L’offre d’ETF en marque blanche bouillonne

Plusieurs grands gérants passifs, banques d’investissement et « fund hosters » spécialisés proposent des offres d’« ETF-as-a-service » pour accompagner les premiers pas des gérants actifs dans l’univers des fonds cotés. Tous ne réussissent pas.
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Amundi a récemment lancé son activité d'« ETF-as-a-service ».  -  REA

L’année 2025 aura été un millésime phare pour le marché naissant des fonds cotés (ETF) gérés activement. L’Europe compte désormais plus de 500 ETF actifs pour un encours qui approche les 100 milliards de dollars, contre 278 véhicules et moitié moins d’actifs sous gestion fin 2024, selon Trackinsight. Un grand nombre de ces ETF actifs ont été lancés par des spécialistes de la gestion traditionnelle qui n’avaient jusque-là aucune expérience en matière de fonds cotés, à l’image de M&G, Ofi Invest, Oddo BHF AM, Schroders, Jupiter ou encore Eurizon. Autant d’acteurs qui se laissent tenter par les atouts de l’enveloppe ETF : liquidité, transparence du portefeuille, souscription à valeur liquidative connue, référencement sur les plateformes digitales… « Il n’y a pas un asset manager qui ne réfléchit pas à une stratégie en matière d’ETF », assure Arnaud Llinas, fondateur du cabinet ETF Strategy. Sauf qu’émettre un ETF est loin d’être simple lorsqu’on ne l’a jamais fait. « Cela implique des compétences nouvelles pour les asset managers traditionnels, qui n’ont par exemple pas l’habitude de dialoguer avec des salles de marché pour la valorisation de leur fonds », confirme Raphaël Cretinon, associé chez Periclès Group.

500 ETF actifs en Europe pour un encours proche de 100 milliards de dollars
Trackinsight

Conscients de l’enjeu, nombre d’acteurs spécialistes des ETF cherchent à se positionner pour accompagner ces nouveaux entrants via des plateformes en marque blanche, dites « ETF as-a-service ». Ils imitent en ce sens deux management companies (mancos) historiques, l’américain Waystone et surtout le britannique HANetf, actif depuis huit ans sur ce marché et qui le domine largement. « Nous travaillons avec 30 des 145 marques d’asset management présentes sur le marché européen des ETF », fait valoir Hector McNeil, cofondateur de HANetf. Oddo BHF fait ainsi partie de ses clients par exemple. Selon les décomptes d’ETFbook, les ETF émis par HANetf pèsent environ 6,7 milliards de dollars, sur un marché total des ETF en marque blanche de l’ordre de 9 milliards, y compris les ETF passifs lancés de la sorte. Le paysage est cependant en constante évolution. Ces derniers mois, plusieurs grands fournisseurs d’ETF passifs se sont positionnés sur le créneau, à l’image de State Street Investment Management, DWS ou très récemment Amundi. BNP Paribas AM, de son côté, commence à offrir ce service au cas par cas. Sont aussi sur les rangs des banques d’investissement comme Morgan Stanley ou Citi, qui a noué un partenariat stratégique avec HANetf.

Si l’asset servicer historique du gérant actif n’est pas habitué à gérer des ETF, il peut être intéres-sant d’utiliser celui d’une plateforme en marque blanche
Raphaël Cretinon, associé chez Periclès Group

Tous ont pour vocation centrale d’accompagner les nouveaux gérants d’ETF sur la partie administrative et opérationnelle de leur projet, moyennant des frais d’entrée (plusieurs dizaines de milliers d’euros) et des frais récurrents (plusieurs points de base sur les encours). Comme dans toute activité de fund hosting, les plateformes créent pour leurs clients un compartiment dans une Sicav commune et leur font bénéficier des prestations du dépositaire associé. « Le rôle de l’asset servicer est central dans le cas des ETF car il est en contact avec des intermédiaires essentiels, comme les participants autorisés (AP) chargés de créer et détruire les parts de fonds sur le marché primaire, explique Raphaël Cretinon. Si l’asset servicer historique du gérant actif n’est pas habitué à gérer des ETF, il peut être intéressant d’utiliser celui d’une plateforme en marque blanche. » C’est aussi une question d’économies d’échelle. « Le dépositaire est le plus grand centre de coûts d’un ETF, prévient Hector McNeil. Nous négocions les tarifs sur une base collective. »

« Capital market »

Mais c’est surtout sur les fonctions dites de capital market que l’externalisation est la plus critique. « Il faut contracter avec des AP et des market makers, coter l’ETF en Bourse, opérer le marché primaire, surveiller les spreads de cotation…, énumère Arnaud Llinas. Les équipes de capital market sont la tour de contrôle de l’ETF. » Des missions très sensibles dont découle directement la compétitivité du produit lancé. « Le prix que paie l’investisseur dépend des frais de gestion facturés bien sûr, mais aussi de la fourchette de cotation offerte par les market makers », prévient Raphaël Cretinon. Les plateformes en marque blanche facilitent l’accès à ce type de professionnels, peu nombreux sur le marché de l’emploi. « Les besoins de nos clients tiers sont couverts par l’infrastructure robuste dont bénéficie notre plateforme ETF existante : nous pouvons donc leur offrir la même qualité de prestation », souligne Gilles Dauphiné, responsable des ETF actifs et en marque blanche d’Amundi.

9 milliards de dollars, c’est le marché total des ETF en marque blanche
ETFbook

Une troisième catégorie de services est aussi parfois proposée : l’aide à la commercialisation. « Le prestataire est alors un TPM (‘third party marketer’), ce qui peut être utile pour les acteurs non européens ou les petites sociétés de gestion qui n’ont pas de forces de vente en dehors de leurs frontières mais veulent tout de même exporter leurs ETF », note Arnaud Llinas. Un tel accompagnement peut toutefois s’avérer délicat lorsque la plateforme appartient à par un concurrent direct, comme Amundi, State Street ou DWS. Cette question du conflit d’intérêts se poserait même pour l’ensemble de la prestation d’ETF en marque blanche, y compris le capital market, estime-t-on chez HANetf, qui fait se son indépendance un argument de vente. « Utiliser la plateforme d’un autre fournisseur d’ETF revient à transmettre à un concurrent des informations sur ses clients et une partie de sa propriété intellectuelle », pointe Hector McNeil. Un risque que d’autres jugent tout à fait gérable dans le cas du capital market. « C’est une décision similaire à celle d’externaliser sa table de négociation : il suffit de prendre certaines précautions », nuance Arnaud Llinas.

Reste la question de la pérennité des offres d’ETF-as-a-service. Le modèle économique de ces plateformes n’est pas simple à équilibrer : elles impliquent beaucoup d’investissements mais ne doivent pas être trop gourmandes sur les frais facturés, étant donné l’image « low cost » attachée au format ETF. Est-ce ce qui a fait reculer Goldman Sachs ? Après deux petites années d’activité – et un seul client européen recruté –, la banque américaine a fermé son « ETF Accelerator » fin 2024.

Externaliser ou non ?

Les 4 questions à se poser :

- Mon projet d’ETF est-il un test ou le résultat d’une conviction profonde sur la transformation de la gestion d’actifs ?

- Est-ce que je vise un encours cible supérieur au milliard d’euros pour ma gamme d’ETF ?

- Ai-je en interne des profils de gérants ou de traders capables de se former rapidement aux fonctions de capital market ?

- Puis-je compter sur l’expertise de mon dépositaire existant ?

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