentiel. En prenant en compte le rendement en capital, on obtient le même rendement global avec une volatilité réduite de 30%», observe Christian de Kerangal, directeur général de l’Institut de l’Epargne Immobilière et Foncière (l’IEIF).
Un marché qui attend ses investisseurs
A lire aussi : L’immobilier de bureaux francilien se porte un peu mieux
La Caisse de retraite du personnel naviguant de l’aéronautique civile (CRPN), gros investisseur immobilier avec une poche représentant 25% des encours, accorde une part importante au résidentiel, à parité avec le bureau. Ce choix de longue date se révèle payant. «Le résidentiel offre un bon rendement ajusté du risque avec une faible volatilité. Sur vingt ans, la performance ‘Total Return’ avoisine les 7%», apprécie Jérôme Delaunay, responsable par intérim de l’immobilier de la caisse.
Là où le bureau peut rencontrer une faible demande et de la vacance, le résidentiel fait face à une pénurie structurelle. En outre, «la seule classe d’actifs qui a une superficie significative pouvant remplacer le bureau et offrir de la diversification, c’est le résidentiel !», lance Christian de Kerangal.
A lire aussi : Des fonds de pension anglais investissent dans le résidentiel à loyer modéré
CNP Assurances a porté la part de logements à 25% de ses encours immobiliers contre 50 à 55% pour le bureau. L’investissement total en immobilier représente 18 milliards d’euros, rappelle Minna Merilainen, responsable de ce segment chez l’assureur. CNP Assurances cherche à répondre au besoin de logement, notamment pour le marché intermédiaire, tout en remplissant son rôle d’investisseur responsable. AG2R La Mondiale a construit sa stratégie sur le tertiaire. Mais, le groupe évolue. «Nous croyons beaucoup au logement. Nous sommes en train de réaliser une opération en région parisienne, ainsi qu’une opération dans le commerce», dévoile Xavier Pelton, directeur de l’immobilier. Le groupe de protection sociale envisage des détentions plus courtes que par le passé.
A lire aussi : La transformation des actifs devient impérative en immobilier
Le succès des résidences gérées ?
La diversification passe aussi par les résidences gérées, notamment étudiantes. Les rendements sont attrayants, de 5 à 6%, et la TVA est récupérable. Mais les investisseurs du Forum se méfient d’un effet de mode, fréquent dans l’immobilier. Le nombre de bacheliers devrait diminuer dans les années à venir et il n’est pas certain que Paris conserve son attractivité auprès des étudiants étrangers.
Les résidences seniors, quant à elles, devraient aussi connaitre de grands bouleversements démographiques, plus positifs sur le long terme. Mais il ne faut pas partir trop tôt, indiquent les investisseurs. La génération des baby-boomers n’atteint pas encore l’âge qui les pousserait à quitter leur maison. AG2R La Mondiale, actionnaire majoritaire d’Ægide-Domitys, numéro un des résidences seniors, traverse une période difficile dans ce secteur. Mais, le marché est devant. «A court terme, c’est la résidence étudiante qui donne raison, à long terme, je plaide pour le logement senior accompagné de services pour le bien-vieillir», avance Xavier Pelton.
A lire aussi : Le fonds de pension néerlandais ABP poursuit ses grandes manœuvres dans le résidentiel
Ces résidences gérées, auxquelles s’ajoute l’habitat partagé ou «co-living», laissent d’autres investisseurs plus sceptiques quant aux risques des modèles d’exploitation, aux coûts élevés des services pour des retraités moyens, ou l’intégration d’un mode de vie anglo-saxon. CNP Assurances reste à l’écart de ces investissements en direct.
Les lignes d’allocation pourraient donc évoluer dans les années à venir. Le marché du bureau risque d’être en surcapacités et se réduire dans les portefeuilles d’actifs. «On a continué à construire 44 mètres carrés par nouvel emploi de bureau entre 2010 et 2020, malgré le ralentissement de la croissance de la population active. A cela s’est ajouté le télétravail», décrit Christian de Kerangal.
La cible d’allocation dans le tertiaire pourrait se réduire, passant d’une moyenne de 53% aujourd’hui à 30-40% dans les prochaines années, selon l’IEIF. Les arbitrages ont commencé. Les meilleurs territoires, les meilleures zones de services, les meilleures qualités d’immeubles sont recherchées et valorisées. «Nous sommes investis en direct dans le centre-ville de Paris, de Munich, de Milan et ça fonctionne très bien. La demande est là. Les immeubles sont bien remplis. Une partie de marché du bureau ne pose pas de problème», partage Minna Merilainen chez CNP Assurances. Et de conclure «Il ne faut pas céder à un ‘bureau bashing’!»
Plus d'articles du même thème
-
BPCE rachète le siège d’Accenture
L'immeuble, l'AXE France, aurait été cédé avec une décote de près de 18 % -
Les prix de l’immobilier baissent au Royaume-Uni pour la première fois depuis trois ans
L’indice des prix immobiliers de Lloyds affiche un recul de 0,4% sur un an au mois d’août pour les logements. Une évolution surprenante pour les économistes qui attendaient une hausse de 0,2%. -
Altarea et Praemia enterrent la hache de guerre de manière originale
Les deux groupes, qui étaient en procès depuis 2022, ont conclu le 28 août un accord qui met fin à leur différend. A cette occasion, Altarea injecte 60 millions de capital dans le gestionnaire de SCPI.
ETF à la Une
Amundi dévoile un ETF conçu pour Zenkyoren
- Le directeur financier de Malakoff Humanis quitte le groupe
- Les gérants redoutent un changement d'allocation du fonds de pension japonais
- Le fonds souverain norvégien propose de réduire son exposition aux emprunts d'Etat
- Les assureurs recherchent davantage de titrisations SRT
- Un gérant immobilier attaque le plus grand fonds de pension allemand
Contenu de nos partenaires
-
« Ils sont hors cadre » : le BSW, ce petit parti de gauche allemand qui pourrait s’allier à l’AfD
Le parti fondé par Sahra Wagenknecht réclame un ministre-président sans affiliation politique et pourrait influencer les votes finaux -
RadicalisationExtrême droite : les leçons allemandes
Depuis une dizaine d'années, la droite allemande a musclé son discours sur l'immigration pour tenter de couper l'herbe sous le pied de l'extrême droite. Sans parvenir à freiner sa progression -
Réarmement allemand : « Avec l'AfD, un tournant militariste et nationaliste est possible »
Le mouvement d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) défend la hausse du budget de la Bundeswehr, mais dans une optique nationaliste à rebours des autres partis