Le marché des EuroPP entre dans sa phase de maturité
Les placements privés de dette ont baissé en valeur mais fortement augmenté en volume en 2014, signe de la démocratisation de cet outil de financement.
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Olivier Pinaud
La société Fareva a émis le plus gros EuroPP 2014. Capture écran.
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Les EuroPP se sont fait un nom. Véritablement lancées en 2012, en réponse à la volonté des entreprises de réduire leur exposition aux banques dans la foulée de la crise de la zone euro, ces émissions de dette par placement privé font aujourd’hui partie du paysage du financement en France. Selon les chiffres compilés par L’Agefi, près de 4 milliards d’euros ont été émis en 2014 via les différentes formes d’EuroPP. C’est moins que les 4,8 milliards de 2013 mais le nombre de transactions a considérablement augmenté d’une année sur l’autre. Une soixantaine de transactions a été recensée en 2014, contre une quarantaine en 2013 et une vingtaine en 2012.
«Le marché s’était ouvert sur les émetteurs les plus solides et de taille importante. Il s’est depuis tourné vers des entreprises plus petites et avec des profils de crédit plus risqués», indique Guy Silvestre, co-responsable global capital markets chez SG CIB. Les deux tiers des émetteurs de 2014 affichent un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’euros alors que la proportion ne dépassait pas 10% durant les premiers trimestres du marché. De même, la taille moyenne des EuroPP a chuté de moitié, passant de 150 millions d’euros environ en 2012 à une soixantaine de millions en 2014, signe de la démocratisation de cet outil de financement.
La publication de la charte EuroPP début 2014 a beaucoup joué, améliorant la communication, la transparence et surtout en permettant d’accorder les positions des différents intervenants: entreprises, investisseurs, intermédiaires… Les pratiques se sont peu à peu standardisées. L’EuroPP est par exemple de plus en plus fréquemment proposé par les banques lors des refinancements de crédit bancaire. Les investisseurs, assureurs ou fonds de dette privée, y trouvent leur intérêt, explique Hugues Delafon, responsable debt capital market Europe chez CA CIB, car «cela permet de répondre à leur volonté exprimée d’être pari passu avec les banques. Et pour ces dernières, c’est la possibilité d’accompagner leur client corporate vers un financement de marché diversifiant.» Avec surtout l’avantage pour les banques de ne pas avoir à mobiliser leur propre bilan en ces temps de durcissement réglementaire.
«Pour les ETI, l’EuroPP permet d’obtenir des maturités plus longues et de lever des montants significatifs que le crédit bancaire ne peut assumer à lui seul», ajoute Thibault Hescot, responsable midcap debt capital market chez BNP Paribas. Profitant de la recherche effrénée de rendement des investisseurs, la maturité moyenne des EuroPP est montée autour de 7 ans. Certains émetteurs parviennent même à aller au-delà comme Gaumont en décembre avec du 10 ans. Même le groupe de data centers OVH a obtenu une ligne à 8 ans alors que son secteur d’activité est peu connu des investisseurs. «Les investisseurs ont renforcé leurs compétences ce qui leur permet de regarder des opérations plus complexes, sur des secteurs qui n’auraient pas pu être explorés il y a deux ans», explique Hugues Delafon. Au final, les émetteurs y trouvent leur compte. «En moyenne, le spread n’a pas trop évolué depuis 2012, oscillant entre 250 et 300 points de base. Mais comme le marché s’est orienté vers des émetteurs plus petits, donc considérés plus risqués, sur des maturités plus longues, il y a eu un resserrement sous-jacent», reconnait Floriano Ascensao, l’un des quatre membres de l’équipe dédiée aux EuroPP de CA CIB.
Installé, l’EuroPP doit maintenant s’étendre pour devenir l’égal du Schuldschein allemand. «L’objectif pour 2015 est de donner un vrai coup de fouet à l’internationalisation du marché, du côté des émetteurs et des investisseurs. Le travail de l’Icma et de la LMA doit permettre de rendre moins étanches les différents marchés nationaux», annonce Hugues Delafon. L’objectif est également de séduire de nouveaux émetteurs alors que le vivier naturel a déjà été bien exploité. Les captives immobilières de groupes industriels pourraient par exemple faire de bons émetteurs d’EuroPP. La démocratisation pourrait également se poursuivre même si «en dessous d’une notation implicite investment grade à BB- cela devient plus compliqué», reconnaît Thibault Escot, et nécessite un travail «au cas par cas». Enfin, les entreprises elles-mêmes devront retrouver un rythme d’investissement plus soutenu, car comme le fait remarquer Carol Agard, directeur global capital markets chez SG CIB, outre la concurrence du crédit bancaire, la baisse des volumes s’explique aussi par «des besoins de new money des entreprises limités».
Selon SG CIB, dans un environnement macroéconomique stabilisé et avec une reprise plus marquées des fusions-acquisitions, le marché pourrait atteindre 6 milliards d’euros par an.
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