Ce n’est pas la première fois mais Paul-Henri de La Porte du Theil ne compte pas pour autant lâcher prise. A l’occasion d’un point de presse le 11 février, le président de l’AFG a tiré à boulets rouges sur le projet de TTF «européenne», relancé en début d’année dans une version proche de celle que la Commission européenne avait proposée en février 2013. «Ce projet serait catastrophique pour la gestion française. C’est un projet injuste et c’est un projet inefficient dont la rentabilité sera très faible. Compte tenu de l’adaptation permanente des acteurs au nouvel environnement, l’assiette qui a servi de base aux estimations va disparaître. Ce n’est pas du French bashing (ndrl : des paroles), c’est du French harming (des actes)», a lancé Paul-Henri de La Porte du Theil.L’association professionnelle souligne en particulier que la taxation éventuelle des souscriptions ou des rachats d’OPC, qui serait contraire au principe selon lequel les opérations sur le marché primaire doivent être exonérées créerait au détriment des fonds de droit français une iniquité concurrentielle qui conduirait à terme rapproché à leur quasi-disparition. En outre, la taxation éventuelle des transactions sur obligations et titres de créances négociables réduirait drastiquement le rendement des fonds obligataires et monétaires, les rendant non compétitifs. «La sagesse commande donc que les travaux européens en cours permettent de converger vers un texte proche des taxes française ou britannique», estime l’AFG. Sur le chapitre du financement de l'économie, l’AFG souligne qu’il faut encadrer le développement des nouveaux modes de financement dans un contexte où les banques seront moins présentes. Les gestions françaises jouent d’ores et déjà un rôle essentiel dans le financement de l’économie, détenant dans leurs portefeuilles près de 1400 milliards d’euros en titres d’entreprises et près de 750 milliards d’euros en titres publics. Une étude récente du service Economie – Recherche de l’AFG fait ressortir deux biais d’investissement positifs qui contribuent fortement au financement stable des émetteurs français. Tout d’abord, un « biais domestique d’allocation » : près de la moitié des encours actions et environ 40 % du portefeuille obligataire sont au bénéfice d’émetteurs français. Il en résulte des taux de détention très significatifs (de 20 à 40%) du stock des titres émis en France. Par ailleurs, un « biais domestique de maturité longue » : il favorise le financement stable des émetteurs obligataires français. Cet apport de l’industrie de la gestion au financement de l’économie s’exerce aussi de façon croissante sur des classes d’actifs non cotés : capital investissement via les FCPR/FCPI/FIP, immobilier via les OPCI, et, de façon plus innovante, infrastructures, ISR, obligations « vertes » , titrisation, dette privée… Les commissions et groupes de travail de l’AFG s’attachent à assurer un développement encadré de ces nouvelles façons de financer l’économie, qui pourront à l’avenir pour certaines d’entre elles s’insérer dans le cadre des Eltifs (fonds européens d’investissement de long terme) récemment créés par les instances européennes. Paul-Henri de La Porte du Theil a par ailleurs déploré que les lois de finances de fin 2014 n’ont porté aucune avancée en matière de placements longs en actions, alors même que notre économie doit se doter des leviers permettant de mobiliser l'épargne des particuliers au service de la croissance et de l’emploi. Il faut en effet que le financement des entreprises puisse continuer à être pleinement assuré au cours des prochaines années malgré la diminution des réserves des caisses de retraites affectées par l'évolution démographique et les contraintes accrues pesant sur les banques et les sociétés d’assurance en matière de liquidité et de solvabilité. L’AFG va donc accentuer encore au cours des prochains mois son action pour que la fiscalité devienne véritablement incitatrice aux placements finançant l'économie. Trois axes devraient être privilégiés. Premièrement, les placements en titres d’entreprises doivent bénéficier de la «clause de l'épargne la plus favorisée», au contraire de ce qui est aujourd’hui le cas. Deuxièmement, les initiatives en faveur du capital investissement doivent être pérennisées et les règles s’appliquant aux FCPR/FCPI et FIP simplifiées. Troisièmement, le PERP devrait être élargi au-delà de son option assurancielle, comme l’AFG l’a déjà proposé à plusieurs reprises. Cela dit, l’association professionnelle a salué un certain nombre de mesures bienvenues dans la loi Macron. L’Assemblée Nationale a adopté plusieurs propositions du rapport du Copiesas, auquel a participé activement l’AFG, avec le triple objectif d’élargir à tous l’épargne salariale, de simplifier les dispositifs et de davantage orienter l’épargne vers les entreprises. Parmi la dizaine de mesures adoptées, l’AFG relève notamment la baisse du forfait social de 20 à 8% pour les petites entreprises, le fléchage par défaut vers la gestion pilotée pour les PERCO, la plus grande flexibilité d’alimentation des PERCO par l’employeur et le rapprochement des modalités de versement de la participation et de l’intéressement. La baisse du forfait social de 20 à 16% pour les PERCO investis pour partie en titres de PME va également dans le bon sens. «Ces mesures, si elles sont définitivement adoptées par le parlement, renforceront l’épargne salariale en réaffirmant son rôle de financement à long terme de l’économie et en rendant encore plus efficace la gestion de l’épargne des salariés», conclut l’AFG.