L'épargnant européen n’est pas encore une réalité. On parle beaucoup par exemple du Plan d’épargne retraite paneuropéen mais le produit ne fait toujours pas partie du paysage européen. Un paysage qui reste marqué par de très fortes spécificités nationales, à l’instar de la France et de son épargne réglementée (Livret A, LDDs, PEL, etc.), qui n’a pas d’équivalent dans les autres pays européens. Une étude que vient de publier Le Cercle de l’épargne («A la recherche de l’épargnant européen?») multiplie les exemples qui montrent bien que l’Europe de l’épargne reste à construire. Prenons celui du binôme épargne/fonds de pension. A priori, la montée en puissance des systèmes de retraite par capitalisation explique l’envolée des taux d’épargne dans certains pays, tels que les Pays-Bas. Néanmoins la France et l’Allemagne, où les fonds de pension tiennent une place marginale, s’illustrent par des niveaux d’épargne élevés. Il est vrai aussi que le taux d’épargne est d’autant plus important que le poids de l’Etat-providence est élevé. Ce qui est a priori contre-intuitif. Ainsi, en France, en Allemagne ou en Suède où le niveau de couverture des risques sociaux figure parmi les meilleurs, les ménages entendent compléter les régimes publics par des systèmes individuels et privés. Est-ce un doute sur la capacité des systèmes publics d’assurer leur fonction ou la volonté de compléter la couverture fournie par ces derniers, il n’en demeure pas moins que plus l’État-providence est fort, plus il renforce l’épargne. Les réformes répétitives des régimes de retraite incitent les ménages à développer leur couverture. Dans la quasi-totalité des pays de l’Union européenne, ils craignent une baisse importante de leur niveau de vie à la retraite. On observe aussi de fortes disparités en matière d’allocation des actifs financiers. Chez les Français les liquidités représentent 29% du patrimoine financier. C’est moins qu’en Belgique (31%), moins qu’en Italie (33%), moins qu’en Espagne (41%) et surtout moins qu’en Allemagne (44%). Le poids des actions, important en Belgique et en Espagne (43%) (42%), est de seulement 29% en France et même de 16% au Royaume-Uni.L’assurance vie (41%) bénéficie en France d’un régime fiscal attractif et d’une certaine ancienneté. Ce dernier point vaut également pour le Royaume-Uni (62%) où les fonds de pension sont également très développés. Conclusion :l’Europe de l’épargne reste dans les limbes. «Des établissements financiers en ligne ont travaillé ces dernières années à la mise en place de produits d’épargne susceptibles d’être proposés dans les différents pays de l’Union européenne. Pour le moment, ces initiatives n’ont pas abouti en raison des complexités réglementaires.», rappelle l'étude.