Si le secteur mondial de la gestion d’actifs a retrouvé de sa splendeur depuis la crise financière, l’heure n’est pourtant pas au triomphalisme. « 70% de la croissance des actifs sous gestion provient de l’effet de marché », a ainsi souligne Amin Rajan, directeur général de Creative Research, lors d’une table-ronde organisée dans le cadre du Fund Forum International à Berlin (12-14 juin). « Nous devons en effet reconnaître que la croissance est un vrai défi, en particulier dans ce contexte de taux d’intérêt à zéro, a renchéri Bill Smith, directeur général de Lazard UK. La question n’est pas de savoir d’où vient l’argent, mais ce qu’on en fait. Il faut également réfléchir aux nouvelles propositions que nous pouvons apporter aux clients. » Des propos toutefois nuancés par Pascal Blanqué, directeur des investissements d’Amundi : « Il y a encore beaucoup de place pour la croissance dans le secteur, a-t-il ainsi avancé. Il est facile de se plaindre de la réduction des marges mais je reste positif sur notre industrie qui a connu une longue histoire de croissance pendant 30 ans. Mais il est vrai que nous étions assis dans un ‘open bar’ et qu’il nous faut désormais relever de nouveaux défis. » A en croire les intervenants, l’un des principaux défis consistent à accélérer l’évolution de la gamme des produits afin de suivre les grandes tendances du moment. « Pendant très longtemps, les investisseurs se ruaient sur des produits axés sur les grandes capitalisations. Mais ce mouvement est terminé du fait de la croissance de la gestion ‘beta’ à bas coûts, a estimé Jim McCaughan, directeur général de Principal Global Advisors. La majorité des choses que nous faisons aujourd’hui, nous ne le faisions pas il y a 10 ou 15 ans. Nous devons davantage nous tourner vers d’autres domaines, comme les actifs réels tels que le capital-investissement ou la dette privée qui dégagent de bonnes performances. C’est une période de changement pour notre industrie. » Selon Pascal Blanqué, les acteurs de la gestion ne mettent surtout pas assez l’accent sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. « Les gestionnaires d’actifs ne vendent qu’une partie de leur chaîne de valeur, à savoir les produits, a-t-il estimé. Nous ne mettons pas assez en avant le conseil ou d’autres types de solutions d’infrastructure de marché. Surtout, alors que la concurrence sur les prix est de plus en plus forte, notre métier doit de plus en plus avoir une approche industrielle. » Du changement, les gestionnaires d’actifs en expérimentent également au niveau des ressources humaines. Car comme l’a rappelé Bill Smith, « même s’il y a beaucoup de changement dans les processus d’investissement, la gestion d’actifs est une activité d’hommes et de femmes ». Dés lors, « tout l’enjeu est de réussir à attirer les talents et à les conserver, alors même que les profils recherchés évoluent », a ajouté Bill Smith. Une vision partagée par Jim McCaughan : « les talents dont nous avons besoin ont beaucoup changé avec le temps, a-t-il reconnu. Les compétences exigées ont changé et il faut désormais avoir des profils plus qualifiés. Nous avons aujourd’hui davantage de doctorants et de spécialistes des données, c’est-à-dire des ‘data scientist’. »De fait, l’émergence de nouvelles technologies constitue également un vrai défi pour les acteurs de la gestion. « Nous ne sommes qu’au début d’une nouvelle période avec le développement du ‘big data’, du ‘machine learning’ ou de l’intelligence artificielle, a admis Pascal Blanqué. Nous sommes déjà en marche vers la troisième séquence de notre jeune industrie, à l’image du développement de l’investissement factoriel. » Le secteur de la gestion d’actifs n’a donc pas fini de se réinventer.