Roundhill lance un ETF sur les condensateurs céramiques multicouches
Roundhill Investments a introduit aux Etats-Unis un fonds coté exclusivement dédié aux fabricants de condensateurs céramiques multicouches (MLCC), un composant électronique dont la demande explose sous l’effet des serveurs d’intelligence artificielle.
Le condensateur céramique multicouche, ou MLCC, est le composant électronique le plus produit au monde en volume, avec plusieurs milliers de milliards d’unités chaque année. Sa fonction est simple mais critique : stocker puis restituer de petites quantités de charge électrique pour lisser l’alimentation d’une carte électronique et protéger les circuits des variations de tension.
Plus un système consomme d'énergie, plus il a besoin de condensateurs pour stabiliser son alimentation, ce qui explique pourquoi le MLCC est devenu l’un des grands bénéficiaires indirects de la course aux infrastructures d’intelligence artificielle. Les processeurs serveurs conçus pour l’IA consomment en effet nettement plus d'énergie que les puces conventionnelles.
Selon EE News Europe, qui cite des données de Samsung, un serveur IA utiliserait de 10 à 15 fois plus de MLCC qu’un serveur généraliste ; certains rapports évoquent, pour une plateforme de type Nvidia GB300, environ 30.000 condensateurs céramiques par serveur, et plusieurs centaines de milliers pour une baie complète.
Murata, numéro un mondial du secteur, table sur une croissance annuelle moyenne d’environ 30 % de la demande de condensateurs pour serveurs IA d’ici 2030.
Un marché tiré par l’IA et l'électrification
Les cabinets d'études convergent vers une trajectoire de croissance à deux chiffres. Selon les dernières estimations, le marché mondial des MLCC est évalué à environ 17,6 milliards de dollars en 2026, avec une progression vers 35,3 milliards de dollars en 2036, soit une croissance annuelle moyenne de 7,2 %.
Cette dynamique serait portée notamment par la bascule de l’industrie automobile vers des architectures 800 volts et plus, qui nécessitent des condensateurs capables de supporter des contraintes électriques plus élevées.
Sur le seul segment de l'électronique grand public, le cabinet Mordor Intelligence chiffre le marché à 16,3 milliards de dollars en 2026, avec une trajectoire vers 34,5 milliards en 2031 (+16,15 % par an), tandis que le même cabinet évalue le segment des MLCC basse tension entre 19 et 42 milliards de dollars sur la même période, avec une croissance annuelle proche de 17 %.
Cette accélération se traduit déjà par une tension de l’offre. Selon TrendForce, la demande liée aux serveurs IA, et à la montée en puissance des puces ASIC développées en interne par les fournisseurs de cloud a fait bondir les ratios commandes/livraisons des trois plus grands fabricants japonais et coréens à des niveaux inédits depuis la crise de pénurie de 2018.
Les délais de livraison des références haut de gamme s'étireraient désormais de cinq à dix mois, avec un risque de tension prolongée jusqu’en 2027, le temps que les nouvelles capacités de production annoncées par Murata, Samsung Electro-Mechanics et Taiyo Yuden entrent en service.
Plusieurs fabricants ont déjà répercuté cette rareté sur les prix. Samsung Electro-Mechanics aurait relevé ses tarifs d’environ 30 % sur certaines livraisons vers la Chine à partir du 1er août, tandis que Taiyo Yuden a annoncé des hausses de l’ordre de 6 à 13 % sur ses références grand public et automobiles.
Un oligopole asiatique
La production de MLCC est concentrée entre les mains d’une poignée de groupes asiatiques, dont aucun n’est coté sur une Bourse américaine.
Selon un rapport du cabinet Dataintelo daté du 1er avril 2026, Murata Manufacturing (Japon) domine le secteur avec une part de marché mondiale estimée entre 28 et 30 %. Suivent le coréen Samsung Electro-Mechanics (22 à 24 %), puis le japonais TDK (11 à 13 %), Taiyo Yuden (8 à 10 %) et le taïwanais Yageo Corporation.
Sur le segment spécifique des condensateurs « qualité IA » destinés aux serveurs, le site spécialisé Passive Components estimait fin juin 2026 le marché encore plus concentré : Murata et Samsung Electro-Mechanics en contrôleraient à eux seuls entre 80 et 85 %, loin devant TDK (environ 5 %) et Taiyo Yuden (environ 4 %).
Ces groupes sont cotés à Tokyo, Séoul ou Taipei, ce qui les rend peu accessibles à l’investisseur particulier américain, et c’est précisément l’angle mort que cet ETF cherche à combler.
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