L’effet Greensill Capital n’est pas redouté en France ! La médiation des entreprises vient de lancer auprès des entreprises une enquête pour mesurer leur connaissance du reverse factoring. Ou plutôt, pardon, du « paiement fournisseur avancé » (PFA). L’affaire consiste en effet à payer les fournisseurs sitôt leurs factures approuvées par les clients, donc avant que ces derniers n’épuisent leur délai légal pour le faire. Le changement de terminologie va-t-il suffire à rompre avec l’image sulfureuse qu’ont portée sur cette technique financière les pratiques obscures du financier australien de haut vol ? Bercy l’espère bien puisqu’une enquête va être lancée aussi auprès des administrations et entreprises publiques. Le financement des entreprises est en jeu, le crédit interentreprises représentant presque autant d’encours que le crédit bancaire. Curieusement, la solution d’un paiement « responsable », dès la facture validée, par le client, à l’heure où les taux d’intérêt tournent autour de zéro, n’est pas envisagée…
« Il est crucial que les banques passent des provisions sans délai sur les crédits non performants liés à la crise Covid 19 » Andrea Enria, président du conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne
… milliards d’euros, c’est la progression, soutenue par les dispositifs publics, des réserves de liquidités des entreprises françaises en 2020, selon Euler Hermes. Si la « nouvelle [est] positive à court terme », elle « doit être relativisée au regard de deux facteurs : un endettement croissant des entreprises et une véritable disparité sectorielle », pointe l’assureur-crédit. Sachant qu’à fin 2020, le cash disponible ne représentait « que » 21 % des dettes contractées. La question à moyen terme de la solvabilité « se pose donc légitimement », selon Ana Boata, directrice des recherches économiques d’Euler Hermes.
PME. Créé en mars dernier, le comité de crise sur les délais de paiement lance un baromètre mesurant le ressenti des chefs d’entreprise sur ce sujet majeur mais difficile à cerner. L’institut BVA va interroger 600 entreprises lors d’enquêtes trimestrielles. Le premier sondage mené en novembre 2020 révèle une moindre tension : pour 8 entreprises sur 10, les délais de paiement sont revenus au niveau d’il y a un an. Mais 16 % des entreprises déclarent cependant un allongement des délais de paiement par rapport au mois précédent, ce qui confirme l’effet négatif immédiat du deuxième confinement. Et 13 % des entreprises relèvent un allongement des délais de paiement comparés à ceux observés un an plus tôt. Les PME de moins de 10 salariés subissent en premier lieu ces retards et en sont responsables à 54 %, celles de moins de 250 salariés sont responsables de plus de 80 % des retards.
Bonne nouvelle, le Conseil constitutionnel a validé les dispositifs législatifs « anti-Huawei ». Les opérateurs télécoms français qui les contestaient, SFR et France Telecom, notamment dans le cadre de l’exploitation des réseaux mobiles 5G, ne sont pas de cet avis bien sûr. Mais il s’agit de « préserver les intérêts de la défense et de la sécurité nationale », ont argumenté les Sages. A cette bonne raison de freiner le mouvement sur la 5G, on pourrait ajouter que s’il s’agit de pouvoir commander son repas en voiture ou de faire de la vidéo un usage compulsif, autant s’abstenir. Mais pas besoin d’aller chercher si loin alors que le groupe Carrefour a été défendu par l’Etat face à l’étranger Couche-tard parce qu’il constitue un élément de la sécurité alimentaire : le champ des intérêts nationaux à défendre est large…
C’est le pic qu’atteindront les défaillances des entreprises de catégorie spéculative en mars prochain, selon Moody’s. Par la suite, ce taux de défaut va décroître, sous l’effet des vaccinations et des aides d’Etat, pour atteindre 4,7 % en fin d’année : un niveau supérieur à la moyenne historique de 4,2 % enregistrée depuis 1983, conséquence de la part accrue des notations situées en bas de l’échelle parmi les entreprises analysées par les agences. En 2021, les services aux entreprises, l’hôtellerie, les jeux et les loisirs seront les premiers secteurs concernés alors que l’an dernier, les secteurs pétrole et gaz, la distribution et les services aux entreprises ont été les plus touchés.
Avancer. Notre pays a figuré l’an dernier au deuxième rang, derrière l’Italie, des investissements consentis par la Banque européenne d’investissement (BEI). La France en a engrangé 48 % au titre de l’action climatique, axe fort de son activité. L’investissement global dans l’Hexagone a atteint près de 4,3 milliards d’euros orientés vers le soutien à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables, et l’atténuation des effets du changement climatique.Autre axe majeur de l’organisme européen, l’innovation, avec 2,2 milliards d’euros d’investissements pour la BEI et 462,5 millions d’euros pour le Fonds européen d’investissement, en vue de soutenir le développement et la compétitivité de futurs champions européens, de PME comme de très petites entreprises. En parallèle, la BEI a déployé près d’un quart de ses investissements, de 10 milliards au total, pour mettre en œuvre des mesures d’urgence en faveur des secteurs privés et public affectés par la crise sanitaire.
Nouveaux venus. Le marché du Schuldschein « a pris froid » en 2020 mais « pourrait retrouver la forme » cette année, estime Sebastian Zank, analyste de ce placement privé chez Scope Ratings. De fait, le marché a chuté d’un tiers, tant en nombre d’opérations bouclées, à 108, qu’en montants levés, à 19 milliards d’euros. L’analyste anticipe un volume d’au moins 20 milliards en 2021, sous l’impulsion d’une part significative de refinancement, d’émetteurs débutant sur le marché et plus diversifiés géographiquement. L’année démarre bien selon lui, grâce notamment aux nouveaux venus et à ceux soucieux de placements durables. En témoignent le placement ESG de Traton, filiale de Volkswagen, ou le baptême du feu de Trafigura. « La confiance des investisseurs pour ce marché de niche reste forte », pointe l’analyste. La partie pourrait se révéler périlleuse tout de même pour les émetteurs des secteurs sensibles aux effets du Covid, reconnaît-il.