Turbulences. La compagnie aérienne à bas coûts a annoncé avoir subi un piratage informatique « hautement sophistiqué » avec le vol des données personnelles d’environ 9 millions de clients. Dans 2.208 cas, les données des cartes de crédit de passagers ont été saisies par les malfaiteurs. L’affaire tombe mal pour la compagnie aérienne déjà aux prises avec un conflit entre son actionnaire fondateur et ses dirigeants, sur la gestion de la crise Covid-19. Easyjet a entrepris de contacter tous les clients affectés pour les inciter à la vigilance mais risque une amende pour avoir manqué à la protection des données. En augmentation tendancielle, les cyber-attaques ont proliféré depuis le début de la crise et pourraient coûter 6.000 milliards de dollars aux entreprises en 2021, selon une étude de Jupiter AM.
TPE. Parmi les financements bancaires refusés aux entreprises et donnant lieu à un nombre croissant de saisines du médiateur, ceux déposés par les TPE (moins de 10 salariés) représentent l’essentiel. Leur montant moyen est de 181.690 euros et, dans la grande majorité, il s’agit de demandes de Prêts garantis par l’Etat, dispositif lancé le 25 mars et déployé essentiellement depuis début avril. Il affiche moins de 5 % de refus. Le total des montants de crédit refusés représente 437 millions sur les trois premières semaines d’avril recensées, a comparer aux 46 milliards d’euros de crédit pré-accordés dans le cadre du PGE au 29 avril, selon les chiffres de la Fédération bancaire française.
On avait cru comprendre que la crise était la conséquence d’un secteur hospitalier dégradé faute de moyens, d’une logique d’économies menée à tout rompre dans les missions essentielles de l’Etat… on avait naïvement pensé que les choses allaient changer. Force est de constater que l’amélioration des conditions d’exercice du service public n’est pas la priorité dans tous les domaines. Ainsi, le travail de contrôle et de suivi des PGE (prêts garantis par l’Etat), outil phare de soutien financier aux entreprises qui a été confié à Bpifrance, est demandé à l’établissement public contre… une rémunération nulle ! Drôle de procédé, s’agissant de quelque 400.000 à 600.000 dossiers. Pas sûr que les appels à l’Union sacrée et autres déclarations solennelles suffisent indéfiniment à compenser le manque de moyens pratiques.
Dégradation. Le nombre d’anges déchus (fallen angels) potentiels atteint un sommet. Selon un récent rapport de Moody’s, ces émetteurs investment grade dont les obligations risquent d’être dégradées en catégorie high yield (notées actuellement Baa3 avec perspective négative ou Baa3 sous surveillance négative) atteignaient le nombre de 76 à la fin du premier trimestre 2020. Ils détenaient 593 milliards de dollars (548 milliards d’euros) de dette, contre 341 milliards (43 fallen angels potentiels) fin 2019. Deux entreprises françaises, Peugeot et Valeo, se trouvent sur cette liste. La détérioration de l’environnement économique mondial, la forte baisse du prix des matières premières et la volatilité des marchés sont autant d’éléments avancés par Moody’s pour expliquer cette hausse.
Les fournisseurs des Fromageries Bel boivent décidément du petit lait. Le groupe a décidé d’appliquer un taux d’escompte nul dans le cadre de son programme d’affacturage inversé invoice@bel. Un programme mis en place fin 2017 par lequel les fournisseurs volontaires mais hors laitiers, initialement français et maintenant européens, se voient proposer un règlement anticipé devenu aujourd’hui gratuit de leurs factures par le biais d’une plate-forme internet dédiée. « Cette décision nous est apparue comme une solution évidente en ces temps de crise pour soutenir notre écosystème fournisseurs », avance Benoît Rousseau, trésorier du groupe Bel. Quand la vache rit, le fournisseur sourit.
La reprise du chantier de réparation de Notre-Dame s’est faite cette semaine, tout un symbole. Il y a un an, nous nous lamentions sur notre échec collectif à garder intact ce monument prodige de la foi. Puis la pandémie du coronavirus a interrompu les réparations : nous nous sommes retrouvés « confinés » un peu comme les pestiférés du Moyen-âge étaient relégués à l’écart, faute de solution médicale. Mais voilà que le chantier repart et cette fois, en plus de la souscription nationale qui a collecté 230 millions d’euros, la Fondation du Patrimoine mobilise des entreprises comme Sodexo et Accor pour garder les ouvriers du chantier en sécurité face au virus. Sous la houlette de son président, Guillaume Poitrinal, ex-grand bâtisseur de centres commerciaux aujourd’hui désertés, un lieu inspiré au-delà de la consommation va revivre.
Soutien. Confronté à la fermeture de l’ensemble de ses magasins en raison du confinement, Fnac-Darty est la première entreprise de plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires à avoir obtenu un prêt garanti par l’Etat. D’un montant de 500 millions d’euros, ce prêt est d’une maturité d’un an, et pourra être étendu à 5 ans. Les prêts garantis par l’Etat font partie de son plan d’aide de 110 milliards d’euros à destination des entreprises. Pour obtenir cette aide publique, Fnac-Darty a renoncé au dividende pour l’exercice 2019 et à d’éventuels rachats d’actions cette année, et ses président et directeur général verront leur rémunération 2020 réduite de 25 %. Le groupe de distribution a vu ses ventes chuter de près de 30 % en mars et son chiffre d’affaires du premier trimestre de 7,9% à 1,49 milliard d’euros.
Les modifications apportées aux CLO depuis 2008 semblent rendre le secteur plus sûr, mais la crise constituera un test pour beaucoup de ces titrisations.
C’est la hausse globale des défaillances d’entreprises estimée par Coface cette année, contre 2 % prévus avant la crise du coronavirus. En tête des statistiques, les Etats-Unis devraient voir le pourcentage passer à 39 %, le Royaume-Uni à 33 %. L’Allemagne limiterait ce chiffre à 11 %. En France, la hausse serait de 15 %, soit 58.000 entreprises, contre 63.000 faillites en 2009 (hausse de 25 %). L’estimation est rendue complexe par le manque de visibilité sur les aides et sur le retour de l’activité, l’assureur-crédit retenant l’hypothèse d’un prudent redémarrage au deuxième trimestre et d’un rebond à partir du troisième.
Des initiatives contribuant à répondre aux difficultés spécifiques à l’agriculture émergent de la part d’acteurs engagés aussi dans le soutien à la transition agricole et écologique.
Au-delà de ses drames, la pandémie du coronavirus a ses côtés positifs, comme de relativiser les points de vue. Voici donc que vient d’être utilisé pour la première fois le mécanisme européen Instex (Instrument for Supporting Trade Exchanges) pour livrer du matériel médical à l’Iran. Le pays est en effet durement touché par la pandémie et frappé dans le même temps par les sanctions économiques américaines. L’Europe avait mis au point, début 2019, dans un scepticisme teinté d’indifférence, le véhicule Instex pour permettre à ses entreprises de réaliser des échanges avec l’Iran sans encourir de sanctions via le système financier américain. Pour éviter tout lien avec ce dernier, le véhicule est construit en forme de fonds commun de créances, le principe étant de procéder par compensation entre créances des importateurs et exportateurs. Voilà donc cette solution ressortie des cartons et qui fait écho aux critiques toujours plus fortes de la communauté internationale à l’égard des sanctions américaines. Ne reste plus qu’à satisfaire pleinement le président iranien Hassan Rohani, qui a déclaré la démarche européenne positive mais insuffisante…
Les soutiens multiples aux entreprises frappées par la crise n’ont pas toujours été bien compris. L’Etat et les institutions financières ont, certes, annoncé dès le 15 mars des aides massives, reports de charges, d’impôts, de loyers, promis des facilités pour pallier la chute des revenus. Le tout sur fond de liquidités apportées sans limite par la BCE… Des entreprises semblent penser, du coup, qu’elles peuvent se dispenser de payer leurs factures, tout bonnement, sans essayer de négocier des délais ou d’épargner les fournisseurs fragiles… A telle enseigne qu’un comité de crise sur les paiements interentreprises vient d’être créé en France pour suivre la situation et ses dérives. Et le message du Trésor est clair : les prêts garantis par l’Etat (300 milliards d’euros) ne profiteront pas aux mauvais payeurs !
Pendant que des entreprises rivalisent de bonne volonté pour limiter les effets de la crise, d’autres ne se laissent pas attendrir ! Les compagnies aériennes réclament 200 milliards de dollars d’aide publique pour faire face aux pertes que leur cause leur flotte collée au sol. Le montant se compare aux 280 millions d’euros que l’Europe a décidé de consacrer aux projets durables dans son plan InvestEu, successeur du plan Juncker, ou encore aux 250 milliards que la BEI compte débloquer dans le cadre du Green Deal européen. Autre élément de lecture des demandes de l’IATA, l’association internationale du transport aérien, la chute du nombre de vols a permis de faire baisser d’un quart la quantité de carbone dans le ciel chinois – selon un relevé déjà ancien : on voit mal pourquoi il faudrait dépenser de l’argent pour faire repartir l’activité aéronautique et en parallèle pour en diminuer les méfaits. Si la crise du coronavirus peut inciter les Etats pris à la gorge à mettre fin à ces aberrations, elle est salutaire.
Croissance. En 2020, le marché mondial des levées de fonds dans le secteur du crowdfunding devrait dépasser les 8,5 milliards de dollars, selon les données collectées par Statista et publiées par Finanso.se (+23,3 % par rapport à l’année précédente). L’évolution du marché du financement participatif s’est accélérée depuis 2017 et la tendance devrait se poursuivre durant les trois prochaines années selon un rythme estimé à +12 % par an. Le marché pourrait ainsi atteindre près de 12 milliards de dollars en 2023. La Chine écrase le reste du monde de sa supériorité numérique avec un marché de plus de 7 milliards de dollars dominé par les géants du retail Alibaba, JD.com et Suning, alors que les Etats-Unis, au 2e rang, dégagent une activité près de dix fois plus petite à 782 millions. Place ensuite à l’Europe avec le Royaume-Uni à 100 millions de dollars, la France (86), suivis du Canada à (47). La dynamique s’exprime aussi dans les montants placés en crowdfunding par les investisseurs : le montant moyen d’une contribution à une campagne est évalué à 780 dollars, il pourrait monter jusqu’à 840 dollars l’an prochain et jusqu’à près de 1.000 dollars en 2023.
Trésorerie. Finexkap prend le métro. Ou plutôt la fintech dédiée au financement de la trésorerie des TPE-PME annonce mener un test d’envergure en France avec le distributeur Metro autour de sa nouvelle solution Finexpay. Il s’agit d’offrir aux clients de certains entrepôts la possibilité d’un délai de paiement additionnel de 60 jours (au-delà de ce test initial, le service pourra aller jusqu’à 90 jours). La nouvelle solution de paiement différé « BtoB » ou interentreprises, « simple, rapide et digitale » selon Finexkap, n’en a pas moins un prix, non négligeable : le différé de paiement coûtera à son bénéficiaire au moins 0,04 %… par jour, soit l’équivalent d’un TEG ou taux effectif global, annualisé donc, voisin de 15 %.
Production. Air Liquide et l’Unédic ont confié des émission de titres de dette court terme (NEU CP) à Onbrane. Cette plate-forme technologique a permis la négociation par voie digitale de transactions de gré à gré jusqu’ici nouées au téléphone et enregistrées de façon manuelle. Natixis et Otcex étaient contreparties des opérations et Euroclear, dépositaire central, est également connecté à l’outil. De quoi accélérer les opérations, pour ces émissions à court terme, tout en enchaînant de façon fluide les étapes d’enregistrement dans des conditions de sécurité élevées. Onbrane a été fondée en 2017 par Pascal Lauffer, ex-directeur informatique chez Société Générale CIB, Fimat et Nyse.
A Touvre, en Charente bien sûr, l’atelier de production des charentaises Tcha est en sommeil. Le chausseur est, selon son président Jean-Luc Bouriau, « en quête d’un second souffle après avoir été lâché à contrecœur par le fonds de co-investissement privé-public de la région Poitou-Charentes ». Région absorbée par la Nouvelle-Aquitaine. Le fonds précédemment géré à Poitiers l’est désormais à Bordeaux, où la charentaise semble moins en vogue. « Nous avons, plaide Jean-Luc Bouriau, besoin dans un premier temps de 150.000 euros, apportés par un fonds, un groupe de la mode ou un nouvel associé, afin de faire vivre notre savoir-faire. » Savoir-faire basé sur la technique du cousu-retourné pour un chausson haut de gamme, pas à la portée de tous les pieds.
Accompagnement. Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels lance « PACT », un prêt à impact dédié aux PME et aux ETI engagées ou souhaitant s’engager dans une démarche RSE. Les prêts sont accessibles dès 3 millions d’euros sur une durée comprise entre 5 et 15 ans, et font l’objet d’une bonification pouvant atteindre jusqu’à 20 % d’économie sur les frais financiers. L’agence de notation EthiFinance mesurera les progrès annuels des PME, qui feront l’objet d’un rapport remis aux clients. Ces derniers bénéficieront également d’une formation sur le sujet. L’entreprise de construction Charier inaugurera le dispositif. Pour Bertrand Blanpain (photo), président du directoire de la banque, « ce nouveau dispositif PACT s’inscrit dans une mutation profonde de la banque en faveur de l’accompagnement des transitions ».
Durable. Utilisé par certains grands groupes industriels (Fromageries Bel, EDF...), le financement responsable consiste à indexer le coût du crédit à sa politique ESG (environnement, social et gouvernance) : le respect de critères préalablement contratualisés permettant d’en minorer le taux. Pour la première fois, un gestionnaire d’actifs américain s’essaie à ce crédit d’un genre nouveau. Neuberger Berman vient de décider de lier une ligne de financement de 175 millions de dollars (échéance 4 février 2025) à différents objectifs dits responsables. La société s’engage notamment à rester une entreprise indépendante détenue par ses salariés, à développer l’actionnariat salarié sans concentration autour d’un actionnaire unique ; le gestionnaire promet également d’augmenter la diversité sur les postes seniors (vice presidents et au-delà), ou encore de diffuser plus largement ses investissements en actions sur lesquels un engagement fort est déployé. La banque Mitsubishi UFJ Financial Group est chef de file de l’opération.