Le marché du LBO atteint un niveau inégalé depuis la crise
Les grandes transactions ont tiré vers le haut le marché du capital-investissement en 2015, dans le monde comme en France. Le volume total des rachats de sociétés avec effet de levier (LBO) a atteint un nouveau pic, à 282 milliards de dollars (256 milliards d’euros), sans renouer toutefois avec les près de 700 milliards de dollars d’avant la crise financière, en 2006 et 2007, montre le dernier rapport annuel de Bain & Company sur le private equity, publié hier. Le total des opérations supérieures à un milliard de dollars atteint également un niveau inégalé depuis 2008. L’année a été marquée par les méga-fusions Heinz-Kraft Foods et Dell-EMC, les stratégies de build-up (croissance externe) ayant représenté la moitié des LBO.
En France aussi, « il y a eu quatre opérations de plus d’un milliard l’an dernier, ce n’était pas arrivé depuis 2011 (avec trois méga-deals, ndlr)», pointe Jérôme Brunet, associé chez Bain. Les fonds anglo-saxons ont mené la danse : Apollo a racheté Verallia 3,27 milliards de dollars, Cinven a déboursé 1,3 milliard pour Labco, tandis que CVC a acquis Linxens pour 1,68 milliard et a fusionné Vedici avec Vitalia pour 1,04 milliard. Les 20 plus grosses opérations ont représenté 93% du montant total des 220 LBO conclus dans l’Hexagone.
Record absolu de valorisation aux Etats-Unis
Outre l’effet méga-deals, la valorisation des cibles a atteint un nouveau record absolu aux Etats-Unis, à 10,1 fois l’Ebitda au premier semestre 2015, et est restée quasi-stable en Europe, à 9,9 fois. Depuis, les coûts de financement sont repartis à la hausse. « Les spreads (écart de taux) de la dette high yield (à haut rendement) et de la dette senior ont augmenté de 200 points de base au second semestre », pointe Jean-Marc Roux, associé chez Bain. Or, « on se pose des questions sur la croissance américaine avec déjà 80 mois d’expansion économique, poursuit l’associé, sachant que les cycles de croissance récents oscillent entre 73 et 120 mois outre-Atlantique. Une récession pourrait avoir un effet assez catastrophique sur certains fonds, surtout américains ». Bain s’attend donc à « des turbulences dans les quatre à cinq ans qui viennent », avec une sélectivité plus forte des investisseurs institutionnels.
Pour le moment, leurs engagements nouveaux restent particulièrement élevés. En France, les levées ont reculé de 39% l’an dernier tous types de fonds confondus, mais elles ont triplé dans le LBO grâce à un méga-fonds de PAI.
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