Issue de la notation de plus de 3000 entreprises cotées dans 35 pays, une nouvelle étude de Vigeo Eiris (1) sur la conduite des entreprises en matière de respect des droits humains fondamentaux révèle des résultats saisissants. Il ressort notamment de cette étude que moins de 4% des entreprises sous revue affichent des niveaux d’engagement couvrant de façon tangible le respect des droits de l’homme relevant directement de leurs responsabilités. Comme dans la précédente étude de 2012, la thématique des droits de l’homme arrive en troisième position des thématiques ESG sur lesquelles les entreprises informent le plus après les questions de gouvernance et de comportement sur les marchés, mais devant les questions environnementales, sociétales et de ressources humaines.Le score mondial moyen alloué par Vigeo Eiris aux entreprises multinationales sur l’ensemble du domaine relatif au respect des droits humains est de 32 sur 100. Il est inférieur à celui de la précédente étude, qui était de 37/100. Cette baisse s’explique, d’une part, par la stagnation des engagements des entreprises issues des pays industrialisés et d’autre part, par l’élargissement de la revue aux entreprises cotées sur les marchés émergents. Comme en 2012, la liberté syndicale et le droit de négociation collective sont les thèmes sur lesquels les entreprises communiquent le moins, avec un taux d’information disponible de 34%.Les entreprises semblent choisir dans une perspective défensive de prévention des risques, les catégories de droits sur lesquelles elles s’engagent. Les trois-quarts (73%) des entreprises notées formulent des engagements détaillés et exhaustifs en faveur de la non-discrimination de leurs salariés. Parmi les motifs de discrimination qu’elles entendent combattre, elles mettent en avant les discriminations liées au genre, à la nationalité, à la religion, à l’âge ou au handicap. La moitié (50%) des entreprises affiche son engagement en faveur de la qualité des conditions de travail et de quelques droits humains fondamentaux sur les lieux de travail, et cite le plus fréquemment à ce titre, la santé et la sécurité des travailleurs, la lutte contre le travail des enfants, le travail forcé et la discrimination. Un peu moins de la moitié des entreprises (47%) évoque le respect des droits et des libertés individuelles (le respect du droit à la vie privée et des droits humains fondamentaux est le plus souvent cité (52%) dans les engagements formulés). Seules 16% des entreprises s’engagent explicitement à respecter la liberté syndicale et le droit de négociation collective; et parmi elles, peu disent prévenir la discrimination à l’encontre des travailleurs syndiqués ou s’assurer que les travailleurs peuvent exercer leurs droits de représentation de façon effective.Comme en 2012, plus de 20% des entreprises sous revue font l’objet d’au moins une controverse (critique, allégation, procédure judicaire, condamnation etc.). Le degré de sévérité de ces controverses est considéré comme ‘élevé’ ou ‘critique’ pour un tiers d’entre elles. Dans 43% des cas, les entreprises n’ont manifesté aucune réaction. A contrario, elles se sont montrées proactives en adoptant des mesures correctrices permanentes dans 3% des cas. Les secteurs faisant face au plus grand nombre d’allégations sont les banques, le secteur alimentaire et les compagnies minières et métallurgiques. Dans un tiers des cas, les faits répertoriés se sont déroulés aux Etats-Unis, où les faits incriminés sont plus souvent portés devant les tribunaux.L’examen détaillé des scores révèle des comportements contrastés selon les régions, les pays et les secteurs. Neuf des dix pays où les entreprises affichent les meilleurs scores sont européens. La France (48/100) se situe en pôle position, suivie de la Suède (42/100), de l’Espagne (41/100), de la Finlande (39/100) et du Danemark (39/100). A l’inverse, les scores les plus faibles sont observés dans les pays émergents, en raison de réglementations relativement moins exigeantes et de capacité d’intervention plus limitée des ONG et des organisations syndicales. Parmi les 30 entreprises affichant les meilleures performances sur les thématiques des droits de l’homme, 29 sont européennes (96,6%), contre 24 en 2012 (80%). « Cette étude confirme que même si les droits humains fondamentaux demeurent le talon d’Achille de la responsabilité sociale des entreprises, les bonnes pratiques existent et peuvent se démultiplier. Cet enjeu est crucial pour l’avenir de la mondialisation et pour la capacité des entreprises à créer, de façon durable, de la richesse», commente Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo Eiris.(1) Cette étude a été réalisée à partir de l’analyse de 3.189 entreprises couvrant 38 secteurs, cotées dans 35 pays (Amérique du Nord, Asie-Pacifique, Europe et pays émergents). Ces entreprises ont été notées par Vigeo Eiris entre septembre 2014 et septembre 2016