C’est la part du chiffre d’affaires que peuvent représenter les prêts Résilience garantis par l’Etat, ces nouveaux PGE montés à la hâte suite à la guerre en Ukraine. Ils visent les entreprises frappées de façon particulière par les conséquences du conflit et peuvent s’ajouter aux PGE déjà en place, portant sur 25 % du chiffre d’affaires maximum. L’Etat vient également de prolonger jusqu’à fin 2023 l’octroi des prêts participatifs Relance (PPR) et des obligations Relance (OR) dont le démarrage a été ralenti par l’abondance de liquidités disponibles via les PGE.
Transition. Jusqu’ici, tout va bien. Le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) a « salu[é] la transition en douceur [liée à la disparition] du Libor ». La disgrâce de ce taux interbancaire de référence (interbank offered rate, Ibor) a nécessité un labeur mondial colossal pour lui substituer sans dommages de nouveaux taux sans risque (risk-free rates, RFR). « L’absence de perturbations de marchés majeures témoigne de l’ampleur des efforts des participants de marché et du niveau d’attention des régulateurs et des institutions de place pour soutenir la transition vers les RFR », a indiqué le FSB après que le Libor a perdu, au 1er janvier, son statut de référence. Pour autant, le chantier n’est pas achevé, sur le flux de nouveaux contrats mais surtout sur le stock existant. Le FSB mènera une étude de suivi au second semestre 2022 pour identifier les défis persistants.
Small is beautiful. Le respect des délais de paiement reste inversement proportionnel à la taille du payeur. Et la tendance s’est aggravée en 2021, comme le pointe Altares : alors que le délai moyen perdait 0,4 jour à 12,5 pour l’ensemble des entreprises françaises, il gagnait 0,3 jour à 17,4 pour celles de 1.000 salariés et plus et perdait 0,4 jour à 12,4 pour celles de moins de 50 salariés. Soit un écart de 5 jours l’an dernier entre ces deux catégories. Sous les angles sectoriel et régional, la construction et la Bretagne (voir l’illustration) décrochent les palmes des meilleurs payeurs, les bonnets d’âne étant coiffés par la restauration et l’Ile-de-France. S’il est impossible de mesurer l’impact du conflit russo-ukrainien en la matière, Thierry Million, directeur des études d’Altares, veut croire qu’à moyen terme, la facturation électroniquea de quoi permettre une diminution, outre des coûts, des délais de paiement.
Le « contexte de dématérialisation accélérée des moyens de paiement » n’a pas échappé à la Monnaie de Paris (photo), qui a vu la commande de l’Etat français pour ses pièces courantes chuter de moitié en dix ans. Celles qui se trouvent encore au fond de nos poches n’ont plus représenté l’an dernier qu’un quart d’un chiffre d’affaires total de 146 millions d’euros de l’institution. Qui ne manque pourtant pas de relais de croissance. Avec les pièces étrangères, les produits d’art, et surtout (près de la moitié des ventes en 2021) les monnaies de collection, pour lesquelles Harry Potter ou Napoléon ont été appelés en renfort. Et l’immobilier, avec la valorisation entérinée du patrimoine foncier du site de Pessac « permettant de générer des revenus locatifs réguliers ». Un nouveau pan d’activité permis par une loi de février 2022 élargissant l’objet social de l’institution.
Tricolore. Dans une note publiée mi-mars, Fitch Ratings pointe que peu de sociétés notées de la zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique) sont pour l’instant directement pénalisées par le conflit russo-ukrainien. Le « pour l’instant » est d’importance, l’agence réévalue bien entendu le risque en continu. Mi-mars donc, Fitch précise avoir identifié « moins de dix » sociétés parmi celles publiquement notées de la zone ayant plus du quart de leurs ventes, de leurs résultats ou de leur cash-flow opérationnel issus de Russie. L’agence indique avoir lancé des actions négatives de notation sur un périmètre restreint de quatre utilities (sociétés de service public) et deux groupes de biens de consommation. Les effets à court terme s’expriment particulièrement par le biais de perturbations sur la chaîne d’approvisionnement. « En dehors de ces entités, l’impact [du conflit] sur la notation reste limité », explique l’agence. Limité, pour l’instant, donc.
Pour éviter d’ignorer les situations de fragilité passagère, l’Etat propose aux plus petites entreprises d’allonger la durée de remboursement des prêts.
International. L’affacturage affiche pour 2021 un nouveau record après celui de 2019, avec une production des membres de l’Association française des sociétés financières (ASF) de 364,9 milliards d’euros (+12,8 % et +4,3 % par rapport à 2020 et 2019). Philippe Mutin, président de la commission affacturage de l’ASF, évoque un début d’année 2022 en trombe et ne doute pas que « l’affacturage continuera d’être porté par son caractère sécurisant dans un contexte de remboursement du PGE (prêt garanti par l’Etat, NDLR) et de fortes tensions économiques ». Le record est atteint grâce au dynamisme confirmé de l’activité à l’international, qui a progressé l’an passé de 22,4 % à 128,5 milliards d’euros pour représenter plus de 35 % du chiffre d’affaires des factors. Dans ce contexte, le dispositif de financement dès la prise de commande affiche, après dix-huit mois à fin octobre, un montant cumulé de lignes de financement de 104 millions d’euros. Un bilan « modeste en termes d’encours, ce dispositif n’arrivant qu’en complément du PGE », pointe Philippe Mutin. Qui estime qu’en dépit de l’arrêt de la garantie de l’Etat à fin 2021, « la plupart des factors vont conserver ce produit au catalogue ».
Une histoire d’amour, d’amour vrai. Amore Vero, tel est le nom de ce modeste yacht de 88 mètres, construit en 2013, dérangé dans son sommeil dans la nuit du 2 au 3 mars par des agents de l’administration des douanes françaises. Il se trouvait depuis deux mois au chantier naval de La Ciotat pour réparation et devait y demeurer jusqu’au 1er avril. Figurez-vous qu’à l’irruption de la douane, « le navire prenait des dispositions pour appareiller dans l’urgence », nous apprend un communiqué du ministère des Finances dédié à l’affaire. Le yacht a été saisi, sur fond de sanctions envers son propriétaire, qui n’est autre qu’Igor Setchine, dirigeant du géant pétrolier russe Rosneft. Le ministère ne précise pas si l’embarcation pourrait rejoindre la fameuse flotte de navettes fluviales de Bercy. Vu le prix du carburant…
Usine à gaz. Un rapport remis début mars à Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat à l’Economie sociale et solidaire, explique les raisons de l’échec des contrats à impact. Ces financements sont dédiés à des projets d’intérêt général intégrant les pouvoirs publics, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, ceux de la transition énergétique ainsi que d’autres acteurs publics ou privés. Objectif : soutenir les innovations sociales et environnementales et mesurer leur véritable impact. Instauré en 2016, le contrat à impact n’aura abouti qu’à une douzaine de projets soutenus par un poignée d’acteurs historiques, pour un encours total de moins de 20 millions d’euros. Trop complexe et peu rémunérateur, le contrat à impact ne séduit pas, même si 15 nouveaux projets ont été sélectionnés depuis deux ans pour un montant de 46,5 millions d’euros en cours de structuration. Le rapport formule cinq propositions pour relancer le dispositif : simplification, clarification, explication et surtout sélection de projets plus risqués et à plus fort potentiel de transformation.
Stellantis va-t-il être le groupe moteur pour faire avancer le S de l’ESG (critères environnemental, social et de gouvernance) ? Issu de la fusion entre Peugeot et Fiat, le groupe vient d’annoncer dans un communiqué ad hoc qu’il redistribuerait cette année à ses salariés un montant de 1,9 milliard d’euros, soit une somme en progression de 70 % par rapport à l’effort consenti l’an dernier par les groupes dont Stellantis est né. De quoi faire bénéficier ses employés d’excellents résultats 2021, avec une hausse du chiffre d’affaires de 14 % et un quasi-triplement du bénéfice net à 13,4 milliards d’euros. Le dirigeant, Carlos Tavares, salue les efforts de tous sans omettre les difficultés qu’il leur a fallu surmonter, comme la pandémie, la pénurie de semi-conducteurs… Si le secteur automobile fait résonner la corde sensible du social, c’est vraiment signe d’un virage !
L’avis d’expert de François Lavier, CFA responsable des stratégies de dettes financières subordonnées, Alexis Lautrette et Sergio Gallo, analystes-gestionnaires, Lazard Frères Gestion
Soutenu. Le marché du Schuldschein a accéléré en fin d’année dernière. Selon Sebastian Zank, responsable adjoint de la notation corporate chez Scope Ratings, les volumes de ce segment de placement privé ont progressé de 6 % en 2021 à 20,6 milliards d’euros, dont plus du tiers (7,6 milliards) pour le seul quatrième trimestre. L’analyste note un regain d’internationalisation, avec 40 % des nouveaux émetteurs hors d’Allemagne. Il pointe en outre l’enracinement de l’ESG (environnement, social, gouvernance), « toujours en avance par rapport à l’ensemble du marché de la dette corporate ». Mais il se désole de l’étroitesse des récompenses ou pénalités sur la marge en fonction du respect des objectifs ESG, le plus souvent limitées à 2,5 ou 5 points de base. Le retour sur le marché de secteurs cycliques, les besoins de refinancement ou le moindre appétit de la Banque centrale européenne pour la dette publique sont autant de facteurs de soutien pour 2022, le volume de Schuldschein pouvant, selon Scope, se situer entre 20 et 25 milliards d’euros.
Sommet. Cheville ouvrière du plan France Relance et de France 2030, la banque publique a injecté 50 milliards d’euros de fonds en 2021 dans les entreprises françaises, en crédit, capital ou garanties. Ce montant est en augmentation par rapport au record de 45 milliards en 2020. Les volumes mobilisés n’empêchent pas les interventions ciblées : Bpifrance souligne avoir mis en place l’an dernier des prêts d’honneur Création-Reprise et Renfort distribués à 8.000 créateurs pour 51 millions d’euros. La relance passe aussi par des prêts Vert, lancés en 2020 et déployés l’an dernier à hauteur de 1 milliard d’euros. En outre, les prêts Croissance Relance ont atteint 430 millions d’euros, pour les projets d’investissement structurants des TPE, PME et ETI. La banque publique œuvre à la transformation de l’économie notamment via la mise en place du Programme d’investissements d’avenir et à travers des plans sectoriels, sur l’industrie, le climat, la deeptech et le secteur culturel.
Les délais de paiement entre les entreprises ressemblent à une guerre d’usure. Côté positif, le comité de crise créé sur le sujet dès l’éclatement de la crise, en mars 2020, est considéré comme « efficace » par Bruno Le Maire (photo). Le ministre de l’Economie vient même d’étendre son mandat à la surveillance des difficultés d’approvisionnement des entreprises ! Pas de quoi être tout à fait tranquille toutefois, d’après le bulletin que vient de publier la Banque de France qui parle de « dérives » dans certains retards de paiement : les grandes entreprises avaient dégradé de 2,4 jours en moyenne le délai de leurs paiements aux fournisseurs en 2020. Cette évolution n’a fait qu’aggraver des comportements déjà fâcheux parmi nos fleurons, avec près de 60 % des grandes entreprises payant avec retard leurs fournisseurs, contre moins de la moitié de retardataires parmi les ETI et le quart chez les PME. On évalue à 12 milliards d’euros le coût en trésorerie pour ces dernières... Nouvelle mesure envisagée par la Banque de France pour remédier à ce problème ancien : le respect des délais de paiement constituera à compter de 2022 un élément de sa cotation du risque de crédit des grandes entreprises et des ETI, de façon à corriger l’appréciation de la situation de trésorerie si elle résulte de mauvais comportements de paiement. Tout aura été essayé...