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Financement de l’innovation : une urgence pour l’autonomie stratégique et la compétitivité de notre continent
Dorval Asset Management publie un livre blanc intitulé : « Autonomie stratégique européenne : le défi du financement de l’innovation », à consulter ici. Cet article est l’éditorial de ce livre blanc. Vous pouvez aussi consulter le dossier dédié à ce livre blanc sur agefi.fr ici
Dans un monde où l’innovation dicte et dictera de plus en plus les rapports de force géopolitiques, l’Europe se trouve à un tournant décisif. Le risque d’un décrochage rapide et massif se renforce chaque jour un peu plus. Il y a urgence à agir et à activer les leviers dont nous disposons. La mobilisation de l'épargne des Européens, qui représente un gisement massif de près de 40 000 milliards d’euros, s’impose comme une priorité pour éviter le scénario d’une emprise extérieure excessive et délétère.
L’Europe à un tournant : innover ou décrocher
L’accélération technologique actuelle ne laisse pas de place aux tergiversations. Les cycles d’innovation se sont considérablement raccourcis : là où des décennies étaient nécessaires pour qu’une technologie transforme un secteur, désormais seules quelques années suffisent, parfois moins. Et le processus de destruction créatrice schumpétérienne que porte en elle l’innovation amplifie le risque de déclassement et son ampleur : les innovations venues d’ailleurs sont capables de balayer des pans entiers de secteurs qui font aujourd’hui notre prospérité, nos emplois, nos recettes fiscales.
Ces réalités imposent aux écosystèmes européens de repenser fondamentalement leur approche du financement de l’innovation, qu’elle concerne l’IA, les sciences de la vie, l’industrie, l'énergie, la défense, le spatial, ou les technologies quantiques. L’Union des marchés de capitaux constitue le socle indispensable de cette ambition. Elle est au cœur de toutes les feuilles de route européennes, mais peine toujours à se concrétiser. Mais la résignation n’est pas une option. L’histoire récente a montré que c’est dans les crises (dette souveraine des pays du Sud, Covid-19), quand l’Europe est acculée, que son intégration s’accélère. Le risque de décrochage, qui prend de l’ampleur, est un de ces moments critiques.
Organiser un véritable continuum de financement
Il convient en priorité d’organiser un véritable continuum de financement, fluide et lisible, de l’idée à la cotation. Tout commence à l’université et dans les centres de recherche, où l’Europe dispose d’un vivier solide de talents, de laboratoires et de publications de premier plan. Le point de fragilité n’est pas la qualité de la recherche, mais le transfert : la capacité à transformer des résultats scientifiques en projets d’entreprise, produits, services, emplois. Trop d’innovations restent encore au stade académique faute de relais structurés, d'équipes dédiées et de capital adapté.
Vient ensuite l’amorçage, avec le capital-risque early stage, qui reste en Europe d’une profondeur limitée, par rapport aux États-Unis en particulier. Puis arrivent les tours de financement plus importants, où de nombreuses entreprises européennes vont chercher des capitaux outre-Atlantique, faute de fonds de croissance locaux suffisamment puissants pour les accompagner dans la durée.
Et au bout de cette chaîne de financement, il nous faut des marchés boursiers européens actifs, attractifs et liquides. Sans marchés cotés capables d’accueillir introductions en bourse et augmentations de capital, l'écosystème reste incomplet : les investisseurs en capital-innovation disposent de moins de possibilités de sortie et donc de réallocation vers de nouveaux projets, les entreprises en croissance de moins de financements de long terme, et l'épargne des particuliers de moins d’accès aux futurs champions.
Une épargne qui finance notre présent mais pas assez notre avenir
Des marchés cotés actifs et correctement valorisés permettent aussi aux multinationales européennes de structurer et d’animer de véritables écosystèmes européens d’innovation qu’elles font rayonner dans le monde entier. On touche là un paradoxe troublant. L’Europe est l’une des régions qui épargne le plus au monde. Si cette épargne est, pour l’essentiel, orientée vers des placements très prudents — liquidités, immobilier domestique, dette publique — et finance notre présent voire parfois notre passé, elle finance peu notre avenir.
Car lorsque les épargnants et investisseurs européens acceptent de prendre du risque, une partie significative de cet effort est aspirée par les marchés américains : grandes valeurs technologiques, fonds de private equity et de venture américains, véhicules non cotés emblématiques. En d’autres termes, l'épargne européenne se met largement au service de l’hégémonie technologique des États-Unis pour financer des innovations qui renforceront demain notre dépendance, au lieu de soutenir notre propre souveraineté.
Avec notre épargne et notre force d’innovation, reprenons notre destin en main !
Cette situation n’est pas une fatalité. De plus en plus de citoyens européens, dans un contexte géopolitique incertain et fragmenté, expriment le souhait que leur épargne soit utile à notre autonomie stratégique. L’enjeu pour nous, gérants d’actifs, est donc de canaliser cette épargne en recherche de sens vers des produits simples, transparents, avec une gestion activement tournée vers cet objectif : bâtir le futur d’une Europe qui reste autonome, sûre, et libre de ses choix.
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