L’avenir appartient aux banques qui s’adaptent actuellementaux nouvelles technologies et aux impacts de celles-cisur le secteur financier. Cette conviction estl’une des raisonspour lesquelles le gestionnaire d’actifsbritannique Jupiter Asset Management a repositionnéen décembre dernierson fonds actions sur les financières. Anciennement baptiséJupiter Global Financials, le fonds qui se nomme aujourd’hui Jupiter Financial Innovation,s’intéresse aux acteurs du secteur financier«qui dépensent un minimum dans la technologie tantpour rester à l’écoute de leurs clients mais aussi pour trouver les acteurs qui leur permettent de progresser (big data, solutions de paiement,etc) et ainsi garder leurs clients», selon le gérant du fonds Guy de Blonay. En2021, le montant des dépenses des financières traditionnelles dans le domaine des technologies de l’information (IT) devrait atteindre296,5 milliards de dollars d’après les données deJupiter AM tandis que ce même chiffre s'établità 261,1 milliards de dollars en 2018. « Nous avonsvu que les banques américaines ont commencé à investir massivement dans la technologie au cours desdeux ou trois dernières années, notamment dans lamaintenance et l’innovation. Par exemple, JP Morgan investit 10% de ses revenus dans la technologie, soit environ 10 à 12 milliards de dollars par an», a dit Guy de Blonay, à l’occasion d’un point presse le 22 mars. « Cela n’intéresse pasJP Morgan de courir aprèsRevolut ou des entreprises similaires. JP Morgan vise une clientèle fortunée et cherche à devenir un Amazon des services financiers, à créer un écosystèmede type Amazon qui permette à ses clients de trouver tout ce qu’ils recherchent et de leur proposer tout ce qu’ils souhaiteraient dans le futur pour faire en sorte qu’ils n’aillent pas voir si l’herbe est plus verte ailleurs. La clientèle fortunée, elle, veut que la banque puisse la conseiller sur tout.La construction d’un tel écosystèmesuggère aussi l’augmentation dela satisfaction client vis-à-vis du service délivré, via une application ou un service client généré par une intelligence artificielle», a-t-il précisé. A propos des géants de la tech, les fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), Guy de Blonay a rappelé que seul Amazon a jusqu’alors affiché sa volonté de rentrer dans le secteur financier mais que la firme de Jeff Bezos demeure confrontée à une barrière à l’entrée assez haute sur le plan de la régulation. «Amazon évoluedans tellement de marchésaujourd’hui queje ne pense pas que le management ait envie d’entrer dans une structure compliquée avec une licence bancaire. En revanche, le futur du secteur, ce sont les joint-ventures. Peut-être qu’une joint-venture entre Amazonet JP Morgan pourrait voir le jour, ce qui en ferait une sorte de one-stop superstore. JP Morgan aurait accès auxcentmillions de clients Amazon Prime. Quand on voit ce qu’il se passe dans le secteur des solutions de paiement - soumis à une consolidation accrue -on peut comprendre qu’il existe uneenvie de devenir un one-stop superstore.Les coûts sont fusionnés, le levier opérationnel prend l’ascenseur et avec la dette à zéro coût, les investissements dans l’IT peuvent se poursuivre», a commenté le gérant de Jupiter AM. D’après Guy de Blonay, les financières américaines et asiatiques (Inde et Chine notamment)ont largement pris les devants dans la «course à l’armement» technologique. Les données de Jupiter AM laissent penser que 45% des dépenses en IT en 2018 ont été le fait de financières nord-américaines et 32% de financières européennes. Guy de Blonay a estiméque 60% des dépenses IT de JP Morgan concernent la maintenance et les40% restants se focalisent sur l’innovation mais que cela peut s’inverser. L’Europe est à la traîne, a-t-il constaté, évaluantà 80% le taux desdépenses IT des banques européennesliées à la maintenance et à 20% celles liées à l’innovation, tout enrappelant que Commerzbank, qui discute actuellement d’une fusion avec Deutsche Bank, a complètement arrêtéses investissements IT, n’ayant plus le capital suffisant pour les assurer. «La fusion Commerzbank-Deutsche Bank est la confirmation publique que le système européen se trouve actuellement dans une impasse, que les taux à zéro de la BCE sont destructeurs et qu’il faut chercher des alternatives», a-t-il dit par ailleurs. Les banques suédoises pas à l’abri de fusions Ces fusions de grandes institutionsfinancières locales, Guy de Blonay les pressent aussi en Suède car si le modèle suédois est vanté pour son niveau de digitalisation avancésur le plan financier, les quatre grosses banques du pays (Handelsbanken, SEB, Swedbank, Nordea) anticiperaient peu la disruption qui les attend. « J’ai rencontré ces quatre banques en septembre dernier, nous avons notamment parlé d’une ligne de leurs activités, en l’occurrence les prêts hypothécaires de 3 mois à taux fixe. Ellesproposent des prêts hypothécaires à 1,6% – 1,9% alors même que les taux sont presque négatifs. Il y a une sorte de cartel informel entre ces quatre acteurs.Mais pour combien de temps? J’ai rencontré les dirigeants d’agences de prêts hypothécaires en ligne qui proposent les mêmes produitsà des taux plus avantageux, 1,28% voire 0,95%. Il ne s’agit là que d’une seuleligne de ces banques traditionnelles mais toutes sont attaquées agressivement », a-t-il expliqué. Et le gérant de Jupiter AM d’ajouter:« Les banques suédoises nesont pas chères, elles versent un bon dividende à leurs actionnairesmais pour combien de temps? Un jour, elles vont devoir investir en IT et démontrer qu’elles peuvent protéger leurs parts de marché contre ces nouveaux venus aux marges plus basses. Les banques suédoises attendent d’être mises à l’épreuve et sont actuellementplongées dans une certaine léthargie. Elles devront probablement fusionner elles aussi car elles vont faire face à un certain nombre decoûts. »