Ce mot d’ordre plutôt maladroit ne vient pas, aujourd’hui, de soixante-huitards nostalgiques mais… des tenants de la titrisation, de l’affacturage et autres spécialistes de la cession de créances. Voilà quatre fois déjà que le gouvernement tente de rectifier une erreur qu’il a commise en avril 2019 en modifiant le Code de commerce. Il avait alors interdit les clauses qui interdisent la cession de créances commerciales : de quoi fragiliser tous les crédits sécurisés par des créances, à commencer par l’affacturage – 170 milliards de créances prises en charge à fin juin 2019 –, la cession Dailly de créances professionnelles, la pension livrée… Evidemment, cela a moins de panache que la banque d’affaires mais la France y déploie une forte expertise. Les professionnels devraient avoir bientôt gain de cause sur le rétablissement de l’interdiction d’interdire : un projet de loi sur le sujet a été enregistré au Sénat pour faire l’objet d’une procédure accélérée.
Prêts. La Banque européenne d’investissement (BEI) a accordé près de 8,5 milliards d’euros de financements à la France en 2019, contre 7,2 en 2018. Sur ce montant, 6,9 milliards ont été déployés par la BEI et 1,6 milliard par le Fonds européen d’investissement, sa filiale dédiée au PME. Les financements au titre du plan Juncker ont représenté 2,5 milliards. 47 % des prêts de la BEI ont été alloués à la lutte contre le changement climatique et 28 % à l’innovation. A titre d’exemple, la BEI a prêté 130 millions à Derichebourg pour la modernisation de ses centres de tri et sa R&D, 30 millions à Grenoble pour la rénovation de son réseau de chaleur, ou encore 22,5 millions et 20 millions respectivement au medtech Mauna Kea et Advicenne pour leurs recherches. La France se situe au troisième rang des pays bénéficiaires de financements de la BEI, derrière l’Espagne et l’Italie.
C’est un peu tard pour la saison en cours, mais le spécialiste de l’estimation immobilière en ligne Meilleurs Agents a chaussé les skis pour dévoiler les prix dans les stations françaises. Sans surprise les Alpes du Nord sont le massif le plus cher, avec un prix moyen de 4.895 euros le m², en hausse de 5,6 % sur un an. Val d’Isère décroche la palme, « avec des prix supérieurs à ceux du 16e arrondissement de Paris », à 11.665 euros contre 11.222. Faute de viser les sommets, direction les Pyrénées, massif le plus abordable à 1.940 euros. Mais c’est à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges que l’emplacement du placard à appareil à raclette coûte le moins cher (1.189 euros le m²). En règle générale, les biens situés à moins de 2 minutes à pied des remontées mécaniques se négocient 12,5 % plus cher que ceux éloignés de 15 à 20 minutes. Quand on aime…
Les banques se plaignent souvent d’être critiquées injustement, mal traitées et mal comprises des pouvoirs et du public. Force est de constater qu’elles pourraient s’y prendre mieux pour paraître exemplaires, comme en témoigne l’affaire Adam Farkas : l’ex-directeur exécutif de l’EBA (Autorité bancaire européenne) va aller travailler sans délai pour l’AFME (Association européenne pour les marchés financiers), lobby bancaire, malgré le tollé déclenché par ce transfert qui prête le flanc au conflit d’intérêts. Ce qui n’a pas empêché l’EBA de vouloir remplacer Adam Farkas par l’Irlandais Gerry Cross, issu de la Banque centrale irlandaise mais ayant travaillé entre 2011 et 2015 comme directeur exécutif de l’AFME ! Le Parlement européen a refusé en commission ce candidat, alors même que les délais d’un poste à l’autre semblent acceptables. Cette opposition est un peu compréhensible.
Louis Vuitton a profité de la rencontre délocalisée à Paris entre les jetlagués Cerfs de Milwaukee et Frelons de Charlotte pour dévoiler un « partenariat mondial » avec la NBA. Car le malletier et la ligue professionnelle américaine de basketball « sont tous deux des icônes et des leaders dans leurs domaines respectifs ». Symbole de cette nouvelle collaboration dans le sport pour la filiale de LVMH, une malle créée tout spécialement pour le transport et la présentation du trophée Larry O’Brien brandi par les vainqueurs du championnat (photo). Louis Vuitton promet en outre la création de collections dites « capsules », à savoir éphémères et en édition limitée. Avec un sac Keepall hommage à Kobe Bryant ?
Braquage, une association vouée à la connaissance du cinéma expérimental, organise le 6 février prochain une projection nocturne sur les représentations de l’argent dans le cinéma. L’événement se tiendra à Citéco, la cité de l’économie sise dans le 17e arrondissement de Paris à l’hôtel Gaillard appartenant à la Banque de France et dont la rénovation a coûté 100 millions d’euros. Un débat aura lieu ensuite avec l’acteur et réalisateur Arnaud Viard. L’idée : « questionner le pouvoir de l’argent au cinéma et pour le cinéma : un rôle tout à la fois corrosif, néfaste, fascinant ». Intéressant ! En 2018, le chiffre d’affaires du cinéma en France a dépassé les 1,33 milliard d’euros pour 201 millions d’entrées, selon le Centre national du cinéma. Et 237 films d’initiative française ont été produits pour un montant de 1,12 milliard d’euros. La France est ainsi le premier marché du cinéma en Europe. Néfaste, en effet.
Européen. Un geste symbolique pour la Place de Paris à quelques jours de la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union. Total va, au dire de son PDG Patrick Pouyanné à l’occasion de la conférence annuelle d’Euronext, relocaliser à Paris la gestion de sa trésorerie centrale, partie à Londres en 2013. Un mouvement qui avait alors « défrayé la chronique », de l’aveu du dirigeant. Le Brexit et les coûts expliquent ce retour aux sources, qui concerne 60 à 70 personnes, dans la gestion elle-même de la trésorerie et les services informatiques associés. Total montre ainsi, selon son patron sur Twitter, que la Place de Paris « est au cœur du système économique et financier européen ».
Discernement. Après un record de 29 milliards d’euros d’émissions en 2019 pour 160 opérations selon Scope Ratings, l’agence mise sur un assagissement cette année du marché du Schuldschein entre 20 et 25 milliards, sur fond de « plus grand discernement des investisseurs sur la dette émise par des sociétés de secteurs cycliques et sensibles au ralentissement économique mondial ». Ce dernier sera un véritable « test à l’acide » pour le marché, selon l’analyste Sebastian Zank. Il note qu’en 2019, le segment a poursuivi son internationalisation, notamment grâce aux quinze émetteurs français, qui sont devenus en nombre d’opérations les plus actifs après les allemands et les autrichiens.
SURENDETTÉ Le groupe parapétrolier placé en redressement judiciaire en août dernier connaît une faillite record avec 8.200 emplois en jeu. Le tribunal a retenu l’unique offre de reprise émanant de ses banques – BNP Paribas,la Société Générale, Natixis, Crédit mutuel-CIC, le Crédit Lyonnais et le Crédit Agricole – représentant 75 % de la dette de 2,7 milliards d’euros. Les créanciers injecteront 150 millions d’euros de cash et abandonneront 1,5 milliard d’euros de dette, convertis en actions et obligations. En outre, 124 millions d’euros de dette ont été annulés. Les actionnaires historiques sont évincés. Prochaine étape, la restructuration de la dette de 1 milliard d’euros de Jaccar, le holding du fondateur et actionnaire majoritaire, Jacques de Chateauvieux.
Et le Top influenceur sur LinkedIn en France pour 2019 est… (roulement de tambour) à nouveau Michel-Edouard Leclerc. Le grand distributeur (de bonnes leçons) conserve sa couronne, déposée par le réseau social professionnel sur la foi tout d’abord de l’engagement quantitatif généré par ses contributions (volume et propagation des réponses). Vient ensuite la pertinence des contenus partagés jugée par LinkedIn (qualité des conseils, reflet du monde du travail, etc.).
MOROSE Grande ordonnatrice du crédit syndiqué en zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique), la LMA (Loan Market Association) a interrogé en novembre ses 737 membres, dont naturellement banques et cabinets d’avocats, afin de sonder leurs attentes sur le marché pour l’année à venir. Il en ressort notamment un renforcement de la prudence quant à l’évolution du volume sur le marché primaire (voir illustration). Si la part des membres anticipant peu de changement (de -10 % à +10 % tout de même) progresse, c’est surtout au détriment des optimistes (13,8 points de moins visant une hausse du volume supérieure à 10 %) et au bénéfice des pessimistes (9,5 points de plus visant un repli supérieur à 10 %). Une tonalité morose pas si surprenante selon la LMA, étant donné le contexte incertain et des espoirs reposant d’abord sur les refinancements.
LEVIER Les corporates français pourraient bien se retrouver en difficulté avec leur dette, avertit la Banque de France dans une étude portant sur 215 groupes non financiers privés. La hausse du ratio de levier atteint 7,8 % depuis 2013, suite à la diminution du coût de la dette évaluée à 1,2 % sur la période.
ENDETTÉS Alors que le Programme d’action en faveur des pays les moins avancés (PMA) pour la décennie 2011-2020 (Programme d’action d’Istanbul) s’achève, la Cnuced (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) en juge les accomplissements insuffisants. Ainsi les 47 PMA dépendent encore de l’aide publique au développement (APD), dont ils captent 27 % des flux, soit 52 milliards de dollars en 2017. Pour la décennie qui s’achève comme pour la précédente, les pays donateurs du Comité d’aide au développement ont échoué à respecter leurs engagements, qui portaient sur 0,15 % à 0,2 % de leur revenu national brut. Surtout, 60 % de ces fonds est utilisé à des fins sociales ou humanitaires, ce qui est un frein au financement de capacités productives.
NUMÉRIQUE Le réseau des dirigeants financiers publie un nouveau cahier technique sur la transformation digitale des directions financières. Un précédent ouvrage passait en revue l’évolution des métiers financiers de l’entreprise sous l’impact des nouvelles technologies. Ici, il est question de la gestion stratégique des données, pour aider les entreprises à mieux exploiter cette richesse. Le cahier explique comment les entreprises doivent s’organiser en amont, définir des outils et une gouvernance appropriés. Il convient aussi de déterminer les données utiles, leurs traitements et leur archivage et les auteurs présentent les principaux outils existants pour ce faire. De quoi justifier la mise en place d’un projet bien organisé.
DÉLAI Acteur mondial des paiements, American Express se voit, selon son directeur BtoB France, Laurent Playez, « toujours davantage sollicité par les sociétés pour leur ‘cash management’ ». D’où le lancement en France (comme au Canada et en Allemagne, après les Etats-Unis l’an dernier) de la solution BIIP (Buyer initiated international payments). Elle existait déjà depuis plusieurs années sous format local (en tant que BIP donc) et couvre désormais 80 monnaies. Il s’agit de sécuriser et de fluidifier les paiements internationaux des entreprises, avec une plate-forme en ligne offrant à l’acheteur, contre commission de service, un délai de paiement pouvant aller jusqu’à 58 jours, quand Amex règle immédiatement le fournisseur. Cela avec « une mise en œuvre contractuelle et opérationnelle légère et une totale flexibilité d’utilisation », promet Laurent Playez.