Quand tout va trop vite, il peut être bon de prendre le temps. Deux cents ans au moins en l’occurrence. Etre bicentenaire est en effet la condition première pour devenir membre de l’association les Hénokiens, du nom du patriarche biblique Hénoch. Elle est ouverte aux sociétés familiales toujours détenues en majorité par les descendants du fondateur et dirigée par l’un d’entre eux. Le groupe bancaire suisse Mirabaud, né en 1819, en franchit aujourd’hui la porte, rejoignant les banques Hottinguer (1786), Pictet (1805) ou Lombard Odier (1796) et une cinquantaine d’autres sociétés européennes et japonaises. Autant de groupes déployant bien entendu des stratégies de long terme : « Nos décisions nous engagent pour les générations suivantes ; cette responsabilité constitue la meilleure garantie pour assurer la pérennité de l’entreprise », plaide Nicolas Mirabaud, qui avec Camille Vial (photo) sont deux des quatre associés gérants de Mirabaud et représentants de la septième génération de la famille fondatrice.
C’est la croissance du marché de l’affacturage au premier trimestre 2022 par rapport à la même période l’année dernière, selon l’Association française des sociétés financières (ASF). Les factors ont financé
Tensions. La guerre en Ukraine et les mesures de confinement en Chine renforcent les pressions qui pèsent déjà sur la trésorerie des entreprises, estime Allianz Trade. L’assureur-crédit anticipe dès lors une croissance des défaillances à l’échelle mondiale de 10 % en 2022 et de 14 % en 2023, approchant ainsi leur niveau d’avant-crise sanitaire. En France, le nombre de défaillances devrait augmenter de 15% cette année et de 33 % l’an prochain. Allianz Trade identifie toutefois trois facteurs de résilience. Début 2022, le montant total des liquidités détenues par les entreprises cotées était 30 % supérieur au niveau observé en 2019. Par ailleurs, le nombre d’entreprises « fragiles », c’est-à-dire susceptibles de faire un défaut de paiement lors des quatre prochaines années, est resté limité en Europe, particulièrement en Italie (de 11 % en 2020 à 7 % en 2021) et en France (de 15 % à 12 %). Enfin, les entreprises semblent avoir été en mesure de répercuter les hausses de coûts sur leurs prix de vente.
Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises, expose les actions engagées pour faire du dialogue interentreprises un appui face aux problèmes d’approvisionnement et un atout pour la reprise.
Alternatif. PayPal lance Financement Pro, une offre de financement pour les petites entreprises françaises qui vient en complément de sa plateforme de paiement et de commerce dédiée à cette clientèle. Réservée à ses clients, cette nouvelle offre permet d’obtenir un prêt en quelques minutes, car la décision d’octroi est fondée sur l’historique du compte marchand PayPal, et des remboursements adaptés à l’activité de l’entreprise : sans durée fixe, le remboursement est prélevé automatiquement sur les ventes selon un taux choisi par le marchand (entre 10 % et 30 % par vente). La tarification ne repose pas sur des intérêts mais sur des frais fixes présentés au marchand au moment de la souscription. Cette offre est également disponible aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, en Australie, au Royaume-Uni et en Allemagne. Depuis son lancement en 2013 aux Etats-Unis, Paypal a octroyé 230.000 prêts pour 3,6 milliards de dollars. En Allemagne, où le financement a été lancé en novembre 2018, la première année d’activité a permis de financer 8.000 petites entreprises pour 250 millions d’euros.
Transition. Jusqu’ici, tout va bien. Le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) a « salu[é] la transition en douceur [liée à la disparition] du Libor ». La disgrâce de ce taux interbancaire de référence (interbank offered rate, Ibor) a nécessité un labeur mondial colossal pour lui substituer sans dommages de nouveaux taux sans risque (risk-free rates, RFR). « L’absence de perturbations de marchés majeures témoigne de l’ampleur des efforts des participants de marché et du niveau d’attention des régulateurs et des institutions de place pour soutenir la transition vers les RFR », a indiqué le FSB après que le Libor a perdu, au 1er janvier, son statut de référence. Pour autant, le chantier n’est pas achevé, sur le flux de nouveaux contrats mais surtout sur le stock existant. Le FSB mènera une étude de suivi au second semestre 2022 pour identifier les défis persistants.
C’est la part du chiffre d’affaires que peuvent représenter les prêts Résilience garantis par l’Etat, ces nouveaux PGE montés à la hâte suite à la guerre en Ukraine. Ils visent les entreprises frappées de façon particulière par les conséquences du conflit et peuvent s’ajouter aux PGE déjà en place, portant sur 25 % du chiffre d’affaires maximum. L’Etat vient également de prolonger jusqu’à fin 2023 l’octroi des prêts participatifs Relance (PPR) et des obligations Relance (OR) dont le démarrage a été ralenti par l’abondance de liquidités disponibles via les PGE.
Small is beautiful. Le respect des délais de paiement reste inversement proportionnel à la taille du payeur. Et la tendance s’est aggravée en 2021, comme le pointe Altares : alors que le délai moyen perdait 0,4 jour à 12,5 pour l’ensemble des entreprises françaises, il gagnait 0,3 jour à 17,4 pour celles de 1.000 salariés et plus et perdait 0,4 jour à 12,4 pour celles de moins de 50 salariés. Soit un écart de 5 jours l’an dernier entre ces deux catégories. Sous les angles sectoriel et régional, la construction et la Bretagne (voir l’illustration) décrochent les palmes des meilleurs payeurs, les bonnets d’âne étant coiffés par la restauration et l’Ile-de-France. S’il est impossible de mesurer l’impact du conflit russo-ukrainien en la matière, Thierry Million, directeur des études d’Altares, veut croire qu’à moyen terme, la facturation électroniquea de quoi permettre une diminution, outre des coûts, des délais de paiement.
Le « contexte de dématérialisation accélérée des moyens de paiement » n’a pas échappé à la Monnaie de Paris (photo), qui a vu la commande de l’Etat français pour ses pièces courantes chuter de moitié en dix ans. Celles qui se trouvent encore au fond de nos poches n’ont plus représenté l’an dernier qu’un quart d’un chiffre d’affaires total de 146 millions d’euros de l’institution. Qui ne manque pourtant pas de relais de croissance. Avec les pièces étrangères, les produits d’art, et surtout (près de la moitié des ventes en 2021) les monnaies de collection, pour lesquelles Harry Potter ou Napoléon ont été appelés en renfort. Et l’immobilier, avec la valorisation entérinée du patrimoine foncier du site de Pessac « permettant de générer des revenus locatifs réguliers ». Un nouveau pan d’activité permis par une loi de février 2022 élargissant l’objet social de l’institution.
Tricolore. Dans une note publiée mi-mars, Fitch Ratings pointe que peu de sociétés notées de la zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique) sont pour l’instant directement pénalisées par le conflit russo-ukrainien. Le « pour l’instant » est d’importance, l’agence réévalue bien entendu le risque en continu. Mi-mars donc, Fitch précise avoir identifié « moins de dix » sociétés parmi celles publiquement notées de la zone ayant plus du quart de leurs ventes, de leurs résultats ou de leur cash-flow opérationnel issus de Russie. L’agence indique avoir lancé des actions négatives de notation sur un périmètre restreint de quatre utilities (sociétés de service public) et deux groupes de biens de consommation. Les effets à court terme s’expriment particulièrement par le biais de perturbations sur la chaîne d’approvisionnement. « En dehors de ces entités, l’impact [du conflit] sur la notation reste limité », explique l’agence. Limité, pour l’instant, donc.
Pour éviter d’ignorer les situations de fragilité passagère, l’Etat propose aux plus petites entreprises d’allonger la durée de remboursement des prêts.
International. L’affacturage affiche pour 2021 un nouveau record après celui de 2019, avec une production des membres de l’Association française des sociétés financières (ASF) de 364,9 milliards d’euros (+12,8 % et +4,3 % par rapport à 2020 et 2019). Philippe Mutin, président de la commission affacturage de l’ASF, évoque un début d’année 2022 en trombe et ne doute pas que « l’affacturage continuera d’être porté par son caractère sécurisant dans un contexte de remboursement du PGE (prêt garanti par l’Etat, NDLR) et de fortes tensions économiques ». Le record est atteint grâce au dynamisme confirmé de l’activité à l’international, qui a progressé l’an passé de 22,4 % à 128,5 milliards d’euros pour représenter plus de 35 % du chiffre d’affaires des factors. Dans ce contexte, le dispositif de financement dès la prise de commande affiche, après dix-huit mois à fin octobre, un montant cumulé de lignes de financement de 104 millions d’euros. Un bilan « modeste en termes d’encours, ce dispositif n’arrivant qu’en complément du PGE », pointe Philippe Mutin. Qui estime qu’en dépit de l’arrêt de la garantie de l’Etat à fin 2021, « la plupart des factors vont conserver ce produit au catalogue ».
Usine à gaz. Un rapport remis début mars à Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat à l’Economie sociale et solidaire, explique les raisons de l’échec des contrats à impact. Ces financements sont dédiés à des projets d’intérêt général intégrant les pouvoirs publics, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, ceux de la transition énergétique ainsi que d’autres acteurs publics ou privés. Objectif : soutenir les innovations sociales et environnementales et mesurer leur véritable impact. Instauré en 2016, le contrat à impact n’aura abouti qu’à une douzaine de projets soutenus par un poignée d’acteurs historiques, pour un encours total de moins de 20 millions d’euros. Trop complexe et peu rémunérateur, le contrat à impact ne séduit pas, même si 15 nouveaux projets ont été sélectionnés depuis deux ans pour un montant de 46,5 millions d’euros en cours de structuration. Le rapport formule cinq propositions pour relancer le dispositif : simplification, clarification, explication et surtout sélection de projets plus risqués et à plus fort potentiel de transformation.
Une histoire d’amour, d’amour vrai. Amore Vero, tel est le nom de ce modeste yacht de 88 mètres, construit en 2013, dérangé dans son sommeil dans la nuit du 2 au 3 mars par des agents de l’administration des douanes françaises. Il se trouvait depuis deux mois au chantier naval de La Ciotat pour réparation et devait y demeurer jusqu’au 1er avril. Figurez-vous qu’à l’irruption de la douane, « le navire prenait des dispositions pour appareiller dans l’urgence », nous apprend un communiqué du ministère des Finances dédié à l’affaire. Le yacht a été saisi, sur fond de sanctions envers son propriétaire, qui n’est autre qu’Igor Setchine, dirigeant du géant pétrolier russe Rosneft. Le ministère ne précise pas si l’embarcation pourrait rejoindre la fameuse flotte de navettes fluviales de Bercy. Vu le prix du carburant…
Stellantis va-t-il être le groupe moteur pour faire avancer le S de l’ESG (critères environnemental, social et de gouvernance) ? Issu de la fusion entre Peugeot et Fiat, le groupe vient d’annoncer dans un communiqué ad hoc qu’il redistribuerait cette année à ses salariés un montant de 1,9 milliard d’euros, soit une somme en progression de 70 % par rapport à l’effort consenti l’an dernier par les groupes dont Stellantis est né. De quoi faire bénéficier ses employés d’excellents résultats 2021, avec une hausse du chiffre d’affaires de 14 % et un quasi-triplement du bénéfice net à 13,4 milliards d’euros. Le dirigeant, Carlos Tavares, salue les efforts de tous sans omettre les difficultés qu’il leur a fallu surmonter, comme la pandémie, la pénurie de semi-conducteurs… Si le secteur automobile fait résonner la corde sensible du social, c’est vraiment signe d’un virage !