Désormais fusionnée avec celle de Lyxor, dont la marque va disparaître d’ici à fin 2023, l’activité ETF d’Amundi a changé d’envergure : avec près de 180 milliards d’euros d’encours et une plateforme de gestion passive dotée de 180 collaborateurs, le gestionnaire français veut désormais conforter sa place de leader européen des fonds indiciels. Avec deux axes majeurs : l’ESG (environnement, social, gouvernance) et la clientèle retail.
Comment évoluent la collecte et les encours d’Amundi ETF depuis le début de l’année ?
A fin mars, nos encours sur le strict périmètre des ETF s’établissaient à 178 milliards d’euros, contre 167 milliards fin décembre. Outre un effet marché positif, nous avons enregistré une collecte de 2 milliards d’euros, qui continue d’être bien orientée en avril et en mai. Sur le segment des actions, ce sont notamment les actifs émergents qui ont attiré les flux, avec un net regain d’intérêt pour la Chine. Ce mouvement s’est fait au détriment des actions américaines. Sur le segment obligataire, la remontée des taux a profité aux produits de dette d’Etat, ainsi qu’à notre ETF dit «steepener». Ce dernier, rare sur le marché, permet aux investisseurs de se positionner sur une repentification de la courbe des taux américains – aujourd’hui inversée – en achetant des titres à 10 ans et en vendant du 2 ans. On peut enfin noter que 80% de notre collecte du premier trimestre s’est faite sur les ETF ESG, contre 30% pour le marché dans son ensemble.
La dynamique de croissance de l’activité ETF est-elle revenue à son niveau d’avant 2022 ?
Le marché européen des ETF a en effet connu un trou d’air en 2022, dans un contexte de remontée des taux tout à fait exceptionnel, il a tout de même réussi à croître de 6%, mais cela reste inférieur aux 15% de croissance annuelle moyenne des cinq années précédentes. Au premier trimestre 2023, les ETF européens progressent de 12% et reviennent dans la norme d’avant 2022 : les raisons structurelles qui poussent leur développement sont toujours aussi puissantes. Au niveau d’Amundi, l’objectif stratégique que nous nous sommes fixé en janvier 2022 – faire croître les encours de gestion passive de 50% d’ici à 2025 – reste intact, et nous sommes en ordre de marche pour le tenir.
L’intégration de Lyxor a été finalisée. Quelles synergies avez-vous pu réaliser ?
Ce rapprochement a permis de nombreuses synergies en termes de revenus, grâce à une complémentarité des gammes et des typologies de clientèle. Lyxor était très reconnu sur les marchés retail en France, en Allemagne et en Italie. Amundi avait un positionnement plus institutionnel – et aussi plus obligataire – très international, avec également une présence en Asie, au Moyen-Orient ou encore en Amérique du Sud, et avait surtout précocement pris le virage de l’ESG. Nous disposons désormais d’une couverture de clientèle accrue et d’une gamme large de plus de 350 ETF.
Allez-vous continuer à faire évoluer cette gamme ?
Entre les ETF que nous modifions et ceux que nous créons, c’est entre 5% et 10% de notre offre qui évolue chaque année. Aujourd’hui, presque tous nos projets de développement sont autour de l’ESG et du climat. Sur les actions, nous allons par exemple créer un ETF sur les thématiques de l’hydrogène et des bioénergies. Dans la sphère obligataire, nous continuons d’étoffer notre gamme sur les obligations responsables en créant des véhicules dédiés au segment souverain ou encore corporate. Le rapprochement entre Amundi et Lyxor nous offre beaucoup d’options : par exemple, au lieu de fusionner nos deux véhicules ETF CAC 40, celui de Lyxor continue de répliquer l’indice traditionnel et celui d’Amundi a été transformé pour suivre l’indice CAC ESG. Nous avons pour objectif que 40% de notre gamme soit ESG d’ici à 2025 et nous sommes en bonne voie pour y parvenir puisque cette part est de 28% à fin mars.
Vous avez, comme l’essentiel des fournisseurs, dégradé presque tous vos ETF de la catégorie SFDR «article 9» en «article 8». Les précisions publiées mi-avril par la Commission européenne ouvrent la voie à un reclassement d’une partie d’entre eux, notamment les ETF adossés aux indices «Paris-aligned benchmark» (PAB). Prévoyez-vous un tel mouvement ?
Ce n’est pas à l’ordre du jour. La Commission souligne en effet l’approche durable des indices PAB. Mais dans d’autres publications, il était précisé que 100% des investissements d’un fonds «article 9» (hors cash) devaient être durables, ce qui reste difficile pour des investissements diversifiés comme ceux des ETF PAB. Notre interprétation, à ce stade, est que ce critère de 100% d’investissement durable ne devrait pas s’appliquer en l’espèce. Nous attendons donc des clarifications supplémentaires de la part des régulateurs nationaux et l’émergence d’une vision commune sur le marché quant à la classification des ETF PAB.
Etes-vous intéressés par les ETF de gestion active ?
Nous regardons régulièrement le sujet mais, à ce stade, la demande des clients n’est pas très poussée.
Quelles sont vos priorités en termes de distribution ?
En Europe, le marché de l’épargne est très intermédié et les distributeurs cherchent à avoir un nombre limité de partenaires de gestion pour simplifier leurs process tout en proposant l’offre la plus pertinente possible à leurs clients. Nous voulons convaincre ces acteurs de nous choisir comme un de leurs – voire leur – émetteurs d’ETF par défaut. Pour cela, nous misons notamment sur l’offre de solutions packagées : une allocation d’actifs profilée, fournie par le nouveau département Services & Solutions du groupe Amundi, dont les briques de base sont nos ETF. Nous leur proposons également nos outils technologiques de gestion de portefeuilles ou de clientèle. Nous cherchons en outre à travailler avec les banques en ligne et robo-advisors – dont celui du groupe, WeSave – en apportant des solutions d’investissement à leurs clients. Sur le marché français, nous sommes désormais référencés par plus de 180 contrats d’assurance-vie, auprès de 80 distributeurs, et nous disposons d’une gamme de 80 ETF éligibles au PEA.
La perspective d’une interdiction des rétrocessions, un temps envisagée par la Commission européenne, semble à nouveau s’éloigner. Est-ce problématique pour l’essor des ETF ?
Ce n’est pas un élément clé pour le développement du marché. L’important est que les clients puissent faire leur choix de manière éclairée. Or, le sujet de la transparence sur les frais est, aujourd’hui, bien couvert.
Quels sont les enjeux autour de la clientèle institutionnelle ?
Il faut pouvoir accompagner les institutionnels dans leur transition vers la neutralité carbone en leur offrant des produits et services parfois sur mesure : certains institutionnels sont, par exemple, demandeurs de mandats pour lesquels l’empreinte carbone du portefeuille est optimisée. Il s’agit également de continuellement améliorer la liquidité de nos produits pour pouvoir les adapter aux flux institutionnels de taille plus importante. Les ETF sont des produits très adaptés à cette recherche de liquidité. En effet, la liquidité d’un ETF ne se limite pas à celle que l’asset manager peut fournir, comme dans le cas d’un fonds traditionnel : elle correspond à la liquidité cumulée de tous les intermédiaires financiers (market makers, brokers…) du marché.
Vous avez créé une plateforme de droit irlandais pour votre activité de gestion passive. A quoi va-t-elle servir ?
Nous avons créé une ICAV (Irish Collective Asset-management Vehicle) pour nos clients anglo-saxons, qui sont très demandeurs de cette structure. Outre le traitement favorable des dividendes américains permis par la fiscalité irlandaise, ils ont l’habitude de travailler dans cet écosystème très développé. Cela complète bien nos plateformes française et luxembourgeoise.◆
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