Les méthodologies des ETF durables varient, leurs performances aussi, prévient Scientific Beta
Tous les ETF durables ne sont pas égaux, surtout en matière de performance. Même si tous ces produits passifs suivent le thème commun de durabilité, leur rendement peut varier de manière significative selon leur choix sur la manière d’intégrer les informations ESG (environnement, social et gouvernance) souligne une étude récente de Scientific Beta. Les deux auteurs de l’étude expliquent cette divergence par le phénomène qu’ils nomment « confusion ESG », c’est-à-dire une grande disparité des métriques extra-financières en raison de l’absence de définitions et standards communs.
A lire aussi : Un épargnant européen sur deux envisage d'avoir davantage recours aux ETF ESG
Giovanni Bruno et Felix Goltz ont limité leur analyse à l’univers des ETF actions américaines durables. Les fonds devaient intégrer l’information ESG dans leurs processus de construction de manière systématique et transparente, sans un tilt explicite sur les moteurs alternatifs de performance tels que les secteurs. L’évaluation de la performance de chaque ETF s’est faite en neutralisant respectivement l’exposition au marché et aux secteurs, afin d’assurer que les différences de performance soient attribuées exclusivement à la composante ESG.
Leurs résultats révèlent des disparités de performances substantielles entre ces ETF durables. Sur une période de six ans, la différence d’alpha annualisée entre les meilleurs et les pires fonds ESG est de 6,5 % après ajustement des expositions au marché. En éliminant les effets liés aux expositions sectorielles, la différence d’alpha annualisée ressort encore à 4,9 %. La dispersion est encore plus marquée sur certaines années, avec un maximum de 22,5 % d’écart en 2021 en termes de rendements ajustés pour les expositions au marché, et de 25,3 % en 2022 après ajustement sectoriel.
Attention au data mining
Les performances ne semblent donc pas influencées par un facteur de durabilité commun. « Les rendements des fonds dépendent largement des choix spécifiques du fonds quant à la manière d’intégrer les informations ESG. Cela suggère que les investisseurs ESG sont confrontés à un risque significatif lié à la sélection des fonds », expliquent les auteurs. Ils soulignent également que les fournisseurs d’ETF durables pourraient faire du data mining afin de fabriquer des produits avec de belles performances passées. « La dispersion des performances permet aux fournisseurs d’ETF de toujours présenter aux investisseurs une stratégie qui a récemment surperformé », préviennent-ils.
Cette stratégie commerciale semble pourtant fonctionner. « Les données tirées de la littérature sur les flux de fonds suggèrent que les investisseurs sont particulièrement sensibles aux performances récentes. Ce problème est aggravé par le fait qu’il n’y a pas de consensus sur la définition de l’ESG, qui donne aux fournisseurs d’ETF la possibilité de proposer de nouveaux produits qui reproduisent les approches ESG qui ont récemment surperformé », écrivent-ils. Et de conclure que l’ESG pose un risque pour tout sélectionneur de fonds.
A lire aussi : Objectifs climatiques et ESG, la difficile combinaison
Plus d'articles du même thème
-
« La valorisation du CAC 40 devrait maintenir une décote persistante »
Joffrey Ouafqa, directeur des gestions pôle asset management d’Auris Gestion. -
PARTENARIATLe cuivre : le métal stratégique au cœur d’un nouveau cycle d’investissement mondial
Longtemps considéré comme un simple baromètre de l’activité industrielle mondiale, le cuivre change progressivement de statut. -
L’engagement actionnarial doit encore faire du chemin pour les investisseurs institutionnels
A l’occasion de la réunion de restitution de la 4ème édition du questionnaire ESG de l’Af2i, les institutionnels étaient invités à découvrir les pratiques actuelles des gérants sur les questions de l’engagement et du « stewardship ».
A la Une
MSCI et Bloomberg dominent dans les indices des ETF investis par les particuliers allemands
Contenu de nos partenaires
-
L'Odyssée de l'IAXavier Boileau (Oliver Wyman) : « Tout “souverainiser” coûte très cher, ne rien “souverainiser” crée une dépendance dangereuse à terme »
Le cabinet de conseil Oliver Wyman a publié des enquêtes « IA Agentique » auprès de 200 dirigeants de grandes entreprises en août 2026 -
Palestine : Mahmoud Abbas repousse les législatives d’une année, une présidentielle convoquée pour septembre 2027
Pour justifier sa décision, la présidence palestinienne évoque des « obstacles imposés par les mesures israéliennes qui empêchent la tenue des élections à la date initialement prévue ». L’Autorité palestinienne veut aussi « créer des conditions politiques, sécuritaires et concrètes appropriées afin de garantir des élections libres, équitables et inclusives » -
Intelligence artificielleLes 100 qui font l'IA en Europe (2026) : les constructeurs
Avec le cabinet de conseil Oliver Wyman, l'Opinion révèle les 16 personnalités de l'IA de la catégorie « constructeurs ». Ils se sont distingués cette année par leur influence sur l'essor de l'IA